Phi 2080

Les grandes figures intellectuelles du monde moderne:

Cours 7
Les sciences à la Renaissance

F. Blanchard

Le retour vers la nature

Les Sciences à la Renaissance

 

Le contexte

  • L'expansion géographique et économique
  • L'imprimerie et la circulation des idées
    • La tradition hermétique
  • Les professions des nombres
    • La comptabilité, le change des monnaies, les poids et mesures

L'observation et la lecture des maîtres antiques

  • Le quasi paradoxe des progrès très lents ou des avancées en plein coeur de reculs
    • En Astronomie
      • Du monde clos à l'Univers infini
      • Impact limité de cette révolution en devenir
    • En Anatomie: Vésale et Ambroise Paré
      • La pratique de la dissection
      • Le rapport de la chirurgie avec la médecine

Inventions et mécénats

  • L'ingénieur , le poète des machines
  • Le mécanisme comme philosophie

 

Bibliographie

Questions

Hyperliens

Pour imprimer ce cours

  http://www.philo.uqam.ca/cours/Phi2080/audio/philo7.ra   Pour écouter l'émission (voir le guide de l'étudiant-e)

Le contexte

 

La Renaissance européenne est marquée par une redéfinition du territoire sans précédent immédiat; d'abord le rétrécissement de la Méditerranée après la chute de Constantinople, un revers de fortune pour des cités italiennes comme Venise, puis par la découverte des Amériques. Le monde est en expansion, en expansion démographique aussi, surtout après les grandes pestes du siècle précédent, et ce n'est pas qu'une figure de style tant la colonisation et le prélèvement de richesse qui l'accompagne sera brutale. L'Europe s'enrichit donc en s'appropriant de nouveaux horizons. Elle reste marquée par l’opposition entre la richesse des cités et le monde rural que l’on pourrait qualifier à l’instar de Fernand Braudel d’ancien régime biologique tant la plupart y sont au seuil de la survie. Mais il y aussi des progrès techniques qui favorisaient la conquête et l’accumulation primitive: la navigation est rendu plus sûre à la fois par les progrès de la construction navale et ceux de la cartographie.

L'essor de l'imprimerie va favoriser la circulation des idées; ce qui, à première vue, peut sembler favoriser le “ progrès ” des connaissances encourage en fait la redécouverte et la relecture des anciens. Ce qui est tout à fait dans l’optique de l’humanisme traditionnel car les lettrés sont encore rares et ne s'inscrivent pas encore d'emblée dans un projet qui pourrait se confondre avec notre idéal de connaissance rationnelle expérimentale. L'on peut penser à la tradition hermétique, et à Paracelse par exemple, ou encore à la nouvelle Compagnie de Jésus. Les Jésuites dont la mission est avant tout d'assurer la préservation de la doctrine, vont, aux yeux de l'histoire, assumer un rôle ambigu : assurer la gouverne de l'éducation scientifique tout en la soumettant au dogme.

La Renaissance peut donc être pensée comme une période de transition où s'affirme un certain conservatisme intellectuel en même temps que se met en place les conditions de ce que l'on appellera la première révolution scientifique au XVIIe siècle. Parmi ces conditions l'on peut signaler l'encouragement des innovations liées à l'ingénierie sur laquelle nous reviendrons mais aussi l'apparition d'une profession liée aux nombres, la comptabilité, avec la création des comptes à double entrées. Ceci encouragera la réflexion abstraite et l'application de la froide raison au monde non seulement d'un point de vue idéologique mais surtout par l’imposition d’une une formation mathématique plus poussée à tous les aspirants commerçants et banquiers.

On assiste alors à la publication de nombreux manuels qui, mettant à profit la diffusion du papier, proposent d'utiliser celui-ci pour noter les opérations. L'abaque, ou les jetons de calcul, sont enfin remplacés, eux dont l'usage s'était imposé du fait de la difficulté d'opérer avec les chiffres romains. La conjonction de la notation arabe et du papier sert l'alphabétisation-des-nombres et c'est littéralement par milliers que les enfants de Florence ou de Venise vont ainsi acquérir un savoir faire essentiel à l'extension des compagnies commerciales. De façon concomitante ce développement entraînera

  • la professionnalisation des enseignants, ainsi le mathématicien Tartaglia (1499-1557) qui commença sa carrière comme maître d'abaque.
  • Les recherches pour mettre au point des algorithmes et solutionner les problèmes complexes de change : les monnaies n'avaient pas d'étalon, la quantité du métal précieux qu'elles contenaient pouvant ainsi fluctuer.
  • La diffusion des méthodes algébriques, d'abord empruntées aux Arabes, dont Viète (1540-1603) fixera les règles à la fin du XVIe siècle.
   

