PRIX RUFUTS 1998 -

Remis à titre postume

à

FRANCINE OUELLET

professeure à l'École de service social de l'Université Laval

 

 

Le Coordonnateur du RUFUTS, M. Jean-Pierre Deslauriers (à droite),
présente le prix du RUFUTS 1998 à M. Michel Dubé, conjoint de Francine Ouellet,
en présence de leurs enfants, Marie-Hélène et Nicolas,

lors du congrès de l'ACFAS, tenu à l'université Laval, Québec, le 13 mai 1998,

 

 

DESCRIPTION DE LA CONTRIBUTION DE FRANCINE OUELLET
À L'ÉDUCATION EN SERVICE SOCIAL

Nous présentons ici ce qui nous paraît avoir été la contribution de Francine Ouellet à l'éducation en service social. Tout en nous en tenant à l'essentiel, nous tenterons de démontrer que madame Ouellet a joué un rôle important dans la promotion des intérêts de l'éducation au travail social. Nous aborderons donc successivement les aspects suivants: l'enseignement, la recherche, la participation organisationnelle et le rayonnement externe.

L'ENSEIGNEMENT

Les enseignements de madame Ouellet ont surtout été concentrés autour de la recherche sociale, du féminisme et de la violence familiale. Nous voulons souligner qu'elle a dispensé des cours aux trois cycles de formation, soit au baccalauréat, à la maîtrise et au doctorat. Au baccalauréat, plusieurs de ses cours avaient un caractère obligatoire et étaient dispensés à de grands groupes. Pour la très grande majorité de ses cours aux différents cycles, un travail préalable de conception et de développement a dû être fait, soit qu'il s'agisse de nouveaux cours ou dans un contexte de modification de programmes.

Nous voulons aussi souligner que madame Ouellet s'est toujours préoccupé de développement et d'innovation pédagogique, outre l'élaboration des cours dont nous venons de parler. À preuve, elle a développé des documents pédagogiques importants comme le &laqno; Guide d'apprentissage du stagiaire en service social » (1984), un document vidéo encore utilisé dans l'enseignement de la recherche qualitative &laqno; La technique du groupe nominal » (1986). Elle a aussi obtenu et mené à terme plusieurs petites subventions d'innovation pédagogique.

Au plan de l'enseignement individualisé, nous avons identifié, en examinant les diplômations, que madame Ouellet a dirigé trois thèses de doctorat, dirigé ou co-dirigé 17 mémoires de maîtrise qui ont été complétés. À cela s'ajoutent évidemment de l'enseignement en tutorat et par des projets individuels, la supervision d'essais de synthèse (doctorat) et de projets de thèse (maîtrise et doctorat), ainsi que la participation à des jurys d'évaluation. Ses connaissances en évaluation, en recherche qualitative et en féminisme ont été ici grandement utilisées.

Quelques autres aspects moins connus méritent d'être soulignés: 1) à l'intérieur de l'École comme dans les autres unités de formation, elle n'a jamais hésité à collaborer à l'enseignement de collègues sur ses thèmes de spécialisation; 2) elle a contribué activement à des activités de formation continue, notamment aux Journées Simone-Paré et dans des activités de diffusion sur la thématique de la violence familiale; 3) enfin ses enseignements réguliers ont été soumis à l'évaluation par les étudiants et les résultats témoignent d'une grande satisfaction par ceux-ci.

LA RECHERCHE

D'entrée de jeu, nous pouvons affirmer que madame Ouellet a développé une expertise reconnue en plusieurs aspects de la recherche: recherche évaluative, recherche qualitative, recherche féministe, à quoi il faudrait aussi ajouter la pédagogie de la recherche. Voyons ici quelques contributions marquantes.

Sa principale publication est celle d'un volume réalisé conjointement avec un collègue de l'Université de Montréal sur la méthodologie de la recherche pour les intervenants sociaux. Il s'est agi d'un outil pédagogique de base, pour la formation à la recherche des intervenants sociaux. À noter que cet ouvrage, publié en 1991, est largement utilisé dans plusieurs unités de formation et ce, au premier cycle comme aux études graduées.

Un autre élément majeur de sa contribution en recherche est son engagement au CRI-VIFF (Centre interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes). Ce centre a canalisé le développement de la recherche sur ces thèmes au Québec et il s'est aussi caractérisé par des aspects d'interdisciplinarité, d'ententes inter-universitaires et de collaboration entre des organismes d'éducation et de pratique. Madame Ouellet a joué à ce niveau plusieurs rôles, dont ceux de co-directrice et de directrice du CRI-VIFF, ainsi que de directrice scientifique de l'Équipe &laqno; Victoire ».

