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Bernard Mandeville (1670-1733) |
Né en Hollande en 1670, Bernard Mandeville fait ses études en philosophie et en médecine à Rotterdam. Il se spécialise dans les maladies nerveuses, que l'on appelle à l'époque les "passions". Il fait d'ailleurs paraître, en 1711, son Traité des passions hypocondriaques et hystériques. Il émigre en Angleterre au début du 18ième siècle afin d'y pratiquer la médecine.
Il développe alors un intérêt non seulement pour la politique et l'économie, mais également pour les fables. En 1703, il traduira en anglais les Fables de La Fontaine et y joindra deux de ses propres fables: "La carpe" et "Le rossignol et le hibou". On se passionne à l'époque pour les fables animalières car elles permettent d'évoquer le principe de l'ordre naturel - on représente l'Homme sous les traits d'un animal - en plus de souligner la tyrannie des passion - orgueil du corbeau, paresse de la cigale. En 1714, Mandeville fait paraître un petit livre qui allait créer un véritable scandale en Angleterre: La Fable des abeilles, ou les vices privés font le bien public. Celui-ci contient un poème : "La ruche mécontente ou les coquins devenus honnêtes" , en plus d'une vingtaine de remarques et d'essais sur la politique, l'éthique et l'économie.
La Fable des abeilles décrit avec passablement de cynisme les ressorts de la prospérité de l'Angleterre du 18ième siècle. Mandeville y dénonce les fausses vertus que sont, par exemple, la modestie, la décence, l'honnêteté et le sens de la hiérarchie. Il tente de montrer comment la convoitise, l'orgueil et la vanité sont les ressorts de l'opulence. Il souligne, en somme, l'utilité économiques des vices et montre, du même souffle, l'harmonie naturelle des intérêts.
La Fable provoquera un véritable scandale. Les journaux seront le lieux de débats acrimonieux, alors que l'Église condamnera ce diable d'homme ("Man-Devil"). Or, on semble avoir mal compris le sens de la dichotomie vertu/vice qu'utilise Mandeville. La vertu, selon lui, est toute action qui s'oppose aux impulsions de la nature et qui cherche à faire le bien public, alors que le vice est tout ce que l'homme accomplit pour satisfaire ses appétits sans considération pour le bien public. Les vices auxquels Mandeville prête une utilité économique ne sont donc pas l'ivrognerie, la pyromanie ou la luxure. Non, ce sont plutôt la convoitise, la recherche du profit individuel, l'orgueil. Ce sont ces passions naturelles toujours à l'oeuvre mais que dissimule l'état social. Ce sont, en un mot, tout ce qui pousse les Hommes à embaucher des domestiques, à se faire confectionner des robes magnifiques ou des bijoux coûteux, en somme à chercher à devenir riches et à dépenser sans compter pour montrer qu'on l'est devenu. Satisfaire l'extravagance du riche, écrit-il, donne du travail aux pauvres. La prodigalité est utile, la frugalité est nuisible. Malthus et Keynes auront compris la leçon...
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François Quesnay (1694-1774) et la Physiocratie |
Né en France en 1694, François Quesnay fait ses études en médecine, plus précisément en chirurgie. Il deviendra d'ailleurs le médecin de Mme de Pompadour et de Louis XV. En 1757, il écrit un article important pour l'Encyclopédie, "Grains", dans lequel il dit de l'économie qu'elle est une médecine sociale. À la même époque, il forme avec Mirabeau l'école physiocratique, à laquelle se grèfferont Turgot, Gournay, Mercier de la Rivière, Dupont de Nemours et Le Trosne. En 1758, il fait paraître le Tableau Économique, première analyse circuitiste des relations monétaires entre classes sociales.
Le mot "physiocratie" origine du grec : "phusis" signifie nature alors que "kratos" signifie pouvoir. Il s'agit donc de se laisser gouverner par la nature. Les physiocrates favoriseront la croissance économique par l'agriculture. Constatant que la France produit trop de biens de luxe qui pourraient être achetés de l'étranger, ils font valoir que la force d'une nation dépend de ses récoltes. Il faut noter à ce propos que le contexte français est fort différent du contexte anglais, la France étant surtout un pays agricole.
Le Tableau économique se veut une analyse de l'ordre naturel économique. Il s'agit d'une représentation en zig-zag des échanges entre trois classes sociales. D'abord la classe productive, c'est-à-dire la classe des laboureurs, qui fait naître par la culture les richesses véritables, qui effectue un travail productif. C'est cette classe qui permet l'apparition du produit net, ce surplus physique qu'ils appelleront un "don gratuit de la nature". Ensuite il y a la classe des propriétaires qui comprend l'aristocratie, le souverain, le clergé. Ils ne produisent rien - ils subsistent par la rente que leur paient les laboureurs - mais il jouent un rôle important : ils font les avances (semences, charrues, granges) qui permettront aux laboureurs de faire naître les richesses. Enfin il y a la classe stérile qui comprend les artisans et les manufacturiers. Leur travail est qualifié d'improductif car ils ne créent pas de richesses nouvelles. Il ne font que transformer les richesses. Les échanges entre ces classes sont représentés sous forme d'un circuit fermé, rappelant la circulation sanguine, analogie chère au chirurgien qu'est Quesnay.
