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La diffusion des idées |
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L'invention de l'imprimerie |
Avant l'ère chrétienne, la diffusion de l'écrit se fait grâce au volumen (rouleau fait de papyrus). Composé de feuilles collées côte à côte et enroulées sur des bâtons de bois ou d'ivoire, il peut atteindre 10 mètres de long et chaque colonne de texte est haute de 25 à 45 lignes. Ce type de support se prête mal au pliage et ne permet pas d'écriture recto verso. Au début de l'ère chrétienne (2e-4e siècle), les codex (cahiers cousus ensemble formés de feuilles pliées) sont faits de parchemin (peaux de moutons, de chèvres, de veaux) sur lequel on peut écrire recto verso. Un livre de format moyen demande environ 15 peaux, ce qui en fait un support coûteux et long à préparer, auquel il faut ajouter le travail laborieux du copiste. Dès le 13e siècle avec, entre autres, l'essor des universités et l'augmentation du taux d'alphabétisation, l'on ne peut plus satisfaire totalement à la demande. Dans la vallée du Rhin, des villes prospères, la riche bourgeoisie, les bailleurs de fonds, les papetiers et les banquiers y voient une occasion de faire fructifier leur capital et fonctionner leur industrie. Aux 14e et 15e siècles, un nouveau support, le papier, est disponible grâce à la multiplication des moulins à papier. Au début du 15e siècle, le premier haut fourneau fait son apparition dans la région de Liège et le travail du métal connaît d'importants progrès. C'est d'ailleurs un orfèvre, Johannes Gutenberg (1400?-1468), originaire de Mayence, en Allemagne, qui est considéré comme l'inventeur de l'imprimerie. Celui-ci nous est surtout connu pour les très longs procès entourant le financement de son entreprise et les bénéfices découlant de son invention. En 1455, il perd son procès contre son commanditaire et fait faillite, mais poursuit ses activités grâce au soutient de l'archevêque de Mayence. Son invention est le fruit de 15 ans d'ouvrage pendant lesquels il réussit à associer quatre éléments, soit le papier, la presse à imprimer, une encre permettant l'impression des deux faces du papier et un moule capable de former les lettres (caractères mobiles en métal) en grand nombre. Le premier livre (1452-1455) est la Bible "à 42 lignes" de format in-folio, dont le tirage est de 160-180 exemplaires. L'invention de Gutenberg est le résultat du perfectionnement d'une série de techniques déjà existantes (la presse à vis) et dont certaines (le papier) sont connues depuis longtemps en Chine. Le papier, les caractères mobiles et la xylographie, ancêtre de l'imprimerie, sont originaires de la Chine et de la Corée. Le papier apparaît en Chine au début du 2e siècle de notre ère; il arrive en Occident entre le 11e et le 12e siècle, d'abord en Espagne puis en Italie. Les caractères mobiles métalliques datent du 11e siècle, mais le nombre des caractères nécessaires en chinois (plusieurs dizaines de milliers) limitent leur utilisation aux seules publications étatiques. La xylographie (technique de gravure sur bois) est déjà utilisée dès la seconde moitié du 14e siècle pour imprimer des images sur tissu et sur papier (images de dévotion, cartes à jouer, etc.).
Détail de la Bible de Gutenberg, avant 1456. Le livre qui sort des presses à l'époque des incunables ressemble beaucoup aux ouvrages médiévaux. Puis, il subit une série de transformations : création de différents caractères typographiques et de caractères à valeur phonétique (cédilles, trémas, apostrophe); déplacement de l'état civil du livre à la tête de l'ouvrage, qui devient la page titre; pagination des feuillets en chiffres romains, etc.
C'est aussi à cette époque que le caractère romain est créé par les humanistes qui l'utilisent pour les textes antiques, alors que le gothique sert aux textes religieux, juridiques et de langue vernaculaire. Alde Manuce (1450-1515), humaniste et imprimeur italien, invente l'italique, un caractère romain dont la forme penchée évoque l'écriture cursive des manuscrits humanistes. Voici le portrait qu'Érasme trace, en 1515, de son ami Manuce :
Alde Manuce, tout comme Froben et Christophe Plantin, est un représentant d'une nouvelle figure intellectuelle qui fait son apparition en Occident, celle de l'imprimeur. Manuce édite des chefs-d'uvre de l'Antiquité, Dante, Pétrarque... au total 150 ouvrages en 20 ans. Il invente le format in-octavo et est l'auteur de grammaires et de traductions diverses. Dans les ateliers de cet imprimeur, auteurs, commentateurs, savants et correcteurs d'épreuves se rencontrent pour échanger leurs idées, leurs impressions. Les intellectuels trouvent dans les foires un autre lieu de rencontre. Dans les foires européennes (Lyon, Leipzig, Francfort, etc.), on s'échange certes les marchandises les plus diverses, mais on accueille aussi les libraires et les imprimeurs. Henri Estienne (1531-1598), humaniste, imprimeur et éditeur français, philologue et grammairien, auteur de Trésor de la langue grecque (1572), décrit bien le climat qui règne en ces lieux.