Sa contribution ne s'est pas arrêtée à l'organisation administrative. À preuve, son curriculum vitae des 10 dernières années montre l'obtention d'un nombre impressionnant de subventions de recherche, obtenues de différents organismes, sur la problématique de la violence, mais aussi sur des thématiques très diversifiées. En plus de son volume déjà mentionné, ses publications incluent des chapitres de livres, des articles dans des revues scientifiques, des actes de colloques et des rapports de recherche.

Le nombre de ses communications scientifiques est éloquent. Madame Ouellet s'est toujours préoccupée de la diffusion des connaissances, tant au plan des publications formelles que de l'atteinte des utilisateurs de la recherche que sont les intervenants. Ses publications en collaboration &laqno; L'alliance de l'évaluation et de la pratique en service social des groupes » et &laqno; L'intervention de groupe auprès des conjoints violents: Quand l'évaluation s'allie à la pratique » en sont de bons exemples.

Par la persistance de son engagement, madame Ouellet a sûrement participé à l'avancement de la recherche et de l'intervention sociale sur les questions de la violence familiale et de la violence faite aux femmes. Nous voulons souligner qu'elle a aussi contribué à définir au Québec d'autres champs de recherche intéressants et novateurs, comme les dimensions sociales du sida et les aspects sociaux des nouvelles techniques de reproduction. On remarquera que la presque totalité des productions de madame Ouellet ont été faites en collaboration: ce fut une femme d'équipe qui n'a pas hésité à partager ses connaissances et qui a, d'une façon exceptionnelle, fait aimer la recherche.

LA PARTICIPATION ORGANISATIONNELLE INTERNE

Dans les dernières cinq années, il est certain, comme nous l'avons déjà mentionné, que son nom a beaucoup été associé au centre de recherche CRI-VIFF, dans lequel elle a joué plusieurs rôles. Son leadership dans cette entreprise complexe a été un facteur déterminant de succès. On comprendra facilement la somme de travail exigée face aux organismes subventionnaires, mais aussi pour le développement d'une concertation entre les universités, ainsi qu'entre celles-ci et les organismes de pratique. Elle apporta aussi une contribution déterminante au développement d'une équipe CQRS sur la violence conjugale.

Comme directrice des programmes de premier cycle en service social de 1984 à 1986, elle a piloté l'opération d'évaluation du programme de baccalauréat, qui a servi pour les fins de l'accréditation externe par l'Association canadienne des écoles de service social et de l'évaluation interne, pour l'Université Laval. Les professeurs présents à l'époque se rappellent de l'animation pédagogique qu'elle avait créée tant avec les étudiants qu'avec les professeurs.

Sa contribution à la vie pédagogique et organisationnelle de l'École et de l'Université était généreuse et recherchée. Aussi a-t-elle participé à une foule de comités et groupes de travail et nous nous contenterons d'énumérer les principaux: comité du certificat, comité du baccalauréat, comité de maîtrise , comité du doctorat, Assemblée des professeurs (secrétaire et présidente), comité du laboratoire de recherche, comité d'évaluation du certificat facultaire en gérontologie, Groupe de recherche multidisciplinaire féministe, Centre de recherche sur les services communautaires.

LE RAYONNEMENT EXTERNE

Au niveau du RUFUTS, on notera qu'elle fut en 1984 l'une des responsables d'édition d'une publication intitulée &laqno; La formation en travail social au Québec: d'une école à l'autre ».

À la direction du CRI-VIFF, elle a dû transiger régulièrement avec d'autres universités, avec des organismes de pratique et avec des organismes subventionnaires. Notons aussi que le CRI-VIFF faisait partie d'un réseau de cinq centres au niveau canadien, entre lesquels des échanges et une concertation se sont développés.

Comme participation externe en lien à sa spécialisation en recherche, il lui a souvent été demandé d'offrir un cours, un séminaire ou encore d'agir comme personne-ressource sur un comité d'évaluation et ce, tant dans le réseau universitaire que dans le réseau des organismes des services sociaux. Elle a aussi agi à un certain nombre de reprises comme évaluatrice externe pour des thèses de doctorat.

Parmi ces activités de rayonnement externe que nous pouvons identifier concrètement, mentionnons: la participation comme personne-ressource à des comités d'évaluation de programme de baccalauréat (Université de Montréal et Université du Québec à Montréal); l'élaboration de deux documents pour la commission Rochon dont l'un étant un &laqno; Bilan des évaluations portant sur les services sociaux au Québec »; une étude des besoins au CLSC Laurentien; l'évaluation de projets de recherche au CRSH comme au CQRS. Comme elle le mentionnait souvent, elle voyait la recherche comme imprégnée des besoins et demandes du milieu et retournant en bout de ligne vers le milieu des intervenants.

CONCLUSION

De façon succincte, la contribution de Francine Ouellet a été décrite sous les aspects de l'enseignement, de la recherche, de la participation organisationnelle et du rayonnement externe. L'examen de son curriculum vitae permet de bien concrétiser plusieurs des points de vue du présent document.

Le 29 janvier 1998
Jocelyn Lindsay