Parisot, A.-M. et J. Rinfret (2005) "Description de la distribution des formes POINTÉS, localisation, "regard" et "tronc" en langue des signes québécoise (LSQ)", ACL, London, Ontario.
L'utilisation de l'espace constitue un moyen privilégié
dans les langues signées pour actualiser les éléments dans
le discours et marquer les relations qu'ils entretiennent entre eux. Le rôle
linguistique de l'espace est probablement l'élément qui distingue
le plus les langues signées des langues orales. Dans les langues signées,
l'espace est utilisé pour exprimer les relations syntaxiques et sémantiques
entre les éléments, comme l'accord verbal ou la référence
(pour une synthèse des travaux sur l'espace dans les langues signées
voir Emmorey 2002 et Liddell 2003). Par exemple, les noms introduits dans le
discours sont généralement associés à des loci spatiaux
et les relations entre les signes sont exprimées par la manipulation
des éléments du discours par rapport à ces loci (Bellugi
et Klima, 1982). Parmi les différentes stratégies décrites
dans plusieurs langues signées pour assigner ou réutiliser un
locus, on trouve entre autres la localisation d'un item lexical dans l'espace,
l'articulation du signe POINTÉ orienté vers un point ou une zone
précise de l'espace devant le signeur, et la production, simultanée
à l'articulation d'un nom ou d'un verbe, de comportements non manuels
orientés vers un locus (Ahlgren, 1990; Bahan 1996; Bergman, 1980; Dubuisson
et al., 1999; Engberg-Pedersen, 1993; Liddell 1990). Par comportement non manuel
nous entendons ce qui est exprimé par les articulateurs autres que les
mains.
L'objectif de cette communication est de présenter une description de
quatre formes qui permettent d'assigner et de réutiliser un locus spatial
en LSQ : le signe POINTÉ, la localisation d'un nom ou d'un verbe dans
l'espace, la direction du regard et la position du tronc.
Les données qui ont fait l'objet de notre analyse sont issues de 2 corpus
vidéos : un premier corpus de 470 phrases élicitées auprès
de trois signeurs et un deuxième corpus de trois entrevues publiques
menées auprès de trois signeurs. Un des signeurs apparaît
dans chacun des deux corpus. Dans tous les cas, les sujets sont sourds natifs
et la LSQ est leur langue d'usage.
Notre description s'inscrit dans le cadre des travaux sur l'espace en LSQ. Il
a été montré à partir de données élicitées
que, d'une part les POINTÉS référentiels sont en distribution
libres avec les comportements non manuels (regard et tronc) qui accompagnent
le verbe (Parisot, 2003), et d'autre part que les POINTÉS déterminants
(ceux qui assignent un locus) ne se distinguent pas des POINTÉS référentiels
par leur forme phonologique, mais par leur fonction dans un contexte spatial
propre (Bouchard et al., à paraître). Dans un premier temps, nous
proposerons une description de la distribution des quatre formes d'assignation
et de référence choisies (POINTÉ, localisation, regard
et tronc) selon 1) les deux types de corpus (phrases élicitées/discours
naturel); 2) la fonction de la forme décrite (assignation/référence);
3) la position du POINTÉ par rapport au nom ou au verbe; 4) la portée
du comportement non manuel 5) la co-occurrence des formes décrites. Dans
un deuxième temps, nous montrerons que les quatre formes décrites
se retrouvent en distribution libre dans l'environnement du nom (assignation)
ou du verbe (référence). Nous proposerons que, au-delà
de l'utilisation et de la distribution de ces formes, c'est la permanence des
loci spatiaux qui permet d'activer et de réactiver des éléments
dans le discours au fil des constructions référentielles.
Références
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Theoretical Issues in Sign Language Research, volume 1, S. Fischer et P. Siple
(éd.), p. 167-174. Chicago : University of Chicago Press.
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Thèse de doctorat, Boston, University of Graduate School.
Bellugi, U. et E. Klima. 1982. " The Acquisition of Three Morphological
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Development, no 21, p. 1-33
Bergman, B. 1980. " On Localization in Swedish Sign Language ". In
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Emmorey, K. 2002. Language, Cognition, and the Brain: Insights from Sign Language
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Liddell, S. K. 1990. " Four Fonctions of a Locus : Reexamining the Structure
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Parisot, A.-M. 2003. Accord et cliticisation : le cas des verbes à forme
rigide en langue des signes québécoise. Thèse de doctorat,
Montréal : UQÀM.