L'observation et la lecture des maîtres antiques

 

Nulle part mieux qu'en astronomie peut-on illustrer les conflits entre le mouvement des connaissan ces et la volonté de protéger l'héritage des anciens.
Ainsi Copernic (1473-1543), dont on emprunta le nom pour désigner la révolution Copernicienne où le Soleil remplace la terre au centre du monde, était plus près de Platon que de Képler (1571-1630). Copernic était chanoine et administrateur ecclésiastique. Après avoir fait de longues études de mathématiques, de droit et de médecine en Italie, il pratiquait cet art. C'est pourquoi s'intéressa à l'astronomie puisqu'il partageait la croyance de l'époque : les médicaments devaient être prescrits en fonction du mouvement planétaire : il était iatromathématicien!
Son traité, le De revolutionibus orbium celestium, publiée en 1543, juste avant sa mort, au terme de longues années de réflexion et de recherche, devrait être vu avant tout comme une tentative de sauver le système de Ptolémée en préservant le privilège du mouvement circulaire uniforme. Dans l’extrait qui suit Copernic présente ses idées astronomiques, comme en les vulgarisant, mais en fait en les coulant dans un modèle élaboré par les commentaires scolastiques. L’exemple des bateaux en mouvement se retrouvaient en effet chez Jean Buridan( 1295-1358) puis chez Nicolas Oresme (1320-1382) traducteur et commentateur d’Aristote et qui avait développé l’hypothèse de la rotation de la terre.

    Mais laissons aux disputations des philosophes [de décider] si le monde est fini ou infini ; nous sommes [en tout cas] certains que la terre entre ses pôles, est limitée par une surface sphérique. Pourquoi donc hésiterions-nous plus longtemps de lui attribuer une mobilité qui peut s'accorder par sa nature avec sa forme, plutôt que d'ébranler le monde entier dont on ignore et ne peut connaître les limites? et n'admettrions-nous pas que la réalité de cette révolution quotidienne appartient à la terre, et son apparence seulement au ciel ! Et qu'il en est par conséquent comme lorsqu'Énée (chez Virgile) dit : nous sortons du port et les terres et les villes reculent.
    En effet, lorsqu'un navire flotte sans secousses, les navigateurs voient se mouvoir, à l'image de son mouvement, toutes les choses qui lui sont extérieures et inversement ils se croient être en repos, avec tout ce qui est avec eux. Or, en ce qui concerne le mouvement de la terre, il se peut que c'est de façon pareille que l'on croit le monde entier se mouvoir autour [d'elle]. Mais que dirons-nous donc touchant les nuages et les autres choses flottant dans l'air, ainsi que celles qui tombent ou inversement tendent vers le haut ? tout simplement que, non seulement la terre, avec l'élement aqueux qui lui est joint, se meut ainsi, mais encore une partie non négligeable de l'air et toutes les choses qui, de la même manière, ont un rapport avec la terre. Soit que l'air proche de la Terre, mélangé de matière terrestre et aqueuse, participe de la même nature que la terre, soit que ce mouvement de l'air soit un mouvement acquis, dont il participe sans résistance par suite de la contiguïté et du mouvement perpétuel de la terre.
    N. Copernic, Des Révolutions des orbes célestes, livre I, chap. 8.

 

Copernic d'après

Icones seve imagines virorum literis illustrium ,

Nicolai Reusneri ic. Strasbourg, 1590.

Le système de Ptolémée (100?-170?) exposé dans son traité intitulé dans sa traduction arabe l’Almageste, pourrait être représenté comme un emboîtement de sphères concentriques translucides, un peu comme les couches d'un oignon, auxquelles étaient accrochées les astres visibles puis les étoiles et au centre desquelles se trouvaient la terre.

