![]() |
|
L'Angleterre et la conquête de la liberté |
|
|
![]() |
Pour écouter l'émission (voir le guide de l'étudiant-e) | |
L'Angleterre d'Élisabeth |
Pour bien comprendre l'importance et la grandeur du règne d'Élisabeth 1ère il faut commencer par parler d'Henri VIII et de la rupture avec Rome. Sous une certaine description celle-ci découle d'une vulgaire histoire d'amour, ainsi que du désir du Roi d'avoir un descendant mâle. Henri VIII est amoureux de Anne Boleyn, malheureusement pour lui il est déjà marié, et grâce d'ailleurs à une dispense papale, à Catherine d'Aragon, fille d'Isabelle et de Ferdinand d'Espagne. En effet, Catherine était précédemment l'épouse d'Arthur le frère du roi, et Henri la mariera à son tour à la mort de son frère. Or Henri reproche à sa femme de ne pas lui avoir donner de descendant mâle et pour comble de malheur Anne Boleyn refuse de céder au avances du roi à l'extérieur des liens du mariage. Henri VIII va donc s'adresser à la papauté afin de faire annuler son mariage. Une telle démarche, en principe, n'a rien d'extraordinaire ni difficile à obtenir au 16e siècle pour un roi. Mais c'est sans compter que Catherine ne veut pas se séparer de son époux et que surtout elle est la tante de l'Empereur Charles Quint. Elle va donc faire appel à son neveu pour qu'il s'interpose auprès de Rome, que ses troupes viennent de conquérir, pour empêcher l'annulation. Ce dernier va donc user de toute son influence auprès du pape, et elle est grande, pour que la couronne d'Angleterre ne sorte pas de l'alliance qui l'unit maintenant à l'Espagne. Confronté au refus de la papauté, Henri va contourner la difficulté en faisant annuler son mariage par Thomas Cramer qu'il vient récemment d'élever au rang d'Évêque de Canterbury et déclarer du même coup l'autonomie de l'Église d'Angleterre. En 1533 Henri VIII épouse Anne de Boleyn. De ce mariage dont le roi attendait un fils naîtra une fille, Élisabeth Tudor, la future reine Élisabeth 1ère. La relation du roi Henri avec Anne de Boleyn va rapidement s'envenimer et en 1536 après avoir été accusé de trahison et d'adultère, elle sera condamné à mort. Onze jour plus tard le roi convolera en juste noce avec Jane Seymour. Laquelle donnera naissance en 1537 à un fils, le futur Édouard VI. Henri se remariera encore trois fois avec Anne de Clèves, Catherine Howard et finalement Catherine Parr qui lui survivra. Si les mariages d'Henri VIII ne dureront pas, la rupture avec Rome, une fois consommée sera définitive. Il y a à cela plusieurs raisons, mais pour le comprendre, il faut bien voir qu'Henri VIII en partie pour des raisons géographiques a réussi une politique que plusieurs autres monarques d'Europe poursuivaient plus ou moins ouvertement: la mise en place d'une Église nationale. Un des premiers gestes d'Henri sera ce que nous nommerions la nationalisation des biens de l'Église d'Angleterre, ce qui aura comme double résultat d'enrichir l'État et de réduire l'indépendance du clergé. Il importe de voir cependant, afin de comprendre la suite, que ce dont il s'agit ici, du moins dans un premier moment, c'est bel et bien d'un schisme et non d'une réforme. C'est-à-dire, que la plupart des Anglais reste attachés au rituel catholique. L'action d'Henri VIII, et la majorité de ses sujets sont d'accord avec lui, ne vise pas une transformation radicale de la liturgie ou du culte, mais l'indépendance politique de leur Église nationale par rapport à Rome. C'est ce que ne comprendront pas ses successeurs avant Élisabeth. Édouard VI succède à Henri en 1547 (Il régnera jusqu'en 1553). Le nouveau roi n'a que onze ans lors de son accession au trône. Son règne sera marqué par de nombreux désordres dû en grande partie à la tentative maladroite de mise en place d'une véritable réforme religieuse. Le jeune roi, sous l'influence de conseillers proche des mouvements de réforme religieuse qui font rage sur le continent et auquel Henri s'est toujours opposé, va tenter de changer radicalement le culte et la structure de l'Église et se heurtera à une forte opposition populaire. Si les Anglais accordent beaucoup d'importance à l'indépendance de leur Église par rapport à Rome, ils ne recherchent pas pour autant à réformer leur religion. À Édouard succédera Marie Tudor (1553-58) fille de première femme d'Henri. Marie représente la réaction catholique. Elle se donnera comme mission de ramener l'Angleterre dans le sein de l'Église de Rome. Administrativement la tâche n'avait rien de particulièrement difficile, obtenir l'appui de ses sujets dans cette démarche s'avéra beaucoup plus ardu. Marie persécutera les protestants. En 1554, elle épousera Philippe d'Espagne et peu après engagera l'Angleterre, comme alliée de l'Espagne, dans une guerre malheureuse contre la France.
