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Le retour vers la natureLes Sciences à la Renaissance |
Le contexte
L'observation et la lecture des maîtres antiques
Inventions et mécénats
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Le contexte |
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L'observation et la lecture des maîtres antiques |
Nulle part mieux qu'en astronomie peut-on illustrer les conflits entre le mouvement des connaissan ces et la volonté de protéger l'héritage des anciens. Mais laissons aux disputations des philosophes [de décider] si le monde est fini ou infini ; nous sommes [en tout cas] certains que la terre entre ses pôles, est limitée par une surface sphérique. Pourquoi donc hésiterions-nous plus longtemps de lui attribuer une mobilité qui peut s'accorder par sa nature avec sa forme, plutôt que d'ébranler le monde entier dont on ignore et ne peut connaître les limites? et n'admettrions-nous pas que la réalité de cette révolution quotidienne appartient à la terre, et son apparence seulement au ciel ! Et qu'il en est par conséquent comme lorsqu'Énée (chez Virgile) dit : nous sortons du port et les terres et les villes reculent. Copernic d'après Icones seve imagines virorum literis illustrium , Nicolai Reusneri ic. Strasbourg, 1590. Le système de Ptolémée (100?-170?) exposé dans son traité intitulé dans sa traduction arabe lAlmageste, pourrait être représenté comme un emboîtement de sphères concentriques translucides, un peu comme les couches d'un oignon, auxquelles étaient accrochées les astres visibles puis les étoiles et au centre desquelles se trouvaient la terre.
Ptolémée, et à sa suite les astrologues/astronomes, avaient recours à des raffinements théoriques pour représenter les irrégularités qu'ils observaient dans le mouvement des planètes. Ainsi, la trajectoire des planètes était déterminée par un double mouvement de rotation: la planète décrit un premier cercle, lépicycle, dont le centre tourne autour de la terre : cest le cercle déférent qui est excentrique par rapport au centre de la terre. De plus le mouvement du centre de léclyptique nest régulier que par rapport à un point dit centre de léquant aligné sur une droite reliant le centre de la terre et le centre du déférent. Ces artifices expliquent pourquoi la planète est donc plus lumineuse lorsqu'elle parcourt la partie interne, plus proche de la terre, de l'épicycle. Copernic avait sans doute pour but de simplifier ce système en maintenant, comme un platonicien convaincu, la préséance du mouvement circulaire uniforme, mouvement propre de la sphère et qui, seul, peut ramener le passé et expliquer la régularité et la répétition des phénomènes astronomiques. Si les mouvements des planètes nous apparaissent comme inégaux c'est donc que la terre n'est pas au centre des cercles sur lesquels les astres se meuvent; et pour nous, qui regardons de la terre les mouvements de ces astres, à cause de leur éloignement inégal, ils apparaissent plus grands lorsqu'ils sont près que lorsqu'ils sont éloignés. Ainsi des mouvements égaux des orbes nous paraissent inégaux.
L'uvre de Copernic, publié en 1543 à plus de deux cent exemplaires , puis rééditée en 1566, sera malgré tout peu lu. Quelques astronomes et astrologues l'utilisèrent et peuvent être qualifiés d'héritiers, mais seuls une dizaine d'entre eux pourraient être assimilés à des partisans ou des disciples qui reprendraient à leur compte les conclusions de Copernic. Quant à ce que dit Copernic, que les changemens et ruïnes des Monarchies sont causees du mouvement de l'Eccentrique, cela ne merite point qu'on en face ni mise ni recepte : Erreur de Copernic. Mais il y a bien une demonstration, de laquelle personne jusques ici n'a usé contre Copernic, c'est à sçavoir que jamais corps simple ne peut avoir qu'un mouvement qui luy soit propre : comme il est tout notoire par les principes de la science* naturelle : puis donc que la terre est l'un des corps simples, comme est le ciel et les autres elements, il faut necessairement conclurre, qu'elle ne peut avoir qu'un seul mouvement qui luy soit propre : et neantmoins Copernic luy en assigne trois tous différents, desquels il n'y en peut avoir qu'un propre : les autres seroyent violents, chose impossible : et par mesme suite impossible que les changements des Republiques viennent du mouvement de l'Eccentrique de la terre. Mais voyons l'opinion de Platon, Ce texte énonce, outre la paraphrase du texte biblique, lobjection principale qui peut être adressée au système de Copernic : il est inconsistant avec la physique aristotélicienne, il va à lencontre de la science naturelle de lépoque. L'Église elle-même ne mit son livre à l'index qu'en 1616, en lui reprochant principalement de prendre des hypothèses pour la réalité. Entre temps Tycho Brahe avait publié un recueil de lettres astronomiques où il exposait à la fois ses arguments et les arguments contraires de certains de ses rivaux coperniciens: il contribua ainsi à la définition du débat et à la véritable révolution qu'amorça Kepler avec la publication en 1609 de son Astronomia nova. En conclusion il semble que la dite révolution copernicienne soit plus une fiction inventée et perpétuée par les historiens selon lexpression de I.B. Cohen. Du monde clos à l'Univers infini Il faut dire un mot de ce philosophe dominicain, et il est difficile de le qualifier autrement, Giordano Bruno, que sa condamnation et son sacrifice, en 1600, par l'Église ont rendu célèbre. Bruno imagina un monde infini peuplé d'une infinité de soleils autour desquels tourneraient autant de planètes. Cette cosmologie chimèrique devait manifester l'omnipotence divine. Ces spéculations étaient peut-être le signe qu'une révolution astronomique était en cours mais elles étaient surtout le fait d'un esprit surchauffé et sans base astronomique. Elles ne peuvent donc être associées à une nouvelle vision du monde qui auraient été largement répandue à lépoque. Il sagit bien plus, comme le montre le passage suivant, dune méditation théologique où lon remarquera la présence de thèmes mathématiques : linfini et les probabilités.