La physiocratie constitue un mélange de libéralisme et de conservatisme. En matière de commerce, leur mot d'ordre deviendra célèbre: "laissez-faire, laissez passer". Mais leur défense de l'agriculture et de la propriété foncière font d'eux des conservateurs: l'ordre établi, celui qui prévaudra jusqu'à la révolution, est à leurs yeux le meilleur qui soit.
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Adam Smith (1723-1790) |
Né en Écosse en 1723, Adam Smith a étudié les mathématiques et la philosophie. Il enseignera d'ailleurs ces deux disciplines à Glasgow et à Edimbourg. En 1759, il publie sa Théorie des sentiments moraux, laquelle préfigure à certains égards les thèses qu'il défendra dans son livre de 1776, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, livre que l'on considère encore aujourd'hui comme le coup d'envoi de l'économie politique.
Smith considère qu'il y a essentiellement deux causes majeures expliquant la richesse des nations. La première est le travail, ou plutôt la division du travail. Tablant sur les différences d'aptitudes entre individus, la division du travail permettrait une augmentation de la productivité. Et la division du travail existerait au sein de l'entreprise, de la contrée, entre les pays. Sur ces bases, Smith développera ce qui allait devenir le coeur de la théorie Classique: la théorie de la valeur-travail. Cette théorie, que reprendront Ricardo et Marx, stipule que l'échange de marchandises se fait en considérant les quantités de travail incorporées dans chacune d'elles.
La deuxième cause de la richesse des nations est, selon Smith, le capital et son accumulation. Bâtiments et machines permettent d'augmenter la productivité du travail, alors que la recherche du profit individuel assure une allocation des ressources bénéfique pour tous. Se démarquant de Mandeville, Smith insistera sur la nécessité de l'épargne, seule véritable origine du capital. L'abstinence est chez lui source de richesse.
Adam Smith innovera sur d'autres fronts. Il rejettera complètement la thèse mercantiliste voulant que la richesse d'une nation puisse se mesurer à la quantité d'or et d'argent qu'elle possède. Non, pour lui la monnaie n'est qu'un moyen permettant de faire circuler les biens, un simple intermédiaire dans les échanges.
Adam Smith vilipende également le protectionnisme mercantiliste, lequel empêche la division internationale du travail.
Smith considère au contraire que chaque pays doit se spécialiser dans la production dans laquelle il est le plus efficace. En ouvrant les frontières au commerce, le capitaliste, mû par une main invisible, saura faire le bonheur de la société.
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Bibliographie |
1. Auteurs
Mandeville, B., La fable des abeilles: ou les vices privés font le bien public, Paris, Vrin, c1985. Quesnay, F., Tableau économique des Physiocrates, Paris, Calmann-Levy, c 1969 Smith, A., Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Paris, Gallimard, Collection Idées, c1969
2. Études générales
Sur l'histoire de la pensée économique Beaud, M., Histoire du capitalisme , Paris, Seuil, 1981. Blaug, M., La pensée économique. Origine et développement, 4e éd., Paris, Économica,1986. Dehem, R., Histoire de la pensée économique , Québec, Presses de l'Université Laval, 1984. Denis, H. (1980), Histoire de la pensée économique , 6e, édition, Paris, P.U.F., 1980. Pribram, K., Les fondements de la pensée économique, Paris, Économica, 1986.
Sur la pensée économique au XVIIIe siècle Buck, P.W.,The Politics of Mercantilism , New-York, Octagon Books, 1964. Carrive, P., Bernard Mandeville: passions, vices, vertus, Paris, Vrin, 1980. Deyon, P., Le mercantilisme , Paris, Flammarion, 1969. Grandamy, R., La Physiocratie , Paris, Mouton, 1973. Salort, M.-M., Katan, Y., Les économistes classiques , Paris, Hatier, 1988. Weulersse, G., La Physiocratie à la fin du règne de Louis XV, Paris, P.U.F., 1959. Wolff, J., Les grandes oeuvres économiques, 1. De Xénophon à Adam Smith, Paris, Cujas, 1973. Wolff, J., Les Pensées Économiques. Tome 1: Des origines à Ricardo, Paris, Montchrestien, 1988. |
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| QUESTIONS |
Questions de compréhension et de lecture
Questions visant à dégager les enjeux philosophiques
3. Analyser et commenter 1 texte au choix parmi les cinq extraits de la Richesse des nations proposés dans ces pages. [N'oubliez pas de vous reporter pour vous aider dans votre analyse aux indications données pour ce type d'exercice à la rubrique ressources].
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| Hyperliens |
Adam Smith's Recommendations on Taxation - by Nadia Weiner, Director of the Adam Smith Club of Sydney, Australia |
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N'hésitez pas à nous écrire |
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