Ptolémée, et à sa suite les astrologues/astronomes, avaient recours à des raffinements théoriques pour représenter les irrégularités qu'ils observaient dans le mouvement des planètes. Ainsi, la trajectoire des planètes était déterminée par un double mouvement de rotation: la planète décrit un premier cercle, l’épicycle, dont le centre tourne autour de la terre : c’est le cercle déférent qui est excentrique par rapport au centre de la terre. De plus le mouvement du centre de l’éclyptique n’est régulier que par rapport à un point dit centre de l’équant aligné sur une droite reliant le centre de la terre et le centre du déférent. Ces “ artifices ” expliquent pourquoi la planète est donc plus lumineuse lorsqu'elle parcourt la partie interne, plus proche de la terre, de l'épicycle.

Copernic avait sans doute pour but de simplifier ce système en maintenant, comme un platonicien convaincu, la préséance du mouvement circulaire uniforme, mouvement propre de la sphère et qui, seul, peut ramener le passé et expliquer la régularité et la répétition des phénomènes astronomiques. Si les mouvements des planètes nous apparaissent comme inégaux c'est donc que la terre n'est pas au centre des cercles sur lesquels les astres se meuvent; et pour nous, qui regardons de la terre les mouvements de ces astres, à cause de leur éloignement inégal, ils apparaissent plus grands lorsqu'ils sont près que lorsqu'ils sont éloignés. Ainsi des mouvements égaux des orbes nous paraissent inégaux.
De cet épisode nous devrions retenir deux conclusions : d’abord Copernic ne put mener à bien son travail qu’en s’abreuvant à de multiples sources classiques nouvellement imprimées et ensuite qu’il semble que sa “ découverte ” fut d’abord dictée par un motif philosophique plus que par une appréciation nouvelle des faits. D’autres astronomes allaient bientôt préciser les observations grâce à de nouvelles techniques, à de nouveaux instruments.

Impact limité de cette révolution en devenir

L'œuvre de Copernic, publié en 1543 à plus de deux cent exemplaires , puis rééditée en 1566, sera malgré tout peu lu. Quelques astronomes et astrologues l'utilisèrent et peuvent être qualifiés d'héritiers, mais seuls une dizaine d'entre eux pourraient être assimilés à des partisans ou des disciples qui reprendraient à leur compte les conclusions de Copernic.
Ainsi dans le passage suivant, qui est extrait du chapitre deux du livre quatrième des Six livres de la république (1576), Jean Bodin décrit les moyens de prévoir l’avenir des republiques et des villes en se fondant sur leur horoscope. Ce faisant il passe en revue et corrige les calculs de plusieurs astrologues et juge le système de Copernic en ces termes :

    Quant à ce que dit Copernic, que les changemens et ruïnes des Monarchies sont causees du mouvement de l'Eccentrique, cela ne merite point qu'on en face ni mise ni recepte :
    car il suppose deux choses absurdes : l'une, que les influences viennent de la terre, et non pas du ciel : l'autre, que la terre souffre les mouvements que tous les Astrologues ont tousjours donné aux cieux, horsmis Eudoxe : encores est-il lus estrange de mettre le Soleil au centre du mont, et la terre à cinquante mil lieues loin du centre : et faire que partie des cieux et des planettes soyent Mobiles, et partie immobiles. Ptolemee rejecta l'opinion d'Eudoxe par arguments vraysemblables, ausquels Copernicus a bien respondu : à quoy Melanchthon seulement a repliqué de ce verset* :
    Dieu au ciel a posé,
    Palais bien composé
    Au soleil pur et monde :
    Dont il sort ainsi beau,
    Comme un espoux nouveau,
    De son paré pourprix:
    Semble un grand Prince à voir,
    S'esgayant pour avoir,
    D'une course le pnx.
    D'un bout des cieux il part,
    Et attaint l'autre part,
    En un Jour, tant est viste.
    Aussi pouvoit-il dire que Josué commanda au Soleil et à la Lune d'arrester leurs cours : mais à tout cela on peut respondre que l'Escriture s'accommode à notre sens : comme quand la Lune est appellee le plus grand luminaire aptes le Soleil, qui neantmoins est la plus petite de toutes les estolles, horsmis Mercure

    Erreur de Copernic.