Élisabeth (1558-1603). Née en 1533, Élisabeth a 25 ans lorsqu'elle devient reine. Elle hérite d'un royaume ruiné par la guerre extérieure et miné par les dissensions intérieures religieuses et politiques, de plus au moment où elle accède au trône des soupçons pèsent sur sa légitimité : la fille d'Anne de Boleyn aurait-elle été conçu hors des liens du mariage? En peu de temps cependant elle transforme ces débuts difficiles en un des règnes les plus prospère et glorieux qu'ait connue l'Angleterre. On peut classer en trois catégories les grandes réussites du règne d'Élisabeth : 1) Le règlement religieux. Élisabeth saura trouver un compromis satisfaisant entre les exigences spirituelles de la réforme et l'attachement de la majorité de la population à la forme traditionnelle des services religieux. Réglement lié à une répression sévère à l'encontre de toute dissension par rapport à ce compromis. 2) Le développement maritime et commercial. Ici Élisabeth a su profiter du malheur des autres : la piraterie (Drake, Hawkins) et l'empire colonial (Sir Walter Raleigh fondateur de la Virginie). La guerre qui oppose les provinces des Pays-Bas à la couronne d'Espagne. D'une part les ports de l'Angleterre vont remplacer ceux de la Hollande au niveau du commerce. D'autre part les villes anglaises vont devenir des lieux d'asile pour les manufacturiers hollandais réformés en fuite devant les eEspagnols qui tentent d'imposer le catholicisme aux Pays-Bas en révolte. Première vague des enclosures. 3) le développement culturel. En musique avec des compositeurs comme William Byrd et plus tard Orlando Gibbons, des écrivains comme Edmund Spencer, le théâtre Élisabéthain et surtout William Shakespeare, le plus grand dramaturge de tous les temps. Un art total qui, par rapport au théâtre classique français est caractérisé par un mélange des genres. Le théâtre de Shakespeare est aussi marqué par certains thèmes typiquement modernes, dont celui du désir individuel irrésistible ainsi que celui de la liberté. En effet les personnages de Shakespeare laisse déjà présager certains héros romantiques par la force de leur individualité comme on peut l'entendre dans ces extrait de Jules César.
|
|
| |
||
La république d'Angleterre |
À Élisabeth succède Jacques VI d'Écosse sous le nom de Jacques Ier. Il est le fils de la reine d'Écosse, la catholique Marie Stuart, laquelle fut mise à mort par Élisabeth. Jacques 1er, instruit par les façons de faire des monarques du continent, tente d'installer l'absolutisme, ce qui en Angleterre veut dire de régner sans les parlements. En 1625 Charles Ier, son fils, lui succède et poursuit plus ou moins la même politique. L'importance des parlements vient de ce que le roi ne peut lever de nouveaux impôts sans leur accord. En 1628 le manque d'argent contraint Charles a convoquer le parlement, lequel manifestera son mécontentement par le biais de ce qu'on a nommé la pétition des droits et qui constitue ce qu'en France on appelle une remontrance, c'est-à-dire une critique de la politique royale. Mais surtout la pétitions des droits va constituer une des premières affirmations de certains droits fondamentaux des citoyens, comme la protection contre l'emprisonnement arbitraire.
