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Pour écouter l'émission (voir le guide de l'étudiant-e) |
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L'homme selon les humanistes |
2.1 L'homme selon les humanistes L'humanisme comme mouvement de pensée caractéristique de la Renaissance a défini une nouvelle image de l'homme où sont affirmées sa puissance créatrice, sa liberté de penser et d'agir. L'humanisme a fait émerger, par le fait même, une nouvelle vision du monde en redécouvrant les sources gréco-latines de notre civilisation, en critiquant les institutions et les traditions du Moyen Âge, en renouvelant nos modes de connaissances et nos savoirs. Malgré les différentes conceptions de l'homme, du monde et de Dieu qui ont existé au Moyen Âge, il est possible de dégager un modèle général qui est propre à cette période : le théocentrisme. Les principes généraux de ce modèle sont les suivants : 1. Le Dieu créateur est à l'origine de toutes choses (la création); 2. Toute créature est une manifestation plus ou moins proche de la perfection divine et chaque être occupe dans la création une place immuable; 3. L'homme est au sommet de la hiérarchie des créatures et toutes les choses ont été créées pour lui, mais pour qu'il rende grâce à Dieu; 4. Dieu est le centre commun de toutes les créatures et tout ce qui existe a nécessairement Dieu comme fin; 5. Ce monde ordonné et hiérarchisé est stable et définitif. Afin de mettre en rapport la conception humaniste de l'homme avec la conception théocentrique, il nous faut un auteur emblématique : Pic de la Mirandole (1463-1494), le " prince des érudits ". Dans De la dignité de l'homme (1486), ce dernier écrit une fable de type prométhéen où le parfait ouvrier, c'est-à-dire Dieu, définit ce que sera l'homme au sein de son oeuvre.
Pour Pic de la Mirandole, l'homme est apte à diriger lui-même sa destinée, et c'est là sa dignité. Par le libre arbitre, il peut décider de n'être qu'une bête ou de s'élever jusqu'à Dieu. De la Mirandole définit ainsi une nouvelle conception du monde : l'anthropocentrisme. 1. L'homme est au centre de l'univers (" placé au milieu du monde "), il est une créature privilégiée, dotée de la raison et de l'intelligence, et il est conscient de sa supériorité sur les autres créatures. 2. L'homme est le maître et l'artisan de son destin (" pouvoir arbitral de se modeler et de se façonner lui-même "). Le concept de dignité de l'homme a donc changé par rapport à celui du Moyen Âge. L'homme n'est plus lié à un ordre hiérarchique, il est hors de cet ordre. Ce n'est plus cet ordre hiérarchique qui garantit sa dignité, mais l'exercice de sa liberté; n'ayant aucune nature propre, il peut être de toutes les natures, il est donc auto-créateur. Dorénavant, la vie terrestre exige de l'homme de modifier, d'adapter son monde à ses exigences. Il doit humaniser la nature. De plus, le respect de la personne humaine est au centre de ses préoccupations, elle doit être traitée avec bienveillance, courtoisie, bonté et charité. Cette nouvelle conception de l'homme singularise les êtres talentueux et valorise l'esprit et le corps humains.