    Mais il y a bien une demonstration, de laquelle personne jusques ici n'a usé contre Copernic, c'est à sçavoir que jamais corps simple ne peut avoir qu'un mouvement qui luy soit propre : comme il est tout notoire par les principes de la science* naturelle : puis donc que la terre est l'un des corps simples, comme est le ciel et les autres elements, il faut necessairement conclurre, qu'elle ne peut avoir qu'un seul mouvement qui luy soit propre : et neantmoins Copernic luy en assigne trois tous différents, desquels il n'y en peut avoir qu'un propre : les autres seroyent violents, chose impossible : et par mesme suite impossible que les changements des Republiques viennent du mouvement de l'Eccentrique de la terre. Mais voyons l'opinion de Platon,

Ce texte énonce, outre la paraphrase du texte biblique, l’objection principale qui peut être adressée au système de Copernic : il est inconsistant avec la physique aristotélicienne, il va à l’encontre de la “ science naturelle ” de l’époque. L'Église elle-même ne mit son livre à l'index qu'en 1616, en lui reprochant principalement de prendre des hypothèses pour la réalité. Entre temps Tycho Brahe avait publié un recueil de lettres astronomiques où il exposait à la fois ses arguments et les arguments contraires de certains de ses rivaux coperniciens: il contribua ainsi à la définition du débat et à la véritable révolution qu'amorça Kepler avec la publication en 1609 de son Astronomia nova. En conclusion il semble que la dite révolution copernicienne soit plus une “ fiction inventée et perpétuée par les historiens ” selon l’expression de I.B. Cohen.

Du monde clos à l'Univers infini

Il faut dire un mot de ce philosophe dominicain, et il est difficile de le qualifier autrement, Giordano Bruno, que sa condamnation et son sacrifice, en 1600, par l'Église ont rendu célèbre. Bruno imagina un monde infini peuplé d'une infinité de soleils autour desquels tourneraient autant de planètes. Cette cosmologie chimèrique devait manifester l'omnipotence divine. Ces spéculations étaient peut-être le signe qu'une révolution astronomique était en cours mais elles étaient surtout le fait d'un esprit surchauffé et sans base astronomique. Elles ne peuvent donc être associées à une nouvelle vision du monde qui auraient été largement répandue à l’époque. Il s’agit bien plus, comme le montre le passage suivant, d’une méditation théologique où l’on remarquera la présence de thèmes mathématiques : l’infini et les probabilités.

Texte 2

Mais nous qui prêtons attention non pas aux ombres de l' imagination, mais aux choses mêmes, nous qui considérons un corps aérien, éthéré, spirituel, liquide, un vaste réservoir de mouvement et de repos, immense même et infini - il nous faut au moins l'affirmer, puisque ni les sens ni la raison ne nous en font voir la fin -, nous savons avec certitude qu'étant l'effet et le produit d'une cause infinie et d'un principe infini il doit être infiniment infini quant à se capacité physique et quant à son mode d'être. Et je suis certain que Nundinio, non plus que ceux qui exercent le magistère de l'entendement, ne pourra jamais établir (fût-ce avec une demi-probabilité) que notre univers corporel ait une limite, et que par conséquent les astres contenus dans son espace soient en nombre fini. Ni que cet univers connaisse un centre et milieu naturellement déterminé.

 

G. Bruno, Le Banquet des Cendres

   

L'anatomie

 

Les tensions engendrées par la volonté de protéger l'héritage des anciens se font jour également dans le domaine de la médecine et de l'anatomie. Pour les illustrer nous allons examiner deux figures emblématiques Vésale, le professeur, et Ambroise Paré, le praticien.

André Vésale, originaire de Flandres, fit des études de médecine
à Louvain,
à Montpellier avant que d’enseigner à Padoue,
la plus célèbre université de l’époque.

La dissection

Le premier, Vésale (1515-1564) publia également en 1543 son De humani corporis fabrica libri septem, où l'art de l'écorché, cette planche anatomique où les muscles gonflés saillent sans leur enveloppe de peau, touche à un sommet.

Il y signale à la fois sa distance par rapport aux anciens en affirmant que l'anatomie de Galien n'était pas fondée sur l'observation du corps humain mais plutôt sur celle des animaux et particulièrement du singe, et une déférence certaine puisqu'il maintient, dans la première édition, des descriptions anatomo-fonctionnelles de Galien, au sujet du cœur notamment alors qu'il s'avouait comme incapable de les observer :
"Nous nous émerveillons de l'art du créateur qui est cause que le sang passe du ventricule droit au ventricule gauche à travers des pores invisibles." Livre III.
La publication de son livre souleva la controverse, (en France il fut attaqué dans de nombreux pamphlets par Silvius) et Vésale retourna à la pratique de la médecine au service de l'empereur Charles-Quint, ce qui était aussi une tradition dans sa famille, avant que d’être en bute à l’inquisition.
L’originalité du De Fabrica tient sans doute plus à cette affirmation que “ la structure humaine ne peut être observé que sur l’homme ” qu’au travail empirique d’observation qu’il faudrait se garder de trop moderniser. Si Vésale pratique l’anatomie c’est comme médecin et non comme naturaliste; c’est ce qui l’oppose à ses maîtres mais aussi ce qui marque dans cette fin son originalité.
Cette nouvelle orientation de l'anatomie reposait sur la pratique réglée de la dissection et pour ce faire il fallait des cadavres ce qui, alors, n’était pas une mince affaire comme nous l’indique le passage suivant.