L'imprimerie se répand très rapidement partout en Europe. On évalue le nombre des incunables entre 10 et 15 millions. À cette époque, Venise est la capitale de l'imprimerie, suivie de Rome, de Paris et de Cologne. Environ 70 % des ouvrages sont en latin, mais les traductions en langues vernaculaires progressent rapidement. La presse hydraulique fait son apparition au Mexique en 1539, en Inde en 1556, au Japon en 1590. Ces dates nous rappellent que l'expansion de la civilisation et de la domination européennes dans le reste du monde est bel et bien commencée. |
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L'impact de l'imprimerie sur la diffusion des idées |
L'imprimerie a un impact majeur sur la diffusion des idées à la Renaissance. Les plus importantes transformations qu'elle produit au sein de la culture européenne de cette époque sont les suivantes : 1) Elle fait connaître les idées humanistes; 2) Elle favorise l'essor des sciences descriptives (l'anatomie avec le traité de Vésale, la cartographie moderne avec les atlas de Mercator, etc.); 3) Elle permet la diffusion du latin, la langue véhiculaire des savants, et le développement des langues vernaculaires (celles du peuple); 4) Elle unifie les langues nationales et, de ce fait, contribue à renforcer le sentiment patriotique; 5) Elle favorise la diffusion des idées de la Réforme. Les imprimeurs, les libraires et les auteurs ne cherchent pas toujours à susciter la controverse. Il leur est très souvent plus profitable d'être à l'écoute de leurs lecteurs et de ne pas choquer les superstitions, les croyances populaires. Dès le début de l'imprimerie, des modes se créent (par exemple, les écrits mystiques de la fin du 15e siècle, les classiques grecs et latins au début du 16e siècle, les textes littéraires en langues nationales au milieu du 16e siècle). Avec l'unification des langues nationales se popularisent les livres de détente qui favorisent l'imagination, l'aventure, tels que les romans de chevalerie. Cervantès (1547-1616), dans L'ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la manche, (1605 et 1615), dénonce comme pernicieuses les illusions chevaleresques qui entraînent un refus de la réalité. Dans les deux extraits suivants, Cervantès nous fait voir le mal que produisent ces livres et ce que l'entourage de Don Quichotte veut en faire.
Le livre, à la Renaissance, n'est plus seulement un objet de méditation, mais aussi un objet de consultation, de confrontation, voire de sédition et de perdition. L'imprimerie, en accélérant la diffusion des idées, augmente le pouvoir des nouvelles idéologies et contribue à modifier profondément les mentalités. En ce sens, le livre peut représenter un danger pour la stabilité et le maintien des pouvoirs religieux et séculiers, d'où la nécessité de contrôler l'imprimerie par différents moyens de surveillance, de répression et de législation : 1) Autodafés de livres; 2) Octrois de privilèges; 3) Défenses de publier, de vendre ou d'importer certains livres ou types d'ouvrages; 4) Imposition de peines financières, emprisonnement, sévices, condamnations à mort. L'" affaire des placards " illustre le pouvoir de diffusion et de sédition qui peut être associé à l'imprimerie. En 1534, des affiches hostiles à la " messe papale " et à la transsubstantiation sont placardées par les protestants aux différents carrefours et sur les portes des églises de Paris, et jusque sur la porte de la chambre du roi François 1er, à Amboise. Le Journal d'un bourgeois de Paris, pour sa part, nous donne un exemple de répression qui se fait à la même époque :
