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Pour écouter l'émission (voir le guide de l'étudiant-e) |
Les Réformes protestantes |
La naissance du protestantisme Au sortir du Moyen Âge, les chrétiens tentent de répondre à leurs angoisses religieuses par différentes pratiques populaires (culte des saints et de la Vierge, vénération des reliques, achat d'indulgences, etc.). Les principales causes qui ont entraîné l'éclatement du christianisme et fait apparaître le protestantisme sont les suivantes : 1. Il existe un fort courant anticlérical depuis la fin du Moyen Âge, lequel a été provoqué par la cupidité des moines, le cumul des bénéfices, la vie de plus en plus mondaine du haut clergé, le train scandaleux de la cour romaine, etc. ; 2. Il s'est créé entre le clergé et les fidèles un abîme à cause de l'ignorance des pasteurs, de la non-résidence des curés, etc. ; 3. Le développement de l'imprimerie a permis la diffusion de la bible et la publication d'ouvrages qui critiquent le catholicisme. Malgré de nombreuses divergences sur des points de doctrine (théologiques et politiques), il est possible d'identifier certains principes généraux qui sont communs aux trois premières grandes tendances protestantes (luthérienne, anglicane et calviniste). 1. Le rejet de l'autorité papale ; 2. Le rejet du culte de la Vierge et des saints; 3. Le rejet de l'idée selon laquelle la messe est un sacrifice offert à Dieu ; 4. Le recours à la Bible comme révélation définitive de Dieu qui ne peut être actualisée que par la Parole vivante de la prédication ; 5. Le recours à la personne du Christ rédempteur ; 6. La toute-puissance de la grâce et la justification par la foi qui est un don gratuit ne dépendant d'aucune disposition humaine; 7. L'affirmation que l'Église est une assemblée des croyants tous égaux devant Dieu. Les idées de la Réforme se sont très rapidement diffusées. Tout commence lorsque, en 1515, une campagne d'indulgence s'ouvre pour la construction de la basilique de Saint-Pierre de Rome. Le 31 octobre 1517, Luther (1483-1546) adresse à l'archevêque de Mayence et appose sur la porte de la chapelle de l'université de Wittenberg 95 thèses pour protester contre le trafic des indulgences. Les 95 thèses sont imprimées dans tout l'Empire et elles connaissent un très grand succès même si l'ouvrage est fortement critiqué par la hiérarchie catholique et les théologiens. Entre 1517 et 1520, près de 300 000 exemplaires des écrits de Luther sont publiés. On estime que jusqu'au milieu du XVIe siècle, il est l'auteur le plus lu en Europe. On comprend aisément pourquoi il considérait l'imprimerie comme " le plus grand et le plus extrême acte de la grâce divine par lequel se propage l'influence de l'Évangile ". Voici quelques-unes de ces thèses :
Tous les pays européens, sauf ceux de la Méditerranée (Espagne, Italie et Portugal) où la réaction catholique est très vive, sont touchés par les réformes protestantes. Vers 1540, 51 des 65 villes de l'Empire ont adopté la Réforme. On trouve des minorités calvinistes aux Pays-Bas, en France et en Suisse. En Écosse, John Knox (1505?-1572), fortement influencé par Calvin, fonde l'Église presbytérienne. En Angleterre, la religion anglicane voit le jour. Luther Pour Luther, il faut se débarrasser de tout ce qui trouble l'évidence de la parole divine. La foi seule sauve, car c'est elle qui permet au chrétien de recevoir la Parole de Dieu. En 1520, il écrit De la liberté du chrétien où il oppose au Salut conquis par les uvres le salut donné par l'action de la Parole à l'intérieur de l'âme.
Pour Luther, il existe une séparation entre la liberté qu'apporte la Parole à l'âme et la servitude qui est associée avec les uvres humaines. Mais, pour lui, il n'y a pas de passage de la servitude à la liberté ou de la matière à l'âme. De même, il existe une séparation entre le règne de Dieu, où se joue la dialectique de la justification et de la liberté, et la cité terrestre, qui est dominée par l'obéissance, la douleur et les châtiments. Ainsi, l'homme pieux recherche le règne de Dieu et subit " l'autorité temporelle qui a été instituée par Dieu pour châtier les méchants et protéger les bons ". Calvin Calvin est en accord avec Luther sur la nécessité de revenir au texte biblique et sur son désaveu de l'Église de Rome. Mais la doctrine de la prédestination a fait de Calvin et de Luther des adversaires. Selon celle-ci, le Salut ne dépend que de la liberté absolue du Créateur. En 1536, dans Institution de la religion chrétienne, Calvin affirme que la foi et les oeuvres ne peuvent sauver le pécheur. Seule la grâce divine, qui est réservée à certains élus pour des raisons qui nous échappent, peut nous sauver.