Texte 3

Quand la guerre éclata, je dus quitter Paris ce revenir à Louvain ce là, alors que je me promenais en compagnie du célèbre physicien et mathématicien Gemma Frisius, cherchant des os le long des routes de campagne où-pour le plus grand bénéfice des étudiants on expose généralement les criminels exécutés, je tombai sur un cadavre tout sec, pareil à celui du voleur mentionné par Galien. Si, comme je le suppose, les oiseaux avaient dépouillé le premier de sa chair, ainsi en avaient-ils fait de celui-là qui avait été partiellement brûlé et grillé sur un bûcher de paille et ensuite attaché à un poteau. De sorte que les os étaient complètement dénudés et ne tenaient plus ensemble que par les ligaments, de telle manière que seules les insertions et les extrémités des muscles avaient été préservées... Voyant que le corps était sec et ne présentait aucune trace de pourriture ou d'humidité, je tirai parti de cette occasion inattendue et néanmoins la bienvenue et, avec l'aide de Gemma, je grimpai au poteau et détachai le fémur de l'os iliaque. En tirant vigoureusement, les omoplates vinrent aussi, avec les bras et les mens; il ne manquait que les doigts d'une main, les deux rotules et un pied. Après avoir subrepticement rapporté chez moi, en plusieurs voyages, les jambes et les bras en laissant la tête et le tronc , je fis en sorte de me trouver enfermé le soir hors de la ville, afin de pouvoir m'emparer du thorax qui était solidement attaché par une chaîne. Si grand était mon désir de posséder ces os que, seul, au milieu de la nuit et entouré de tous ces cadavres, je grimpai au poteau au prix d'un effort considérable et n'hésitai pas à saisir ce que je désirais si fort. Quand j'eus descendu les os de la potence, je les transportai à quelque distance de là et les cachai jusqu'au lendemain, et je pus alors les rapporter chez moi petit à petit en empruntant une autre porte de la ville.

Vésale,

Cette chasse peut paraître plaisante, à l'époque il n'en était rien puisque l'Église manifestait ouvertement son opposition à la dissection sous peine d'excommunication. Ce n'est que par arrangements avec le juge Contarini que Vésale put s'assurer de l'approvisionnement régulier en corps de criminels pour son enseignement à la faculté de Padoue (à partir de 1537).

La chirurgie

De Paré l'on connait sutout sa réforme des pratiques chirurgicales illustrée par le remplacement de la cautérisation au fer rouge par la ligature lors des amputation.
Ambroise Paré est parfois considéré, surtout en France, comme le père de la chirurgie moderne. Il doit sa réputation à ses interventions sur les champs de bataille, au renom de la clientèle qu’il s’y recruta, les rois de France, mais aussi à la publication d’ouvrages qui décrivent son art et qui manifestent ses connaissances, souvent reprises de prédécesseurs ou de contemporains. Encore une fois il semble que la recherche de précurseurs est à mettre en cause. Le développement de la médecine militaire et particulièrement de la chirurgie liée à l’épopée napoléonienne ainsi que le culte des grands hommes du XIX siècle ne sont pas étrangers à la constitution de cette figure historique qui bien sûr ignorait l’anesthésie ou l’asepsie !

Mais sa longue carrière et ses ouvrages illustrent également les transformations que subirent les pratiques médicales à la Renaissance à travers les luttes corporatistes qui opposèrent les médecins et les chirurgiens-barbiers. La relecture du corpus des œuvres attribuées à Hippocrate et celles de Galien par des praticiens de l’anatomie (ce que nous rapprocherions de l'expérimentation) fut aussi déterminante dans l'accumulation du savoir.