Mais l'efficacité de la répression anti-protestante n'est que tardivement efficace. Seule l'Espagne échappe complètement à la pénétration du livre protestant. L'Église catholique crée l'Index librorum prohibitorum, une liste d'auteurs dont la lecture est interdite aux chrétiens sous peine de mort. On y trouve aussi les versions de l'Écriture non approuvées, les ouvrages prônant l'athéisme et ceux contraires à la morale. Le premier catalogue est publié par Paul IV en 1557. L'Index, quant à lui, est promulgué par le concile de Trente en 1564 et ne sera supprimé qu'en 1966, par le concile Vatican II. L'Église catholique se sert aussi de l'imprimerie pour propager l'esprit de sa propre réforme. Elle multiplie les bibliothèques dans les couvents et les collèges des jésuites et fournit aux fidèles des éditions des uvres des Pères, des traités de théologie morale, des livres d'autel, des petits livres de spiritualité, etc. L'État devient lui aussi un client non négligeable des imprimeurs en publiant et diffusant ses actes officiels. Mais la résistance à la propagation des idées de la réforme catholique s'organise. Dans les Provinces-unies, des imprimeurs protestants ne respectent pas les règles commerciales et l'octroi des privilèges, et inondent l'Europe de contrefaçons et de textes d'auteurs récents. |
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Les institutions du savoir |
Les institutions d'enseignement jouent un rôle important dans la diffusion des idées à la Renaissance. Les universités, institutions plus conservatrices, n'acceptent ni rapidement ni facilement les nouveaux courants de pensées. Quant aux collèges et académies, des institutions typiques de la Renaissance, ils sont imprégnés des principes pédagogiques humanistes. Dans ces dernières institutions, une journée d'étude normale compte, pour les élèves de tous âges, 10 heures de travail intellectuel. En 1545, alors qu'il n'est âgé que de 14 ans, Henri de Mesmes, futur magistrat et diplomate, étudie le droit à l'Université de Toulouse; voici la description qu'il fait d'une de ses journées.
Érasme a produit une critique très acerbe des institutions du savoir, tout comme des philosophes et des théologiens de son époque. Là encore, l'imprimerie rend son auteur célèbre et propage les idées humanistes. Dans son Éloge de la folie, il met en scène les superstitions populaires, l'ignorance des moines, le luxe mondain des prélats et papes, et les " délicieuses niaiseries " de la théologie scolastique.
Deux grandes écoles ou tendances philosophiques dominent à la Renaissance : l'école de Florence, d'inspiration platonicienne, et l'école de Padoue, d'inspiration aristotélicienne. Le plus illustre représentant de l'école de Florence, centre de la Renaissance humaniste, est Marsile Ficin (1433-1499) qui traduit Platon, Plotin et Proclus et tente de réconcilier Aristote et Platon. Cette école affirme l'universalité de la religion selon le principe qu'il existe " une seule religion et une variété de rituels ".
Détail de L'école d'Athènes, Raphaël, 1509-1511. Quant à l'école de Padoue, Pietro Pomponazzi (1461-1524) en est la figure de proue. En 1516, il publie De l'immortalité de l'âme où il remet en question le principe de la philosophie scolastique philosophia ancella theologicæ (la philosophie est la servante de la théologie). On trouve dans ces deux écoles un très fort syncrétisme des savoirs, mais il n'y a pas là de critique systématique du christianisme. (B.M.) |
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Bibliographie
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Blasselle, B., À pleines pages. Histoire du livre, vol. 1, Paris, Gallimard, 1997. Érasme, Éloge de la folie, Paris, Flammarion, 1964. Febvre, L. et Martin, H. J., L'apparition du livre, Paris, A. Michel, 1971. Labarre, A., Histoire du livre, Paris, P.U.F., 1990. Lowry, M., Le monde d'Alde manuce. Imprimeurs, hommes d'affaires et intellectuels dans la Venise de la Renaissance, Paris, Promodis, 1989. Margolin, J.-C., Érasme. Le prix des mots et de l'homme, Paris, Variorum, 1986. Martin, H. J., Histoire et pouvoirs de l'écrit, Paris, Albin Michel, 1996. Raymond, M., Marsile Ficin, Paris, Belles Lettres, 1958. Védrine, H., Les philosophies de la Renaissance, Paris, P.U.F., 1971. |
Questions |
Questions de compréhension et de lecture
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Hyperliens |
Histoire de la production et de la publication de la Bible de Gutenberg Aldus Manutius (1449-1515) à Venise : imprimeur et typographe ALDUS PIUS MANUTIUS : une exposition pour le 500 ieme anniversaire Site en français sur la vie, l'oeuvre et la philosophie d'Érasme http://www.sacijo.fr/musee1.htm |
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N'hésitez pas à nous écrire |
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