Pendant tout les règnes de Jacques Ier et de Charles Ier pèse sur les rois le soupçon de vouloir réinstaurer le catholicisme. Mais ce qui va déclencher la crise c'est l'offensive de Laud en Écosse. En effet, contrairement à l'Angleterre qui bien qu'elle se soit séparée de Rome est restée dans sa liturgie religieuse très proche de l'Église catholique, l'Écosse a procédé à une véritable réforme religieuse d'inspiration calviniste. Or Laud, évêque de Canterbury, va tenter d'imposer à l'Écosse la même liturgie que celle qui existe en Angleterre ; ce qui conduira à une révolte armée de la part des Écossais. La défaite des armées anglaises va contraindre le roi à appeler un parlement en 1641.- Or très rapidement entre la cour et le parlement les choses vont tellement s'envenimer qu'éclatera une guerre civile dont l'issue (militaire) demeurera longtemps indécise. Le parlement finira par appeler les Écossais à son secours. La défaite royale s'ensuivra rapidement et le roi se rendra aux Écossais, lesquels cependant le remettront aussitôt au parlement. Le roi tout au long de sa captivité plutôt que de se plier aux exigences du parlement utilisera les uns contre les autres, les Anglais contre les Écossais, et finalement paradoxalement appellera à son secours les Écossais dont il est aussi le souverain afin qu'ils le libèrent des forces du parlement dont il est le prisonnier. S'ensuivra une guerre entre le parlement et l'Écosse, laquelle se soldera par une victoire de Cromwell à la tête des troupes du parlement.
Cromwell s'emparera du pouvoir et gouvernera avec l'appui d'un parlement réduit. Comme ce sera le cas 150 ans plus tard au moment de la révolution française le roi sera traîné en jugement et son procès conduira à sa condamnation et à son exécution. Il est intéressant que les arguments invoqués par le roi dans sa défense ressemblent fort à ceux de Louis XVI au moment de la révolution française. Il faut bien voir cependant que s'il y a ressemblance entre la révolution anglaise et la révolution française il y a aussi des différences fondamentales. La première c'est que la guerre civile anglaise est tout autant une guerre religieuse qu'une guerre politique et que la liberté qui y est recherchée est essentiellement une liberté religieuse. La seconde c'est que la révolution d'Angleterre du 17e siècle contrairement à la révolution française n'est pas marqué par le même sens de la nouveauté de l'événement. Les révolutionnaires anglais ne pensent pas leur activité comme une rupture historique fondamentale, comme le début d'une nouvelle époque dans l'histoire de l'humanité. |
|
| |
||
Hobbes (1588-1679) |
Hobbes est généralement considéré comme l'un des fondateurs de la pensée politique moderne. L'expérience de la guerre civile anglaise (et des diverses guerres religieuses qui ont lieu sur le continent depuis plus d'un demi-siècle) a joué un rôle fondamental dans la mise en place de sa philosophie politique. En effet, Hobbes définit la condition naturelle de l'homme (l'état de nature), celle qui précède la vie en société, comme une situation de guerre de chacun contre chacun. La thèse fondamentale de Hobbes est que les hommes abandonnés à eux-mêmes, c'est-à-dire en l'absence d'un pouvoir central suffisamment fort pour leur imposer par la crainte le respect de lois, vont se livrer à une guerre incessante les uns contre les autres. Il est clair que Hobbes a vu dans la guerre civile anglaise une confirmation de cette intuition philosophique. Mais surtout, Hobbes est persuadé que toute fondation religieuse de l'association politique est vouée à l'échec, car les différences religieuses sont trop importantes et trop profondes pour permettre un accord entre les individus. C'est la raison pour laquelle Hobbes va donc chercher dans la raison et dans la poursuite de l'intérêt individuel les fondements de l'ordre social. En ce sens Hobbes est parfaitement moderne et sa pensée politique anticipe certaines des hypothèses fondamentales des réflexions contemporaines. Hobbes nous propose donc une philosophie politique qui ne repose sur aucune transcendance et qui fait surgir l'ordre social d'un contrat entre des individus rationnels. À nouveau cette idée d'un contrat social, par la suite reprise entre autres par Rousseau, était destinée à jouer un rôle central dans toute la période moderne. On peut dire sans crainte de se tromper que, dans une large mesure, cette façon de concevoir l'ordre social est encore la nôtre. Car même si Hobbes n'était pas un démocrate, en pensant la société à partir de la notion de contrat, il a placé au centre de sa philosophie ce qui deviendra une des caractéristiques fondamentales des démocraties modernes, à savoir : qu'un pouvoir politique n'est légitime que s'il repose sur le consentement de ceux qui lui sont soumis.