Pour Calvin, la foi n'est pas passive, car lorsque nous prenons conscience de notre corruptibilité et du mystère de la volonté divine, nous devons accepter de vivre notre état d'indignité et de rendre grâce à Dieu. |
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Querelles, persécutions et massacres |
Le protestantisme et l'humanisme chrétien Entre les différentes réformes protestantes et l'humanisme chrétien, il existe certains points de convergence (critique des vices de l'Église, retour aux textes bibliques, redécouverte de la simplicité de l'église apostolique, le rejet d'une partie des obligations et des gestes accomplis par les chrétiens, affirmation selon laquelle la foi est incommunicable sinon que par un don gracieux de Dieu). Toutefois, les points de divergence entre les différentes réformes protestantes et l'humanisme chrétien sont importants. L'idéologie humaniste est d'abord et avant tout propre aux intellectuels et aux aristocrates, alors que la Réforme est un vaste mouvement qui touche tous les peuples européens. Pour les humanistes, il est possible d'organiser une vie morale autonome à partir de la liberté humaine et de la connaissance de la nature, alors que pour les protestants, dans la cité terrestre chacun doit réaliser la vocation que Dieu lui attribue en sanctifiant par son travail son existence. Mais la question sur laquelle les protestants et les humanistes s'opposent le plus vivement est celle qui porte sur la liberté. En 1524, Érasme, dans son Essai sur le libre arbitre, soutient que l'homme, parce qu'il est doué de libre arbitre, peut et doit participer à son Salut. L'année suivante, Luther dans son Serf arbitre radicalise sa position et affirme que la déchéance de l'homme est telle qu'il ne peut rien pour son Salut; l'obliger à y participer est même le pire des outrages faits à Dieu. La Contre-Réforme Le terme " Contre-Réforme " est apparu au XIXe chez des historiens protestants allemands pour désigner le mouvement de réaction au sein de l'Église catholique qui vise à mettre fin à la Réforme protestante. Mais le XVIe siècle est aussi le moment d'une réforme, d'une renaissance du catholicisme. De plus, le climat d'intolérance, qui est généralisé en Europe au milieu de ce siècle, n'est pas spécifique aux catholiques, il est aussi présent chez les protestants. Par exemple, pendant la Guerre des paysans (1524-25), des paysans et des ouvriers des mines luttent pour améliorer leurs conditions d'existence (abolition du servage, droit d'élire leurs pasteurs, etc.). Mais le refus des princes protestants et la répression qui s'ensuit fait près de 100 000 victimes. Münzer (1489-1525), chef des anabaptistes, prêche un communisme évangélique et prend même le pouvoir à Mülhausen avant d'être exécuté à la fin de la guerre. En 1525, il affirme dans Très bien fondée apologie :
Avec le Concile de Trente (1545-1563), l'Église catholique met en marche une machine de guerre contre la réforme. On reconstitue le tribunal d'Inquisition (1542) et on crée l'Index (1559). La brutalité des princes (Marie Tudor, Charles Quint, etc.) et l'Inquisition espagnole sous Philippe 2 provoquent des massacres de protestants comme celui, en France, de la Saint-Barthélémy en 1572. Un bon exemple des persécutions religieuses de cette époque nous est donné par cet extrait d'une Ordonnance de Charles Quint contre les Luthériens qui date de 1531 :
Le militantisme des princes catholiques se double souvent d'ambitions politiques. Ainsi, la tentative de reconquête de l'Angleterre par l'invincible armada est destinée à rétablir la foi catholique, mais elle vise aussi à éliminer la concurrence maritime anglaise. |
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La Réforme catholique |
Principes généraux La Réforme catholique vise d'abord et avant tout à réformer l'Église romaine et à unir les forces catholiques. Au Concile de Trente, certaines clarifications théologiques sont apportées (rapports de l'Écriture et de la Tradition; la signification des sacrements, etc.), tout en maintenant les formes traditionnelles de la piété (reliques, pélerinages, etc.), le culte de la Vierge et des saints, etc. Malgré les critiques des protestants et des humanistes, on impose la Vulgate. On publie divers ouvrages (Catéchisme (1566), bréviaire (1568), missel (1570), etc.) pour rendre plus compétent le clergé et pour instruire les fidèles. La Réforme catholique est aussi marquée par un retour à une plus stricte discipline, par un fort courant de mysticisme (Sainte Thérèse d'Avila, Jean de la Croix) et par l'essor des congrégations religieuses.