Bref la médecine est travaillée à la fois par un renouveau de ses sources théoriques et par le développement des techniques d'investigation et d'intervention.

 
 

Ambroise Paré, Dix livres de la chirurgie, Paris, 1564. Main de fer, feuillet 121.dsaF

Bibliographie

 

Yves Gingras, Peter Keating, Camille Limoges. Du scribe au savant - Les porteurs du savoir de l'Antiquité à la révolution industrielle. Boréal, Montréal, 1998.

Ronan, Colin. Histoire mondiale des sciences. Paris: Seuil; 1988.

***

Boas-Hall, Marie . The scientific renaissance : 1450-1630. New York: Harper & Row; 1966.

Cohen, I. Bernard. Puritanism and the rise of modern science : the Merton thesis. New Brunswick, N.J.: Rutgers University Press; 1990.

Eisenstein, Elizabeth L. La révolution de l'imprimé à l'aube de l'Europe moderne / trad. de l'anglais par Maud Sissung et Marc Duchamp -The printing revolution in early modern Europe. Paris: La Découverte; 1991.

Goodman, David Charles; Russell, Colin Archibald. The Rise of scientific Europe : 1500-1800 / edited by David Goodman and Colin A. Russell. London: Open University Press; 1991.


Alexandre Koyré, La révolution astronomique : Copernic, Kepler, Borelli, Paris, Hermann, 1961.

Alexandre Koyré, Du monde clos à l'univers infini, Paris, Galimard, 1973.

Lindberg, David C.; Westman, Robert S. , ed. Reappraisals of the scientific revolution. Cambridge, Angleterre: Cambridge University Press; 1990.

Rattansi, Piyo; Clericuzio, Antonio. Alchemy and chemistry in the 16th and 17th centuries. Dordrecht, Pays-Bas: Kluwer Academic; 1994.

Swetz, Frank J. Capitalism & Arithmetic - The new Math of the 15th Century, La Salle, Illinois, Open Court, 1987. Il contient une traduction en anglais du premier livre d'ariméthique imprimé le Treviso Arithmetic, connu aussi sous le nom de Arte del Abbaco.

 

Vickers, Brian ed. Occult and scientific mentalities in the Renaissance. Cambridge, Angleterre: Cambridge University Press; 1984.

Andreas Vesalius, La fabrique du corps humain / av.-pr. de Claire Ambroselli, Anne Fagot-Largeault, Christiane Sinding. - Ed. bilingue +De humani corporis fabrica, Arles, Actes Sud, 1987.

Andreas Vesalius, The illustrations from the works of Andreas Vesalius of Brussels ; with annotations and translations, a discussion of the plates and their background, authorship and influence, and a biographical sketch of Vesalius / by J.B. de C.M. Saunders and Charles D. O'Malley, Cleveland, World, 1950.

Questions

 

Questions de compréhension et de lecture

1. Comment Copernic voulait-il s'y prendre pour préserver l'héritage des maîtres antiques?

2. Pourquoi peut-on dire que la révolution Copernicienne fut décalée dans le temps?

3. Pourquoi l'Église s'opposait-elle à la dissection des cadavres?

Questions visant à dégager les enjeux philosophiques

Quel est le bilan scientifique de la Renaissance?

   

Hyperliens

 

Sur Vésale en anglais

Catalog of the Scientific Community: 16th and 17th Centuries
This catalog is a collection of 631 detailed biographies on members of the scientific community during the 16th and 17th centuries. The database is searchable and contains the vital facts about these individuals and their contributions to science. Maintained by Dr. Richard Westfall at Indiana University.

Cours sur la Renaissance
Page d'un cours, dispensé par Ralph Tandy McConnell jr au Columbia College sur la Renaissance dans le cadre d'un cours sur les civilisations.

Exposition du American Museum of Natural History.
Site consacré au codex Leicester de L. de Vinci

Sur Copernic

Copernic et l'histoire de l'astronomie

Copernic - Histoire de l'astronomie

Histoire de la gravitation: Copernic & Kepler

Nicolas COPERNIC 1473 - 1543

Copernic
Nicolas Copernic : De Revolutionibus (1520-1541)Copie de chaque page du manuscrit autographe; bibliothèque :“Biblioteka Jagiellonska" à Cracovie .

Système de Copernic

Biographie d'Ambroise Paré

   N'hésitez pas à nous écrire

| Mercure : le site du département de philosophie |
 
| UQAM |