La contribution de Hobbes ne se limite pas là. Deux autres notions fondamentales de la pensée politique moderne se retrouve déjà dans sa philosophie. La première est celle de souveraineté au sens où nous l'entendons. C'est-à-dire que le législateur n'est pas limité dans son activité par autre chose que les lois qu'il se donne à lui-même, que nulle transcendance religieuse ou naturelle ne vient limiter son pouvoir de légiférer. La seconde, que l'on retrouve dans le deuxième des textes de Hobbes présentés plus haut, est celle de représentation. L'idée que le pouvoir politique représente la volonté de ceux qui lui sont soumis et que les décisions du pouvoir souverain ne sont pas simplement ses décisions à lui, mais aussi celles de chacun des citoyens. Si la notion de contrat social a exercé une influence importante sur la pensée moderne, il est un autre concept hobbesien qu'on retrouve aujourd'hui au coeur de nombreuses réflexions contemporaines: c'est celui d'égoïsme rationnel. Hobbes est en effet sinon le premier, du moins un des premier, à formuler la conception de l'individu comme un égoïste rationnel qui cherche à maximiser son propre intérêt. Cette conception de l'individu qui est au coeur de la pensée économique, mais aussi de plusieurs courants en pensée politique, en philosophie morale et même en psychologie sociale, est déjà placée par Hobbes au centre de sa philosophie. En un sens Hobbes est par plusieurs côté beaucoup plus près du XXe siècle qu'il ne l'est des XVIIIe et XIXe.
(PD) |
|
| |
||
Bibliographie |
1. L'Époque élisabéthaine Shakespeare, W., Théâtre complet, 2 vols, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, Gallimard, 1941. Erickson, C., Élisabeth Ire; traduit de l'américain par Marie-France de Palomera, Paris, Éditions du Seuil, 1985. Anthony, K. S., La Reine Elizabeth : 1533-1603; traduit de l'anglais par Suzanne Campaux. [Nouv. ed.], Paris, Payot, 1984.
2. La Guerre Civile Ashley, M., Oliver Cromwell and the puritan revolution, London, English Universities Press, 1972, c1958. Cohen L. et Braure M., L'évolution politique de l'Angleterre moderne, Paris, Albin Michel, 1960. Fletcher, A., The Outbreak of the English Civil War, Edward Arnold, 1981 Poussou, J.-P., Cromwell, la révolution d'Angleterre et la guerre civile, Paris, PUF, 1993.
3. Hobbes Hobbes, Th., De la nature humaine [1651] (traduction d'Holbach), Paris, Vrin, 1981. Hobbes, Th., Le citoyen ou les fondements du politique [1642] (traduction Sorbière), Paris, Garnier-Flammarion, 1982. Hobbes, Th., Léviathan. Traité de la matière, de la forme et du pouvoir de la république ecclésiastique et civile [1651] (traduction Tricaud), Paris, Sirey, 1971.
Commentateurs Hirschman, A.O., Les passions et les intérêts, tr.fr., Paris, PUF, 1981. Jaume, L., Hobbes et l'état représentatif moderne, Paris, P.U.F., 1986. MacPherson, C.B., La théorie politique de l'individualisme possessif, Paris, Gallimard, 1971. Malherbes, M., Hobbes, Paris, Vrin, 1984. Manent, P., Naissance de la politique moderne, Machiavel, Hobbes, Rousseau, Paris, Payot, 1977. Polin, R., Politique et philosophie chez Thomas Hobbes, Paris, Vrin, [1953] 1977. Zarka, Ch.-Y., La décision métaphysique de Hobbes, Paris, Vrin, 1987.
LECTURES OBLIGATOIRES: Shakespeare: Hamlet et Jules César Hobbes: Léviathan, Textes présentés ci-dessus et ch. XIII, ch. XIV,, ch. XVII, , ch. LII. |
|
| |
||
| QUESTIONS |
A. Compréhension et lecture
(1) En quoi la scission de l'Église anglaise avec Rome constitue-t-elle à proprement parler un schisme plutôt qu'une réforme? (2) Pourquoi, en Angleterre, le roi devait-il régulièrement faire appel au parlement? (3) Quels liens peut-on faire entre la notion de contrat social hobbesienne et une caractéristique essentielle des régimes démocratiques modernes? B Enjeux philosophiques 1. Identifiez et expliquez les trois facteurs fondamentaux dans la réussite du règne d'Élisabeth 1ère. 2. Dites quel rôle joue la notion de représentation dans la pensée politique de Hobbes.
|
|
| Hyperliens |
William Shakespeare Entrance to the Shakespeare Web |
|
| |
N'hésitez pas à nous écrire |
![]()
![]()
|
|
|
|
|