Bonjour,
Une précaution d'usage dans une analyse des
comportements humains est de tenter de faire la part des choses entre le
désir politique et le désir de comprendre en tenant compte de plusieurs
points de vues différents. En matière de sexualité, Élysa respecte
rigoureusement cette prudence.
Si Élysa comprend bien votre dernier texte
reproduit ci-dessus, le point central serait la bisexualité et les réactions
sociales au lesbianisme. Il y a un débat sur ces points, rien ne permet à ce
jour de trancher définitivement. Certaines considérations font cependant
consensus, peu importe de quel côté du débat se situent les protagonistes.
L'un de ceux-ci est d'éviter de prendre un petit échantillon pour en tirer
des conclusions. Que des hommes, connus ou non, aient des contacts sexuels
avec des femmes ou des hommes, est une donnée connue depuis les toutes
premières études sur la sexualité. De plus, un nombre important d'hommes
désirent les deux sexes sans toutefois réaliser ces désirs. En additionnant
les hommes qui ont des contacts et ceux qui n'en ont pas mais en
désireraient, aucune étude n'a pour autant indiqué que ce total était
représentatif de l'ensemble des hommes. :A moins de considérer des réponses
à une question du genre "Avez-vous déjà eu, ne serait-ce qu'une fois, une
pensée homosexuelle? " puissent refléter l'orientation sexuelle de la
personne qui répond. Par ailleurs, si l'exercice est fait sur des
populations féminines également, des résultats indiquent une plus importante
proportion de femmes que la proportion d'hommes. Ce sont de simples faits.
Là où l'interprétation commence, c'est dans les
tentatives d'expliquer cette tendance transculturelle. Comme vous le dites
indirectement, les jugements présents avant l'interprétation influence
celle-ci. C'est vrai pour les tenants de la bisexualité autant que pour les
pro-hétérosexualité comme modèle dominant. Il faut trouver un autre chemin
que celui de l'interprétation basée sur les jugements préalables. Et c'est
dans cet effort que la neuropsychologie, la neurobiologie et des protocoles
d'expérimentation totalement indépendants des jugements viennent compléter
ce que la sociologie, la psychologie, l'ethnologie propose comme
interprétation. C'est bien d'un complément de données dont il s'agit, pas de
données qui remplaceraient les autres. Ce complément, en l'état actuel des
choses, concorde plus vers une différence de "taux" de bisexualité chez les
hommes comparativement à celui observé chez les femmes. Un intérêt de ce
nouveau type de données, c'est que peu importe qui procède aux observations,
les résultats sont les mêmes, avec des différences toujours insuffisantes
pour renverser la tendance d'ensemble.
Même en tenant compte des influences sociales, des
choix politiques, des modèles privilégiés, que la personne observée juge
centraux ou non, la différence entre la proportion d'hommes bisexuels et la
proportion de femmes bisexuelles, demeure. Cela ne signifie nullement que
les explications sociopolitiques n'apportent pas de données indispensables
pour toujours mieux comprendre cette réalité infiniment complexe qu'est
l'orientation sexuelle. Les chercheurs ne rejettent pas ces explications,
ils ne les valorisent pas non plus. Comment séparer en effet la part de
l'éducation et des expériences personnelles modelant le fonctionnement
global du système nerveux de la part du biologique? Les jumeaux identiques
élevés séparément ne sont pas systématiquement de la même orientation
sexuelle, il le sont plus par contre qu'entre deux enfants sans lien
biologique qui sont élevés dans les mêmes milieux que les jumeaux. Les
données sur l'orientation sexuelle d'enfants éduqués dès leur naissance par
des parents du même sexe, tendent à démontrer qu'à l'adolescence puis à
l'âge adulte, ces enfants sont sensiblement homosexuels, bisexuels,
hétérosexuels dans les même proportion que s'ils avaient été éduqués par des
parents de sexe différent prônant seulement l'hétérosexualité exclusive. Il
est vrai aussi que les enfants éduqués par des parents de même sexe
développent une acceptation égale des orientations sexuelles. Ce qui ne
semble pas avoir comme résultat qu'ils choisissent, si cela est un choix,
leur propre orientation. La liste des études avec des méthodologies
différentes est très longue qui vont dans ce sens.
En terminant, il peut y avoir une certaine confusion
entre l'orientation et le sentiment d'appartenance à un sexe biologique.
Qu'un homme (ou une femme) nourrisse des fantasmes sur pratiques
transgressant les stéréotypes de genre, cela veut dire qu'il en développe
des fantasmes, un point c'est tout. Ce n'est jamais suffisant pour être
toujours qualifiés de bisexuels qui s'ignorent.
N'hésitez pas à poursuivre vos échanges.