Olivieri, peinture anonyme, XVe siècle. La conception de l'homme de Pic de la Mirandole est partagée par les humanistes, mais ce serait brosser un tableau peu respectueux de la réalité que d'affirmer qu'il n'y a eu qu'une seule forme d'humanisme. Il serait plus juste de parler d'une communauté d'esprit par rapport à l'homme et à la nature. Sans aucun doute, tous les humanistes s'accordent avec Pic de la Mirandole pour dire ceci : " Quel grand bonheur pour l'homme ! Qui n'admirerait ce caméléon que nous sommes. " |
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L'éducation humaniste |
Comme le dit Érasme (1469-1536), " l'homme ne naît pas homme, il le devient " et il parvient à réaliser son humanité par l'éducation et les studia humanitatis (grammaire, rhétorique, morale, poésie). Le nouveau discours pédagogique humaniste, que les Jésuites mettront en pratique dans leurs collèges à partir du milieu du XVIe siècle, a comme principes : 1. La connaissance des auteurs anciens; Rabelais (1494-1553) dans les Horribles et épouvantables faits et prouesses du très renommé Pantagruel nous donne un exemple de ce que peut alors contenir un programme d'études humaniste. Voici un extrait d'une lettre de Gargantua à son fils, Pantagruel :
On pourrait considérer qu'un tel programme d'études, qui cherche à couvrir toutes les disciplines et tous les savoirs afin, comme le dit Gargantua, " que rien ne [nous] soit inconnu ", entraîne un certain désordre dans la pensée et un affaiblissement de la rigueur intellectuelle. Il est vrai que le synchrétisme des savoirs (astrologie, scolastique, cabale, chiromancie, etc.) qui est propre à la philosophie humaniste a parfois les apparences d'un patchwork plus ou moins bien réussi. Mais les pensées de Ficin, d'Érasme ou de Pic de la Mirandole sont éminemment critiques, car elles permettent de renouveler les connaissances en associant et en confrontant des savoirs et des vérités de natures différentes : toutes choses qui autorisent l'homme à faire l'expérience de la liberté de penser. Dans le programme d'études humaniste, on accorde un primat à la connaissance des langues parce qu'elle donne un accès direct aux textes de l'Antiquité. La culture humaniste est trilingue (latin, grec, hébreu). Mais les humanistes n'ont pas de mépris pour les langues vernaculaires. Le philologue et philosophe Laurent Valla (1407-1457) dit du latin : Ce fut la langue de Rome qui a appris les arts libéraux à tous les peuples. Ce fut elle qui leur enseigna les bonnes lois et qui ouvrit le chemin à toutes les formes du savoir. Ce fut elle qui les libéra de la barbarie. Sainte, grandement sainte est donc la langue latine, grande est sa divine puissance [...]. Grâce à l'étude des langues et à la critique philologique et historique des textes sacrés, les humanistes proposent des corrections à la Vulgate et de nouvelles versions des livres saints. Les humanistes ont pour la culture de l'Antiquité gréco-romaine une sorte de fascination, comme un enchantement envers tout ce qui est pour eux à l'origine de la civilisation occidentale. Ce retour dans le temps ne vise pas à répéter ou à simplement imiter les Grecs et les Romains de l'Antiquité, mais à faire un usage critique de leurs observations et expériences dans tous les domaines de la pensée et de l'action humaines pour trouver des solutions aux problèmes qui caractérisent la Renaissance. Un extrait d'une lettre qu'écrit, en 1513, Nicolas Machiavel à François Vettori nous parle de ce contact intime entre les Anciens et les Renaissants.
Le contact avec les auteurs d'autrefois permet à Nicolas de Cues (1401-1464), Pic de la Mirandole et Marsile Ficin (1433-1499) de redécouvrir Platon et de traduire ses dialogues ainsi que les oeuvres néoplatoniciennes (Plotin, Proclus). Cette redécouverte provoque de grands débats avec l'aristotélisme régnant et des tentatives de réconciliation de Platon et Aristote s'ensuivent.
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Montaigne |
D'entre tous les humanistes de la Renaissance, Montaigne (1533-1592) est celui qui est le plus sceptique par rapport à cette nouvelle conception de l'homme. La mort de son père, la Saint-Barthélémy, sa maladie, mais aussi l'intolérance, la superstition et le fanatisme de son époque ont raison, chez Montaigne, de la vision optimiste de l'humanisme. En 1572, Montaigne entreprend l'écriture des Essais. À l'en-tête de ceux-ci, on trouve cet avis au lecteur :
Montaigne met au centre de tout questionnement sur l'univers, la nature ou l'homme, une individualité particulière, en fait, sa conscience ou sa perception personnelle du monde. Mais pour comprendre cette entreprise, il nous faut évaluer cet être qu'est l'homme, ses capacités de connaître, et tenter de répondre à la célèbre question de Montaigne : que sais-je ? 1. Les pouvoirs du corps et de l'âme de l'homme sont sans perfection. 2. Les affections du corps et de l'âme de l'homme sont très nombreuses. 3. Il n'y a ou n'aura aucun progrès chez cet être. Pour Montaigne, somme toute, l'homme est un être fort limité. Alors peut-il avoir accès à la connaissance du bien, du beau et du vrai ? Avons-nous la possibilité de communiquer avec l'être des choses ? Un autre extrait des Essais de Montaigne nous met sur la piste d'une réponse.