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L'anatomie |
Les tensions engendrées par la volonté de protéger l'héritage des anciens se font jour également dans le domaine de la médecine et de l'anatomie. Pour les illustrer nous allons examiner deux figures emblématiques Vésale, le professeur, et Ambroise Paré, le praticien.
Le premier, Vésale (1515-1564) publia également en 1543 son De humani corporis fabrica libri septem, où l'art de l'écorché, cette planche anatomique où les muscles gonflés saillent sans leur enveloppe de peau, touche à un sommet. Il y signale à la fois sa distance par rapport aux anciens en affirmant que l'anatomie de Galien n'était pas fondée sur l'observation du corps humain mais plutôt sur celle des animaux et particulièrement du singe, et une déférence certaine puisqu'il maintient, dans la première édition, des descriptions anatomo-fonctionnelles de Galien, au sujet du cur notamment alors qu'il s'avouait comme incapable de les observer :
Cette chasse peut paraître plaisante, à l'époque il n'en était rien puisque l'Église manifestait ouvertement son opposition à la dissection sous peine d'excommunication. Ce n'est que par arrangements avec le juge Contarini que Vésale put s'assurer de l'approvisionnement régulier en corps de criminels pour son enseignement à la faculté de Padoue (à partir de 1537).
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Ambroise Paré, Dix livres de la chirurgie, Paris, 1564. Main de fer, feuillet 121.dsaF |
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Bibliographie |
Yves Gingras, Peter Keating, Camille Limoges. Du scribe au savant - Les porteurs du savoir de l'Antiquité à la révolution industrielle. Boréal, Montréal, 1998. Ronan, Colin. Histoire mondiale des sciences. Paris: Seuil; 1988. *** Boas-Hall, Marie . The scientific renaissance : 1450-1630. New York: Harper & Row; 1966. Cohen, I. Bernard. Puritanism and the rise of modern science : the Merton thesis. New Brunswick, N.J.: Rutgers University Press; 1990. Eisenstein, Elizabeth L. La révolution de l'imprimé à l'aube de l'Europe moderne / trad. de l'anglais par Maud Sissung et Marc Duchamp -The printing revolution in early modern Europe. Paris: La Découverte; 1991. Goodman, David Charles; Russell, Colin Archibald. The Rise of scientific Europe : 1500-1800 / edited by David Goodman and Colin A. Russell. London: Open University Press; 1991.
Alexandre Koyré, Du monde clos à l'univers infini, Paris, Galimard, 1973. Lindberg, David C.; Westman, Robert S. , ed. Reappraisals of the scientific revolution. Cambridge, Angleterre: Cambridge University Press; 1990. Rattansi, Piyo; Clericuzio, Antonio. Alchemy and chemistry in the 16th and 17th centuries. Dordrecht, Pays-Bas: Kluwer Academic; 1994. Swetz, Frank J. Capitalism & Arithmetic - The new Math of the 15th Century, La Salle, Illinois, Open Court, 1987. Il contient une traduction en anglais du premier livre d'ariméthique imprimé le Treviso Arithmetic, connu aussi sous le nom de Arte del Abbaco. Vickers, Brian ed. Occult and scientific mentalities in the Renaissance. Cambridge, Angleterre: Cambridge University Press; 1984. Andreas Vesalius, La fabrique du corps humain / av.-pr. de Claire Ambroselli, Anne Fagot-Largeault, Christiane Sinding. - Ed. bilingue +De humani corporis fabrica, Arles, Actes Sud, 1987. Andreas Vesalius, The illustrations from the works of Andreas Vesalius of Brussels ; with annotations and translations, a discussion of the plates and their background, authorship and influence, and a biographical sketch of Vesalius / by J.B. de C.M. Saunders and Charles D. O'Malley, Cleveland, World, 1950. |
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Questions |
Questions de compréhension et de lecture
Questions visant à dégager les enjeux philosophiques
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Hyperliens |
Sur Vésale en anglais Catalog of the Scientific Community: 16th and 17th Centuries Cours sur la Renaissance Exposition du American Museum of Natural History. Copernic et l'histoire de l'astronomie Copernic - Histoire de l'astronomie Histoire de la gravitation: Copernic & Kepler Copernic Biographie d'Ambroise Paré |
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