Mains en prière, Dürer, 1508. La Réforme catholique connaît du succès en Italie, en Espagne, en Lorraine, mais ne réussit pas à percer en Allemagne, en Angleterre et en France. Les guerres de religion, les intérêts des souverains espagnols et portuguais et l'inertie de la hiérarchie ecclésiastique sont des freins à la diffusion des idées de la Réforme catholique. Mais globalement, même si l'unité chrétienne n'est pas rétablie, le catholicisme entre dans une phase d'expansion planétaire. La " conquête spirituelle " Après la chute de Constantinople en 1453, les Occidentaux doivent trouver une nouvelle route vers les richesses de l'Asie, des Indes. Entre 1492, moment où Christophe Colomb, avec sa flottille de trois caravelles, débarque en Amérique, et 1608, moment où Samuel de Champlain fonde Québec, des cultures et des systèmes religieux qui autrefois étaient séparés les uns des autres vont se rencontrer : le temps des conquêtes, du zèle missionnaire, des désirs d'aventure, de gloire et d'or vient de commencer. Cette période voit une réduction dramatique de la population des Amériques (colonisation, esclavage, échanges microbiens, etc.) et le déplacement des centres commerciaux de la Méditerranée vers l'Ouest.
Mappemonde, Oronce Fine, 1534-1536. La conquête des nouveaux mondes est aussi une " conquête spirituelle ". L'Europe missionnaire du XVIe siècle est essentiellement catholique et les missions d'évangélisation sont confiées à différents ordres religieux (Dominicains, Franciscains, Jésuites). Le processus d'unification des cultures, et donc d'acculturation des peuples du Nouveau Monde, qui se met en place à cette époque provoque dès le milieu du XVIe siècle une prise de conscience des injustices de la colonisation (Bartholomé de Las Casas, Francesco de Vitoria). Ainsi donc, dès le début des conquêtes apparaît une nouvelle réflexion sur nos rapports avec ces autres cultures, dont cet extrait de Montaigne se fait l'écho :
(B.M.) |
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Bibliographie |
Boorstin, D., Les découvreurs, Paris, Bouquins, 1988. Chaunu, P., Conquête et exploitation des nouveaux mondes, Paris, 1969. Christin, O., Les Réformes. Luther, Calvin et les protestants, Paris, Gallimard, 1995. Chaunu, P., Le temps des Réformes, histoire religieuse et système de civilisation, Paris, Fayard, 1975. Delumeau, J., Naissance et affirmation de la Réforme, Paris, PUF, 1983. Calvin, J., Oeuvres choisies, Paris, Gallimard, 1995. Léonard, E. G., Histoire générale du protestantisme, Paris, 3 vol., PUF, 1988. Luther, M., Les grands écrits réformateurs, Paris, Flammarion, 1992. Margolin, J.-C., Guerre et paix dans la pensée d'Érasme, Paris, Aubier Montaigne, 1973. Tüchle, H., Bouman, C. A., Le Brun, J., Réforme et Contre-Réforme, Seuil, 1968. Védrine, Hélène, Les philosophies de la Renaissance, Paris, PUF, 1971.
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Questions de compréhension et de lecture
Questions visant à dégager les enjeux philosophiques
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Origines et début de la Réforme , Luther, 8 pages Pour tout savoir sur le catholicisme Le Concile de Trente Laurent le Magnifique Jean Calvin, réformateur du XVIe Sur la découverte du Nouveau Monde Priviledges and Prerogatives Granted |
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