" Je ne peints pas l'être. Je peints le passage. " Pour comprendre cette affirmation, il nous faut examiner comment, pour Montaigne, nous connaissons. 1. À la source de toutes nos connaissances, il y a toujours nos sensations, nos impressions sensibles. Mais nos sens sont incertains et falsifiables. 2. Quant à nos connaissances rationnelles, elles ne sont le fruit que des coutumes et de nos passions. Tout n'est alors que changement, mouvement, tout n'est qu'interprétation. Voilà pourquoi " je ne puis assurer mon objet " et il en est de même pour la nature humaine :
La philosophie de Montaigne produit une sévère critique des savoirs établis, de la religion comme de toutes les sciences de l'homme. 1. Tous ces savoirs sont sans autorité et résultent de notre vanité, de notre délire de l'interprétation, de nos désirs et de nos coutumes. 2. La sagesse demande sur toutes ces choses que nous suspendions notre jugement pour que nous obtenions la tranquillité de l'âme. 3. Il nous faut toutefois obéir aux autorités établies, mais aussi faire une recherche intérieure sur l'humaine condition. |
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Bibliographie |
Butor, Michel, Essais sur les Essais, Paris, Gallimard, 1968. Cassirer, E., Individu et cosmos dans la philosophie de la Renaissance, Paris, Éditions de Minuit, 1983. - Examen minutieux de la philosophie de la Renaissance de Nicolas de Cues à Giordano Bruno. Garin, E, L'éducation de l'homme moderne. La pédagogie de la Renaissance, 1400-1600, Paris, Fayard, 1968. Giovanni Pico della Mirandola, De la dignité de l'homme, trad. Y. Hersant, Paris, Éditions de l'Éclat, 1993. Margolin, J.-C., L'humanisme en Europe au temps de la Renaissance, Paris, PUF, 1981. Margolin, J.-C., Guerre et paix dans la pensée d'Érasme, Paris, Aubier Montaigne, 1973. Montaigne, Michel Eyquem de, Essais, Paris, Flammarion, 3 vol., 1969. Mousnier, R., Les XVIe et XVIIe siècles, Paris, PUF, 1956. - Ouvrage de référence très bien fait qui aborde de façon synthétique la plupart des questions se rapportant à cette période. Pouilloux, J.-Y., Montaigne. Que sais-je ?, Paris, Gallimard, 1987. - Bon livre d'introduction sur la vie et l'oeuvre de Montaigne. Nombreuses illustrations. Starobinski, J., Montaigne en mouvement, Paris, Gallimard, 1982. Védrine, H., Les philosophies de la Renaissance, Paris, PUF, 1971. - Livre d'introduction qui réussit, en peu de pages, à faire une excellente synthèse de toute la Renaissance. |
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| QUESTIONS |
Questions de compréhension et de lecture. 1. En vous référant à la première émission, expliquez l'intérêt des Renaissants pour l'Antiquité gréco-romaine. Questions visant à dégager les enjeux philosophiques. 1. Selon Pic de la Mirandole, qu'est-ce qui distingue l'homme des autres êtres ? 2. Expliquez cette affirmation de Montaigne : " Je ne peins pas l'être. Je peins le passage. " 3. Pourquoi Montaigne dit-il : " je suis moy-mesmes la matiere de mon livre " ?
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| Hyperliens |
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