La plupart des classifications verbales proposées dans la littérature
pour les langues signées sont établies en fonction des propriétés
morphologiques des verbes qui déterminent le type d'accord morphologique
permis (cf. entre autres, pour l'ASL : Padden, 1983; Janis, 1995; Petronio,
1995; Bahan, 1996; Neidle et al., 2000; pour la BSL : Deuchar, 1984; Sutton-Spence
et Woll, 1999; pour la langue des signes danoise : Engberg-Pedersen, 1991 et
1986; pour la langue des signes italienne : Pizzuto, 1986; pour la langue des
signes israëlienne : Meir, 1995; pour la langue des signes taiwanaise :
Smith, 1989). Quoique les caractéristiques décrites dans ces travaux
s'appliquent aussi aux verbes de la LSQ, il ne semble pas y avoir lieu d'établir
quatre catégories morphologiques distinctes de verbes dits d'accord de
la LSQ (à classificateur, directionnels, réversibles ou orientationnels
et locatifs). L'objectif de cette présentation est de montrer qu'une
classification des verbes de la LSQ en fonction de leur forme phonologique est
économique et permet de prédire les réalisations possibles
de l'accord verbal. Dans un premier temps, nous montrerons comment les quatre
catégories morphologiques de verbes d'accord proposées dans la
littérature peuvent être réanalysées, pour les verbes
de la LSQ tout au moins, en deux catégories phonologiques (à deux
ou à un seul constituant structurel variable). Ces deux catégories
découlent du type de lieu(x) d'articulation (ancré ou non) et
du type de mouvement (réversible ou non). Dans un deuxième temps,
nous exposerons comment la classification phonologique proposée permet
d'inférer le type d'accord approprié pour les différents
verbes de la langue.