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L'empirisme et le rationalisme |
Une chute profonde des grands systèmes, tels celui de Malebranche, Leibniz et Spinoza marque le début du XVIIIème siècle. Ces grandes métaphysiques classiques, sous l'inspiration cartésienne, acceptent le rationalisme. Suivant le rationalisme, toute connaissance certaine découle de la "raison", vue comme un ensemble de maximes irrécusables, de principes a priori, au-delà desquels on ne peut remonter, cette raison s'étant formée en nous avant toute réflexion. Or sous l'influence de John Locke et de Isaac Newton, dont on affirme qu'ils sont les maîtres à penser du XVIIIème siècle, émerge un courant de pensée qui s'oppose au rationalisme, à savoir l'empirisme classique, et qui prend sa source dans la critique faites par Locke de la notion cartésienne d'idée innée. Deux problèmes peuvent surgir lorsque l'on réfléchit à la possibilité de connaître, à savoir celui posé quant à la source de la connaissance et celui concernant sa légitimité. Contrairement au rationalisme, l'empirisme affirme que la source de toute connaissance est non pas l'esprit humain, mais bien l'action du monde extérieur sur nous, le sujet, et que la connaissance tient sa légitimité par vérification expérimentale et non pas par une démonstration rationnelle. Pensons ici à l'axiome d'Aristote qui exprime, en quelque sorte, la thèse fondamentale de l'empirisme, à savoir que "rien n'est dans l'esprit qui ne fût d'abord dans les sens", ou encore à l'idée de Locke selon laquelle "l'esprit est une page blanche vide de tout caractère", une "tabula rasa". De plus, puisque la science newtonnienne tient sa source dans l'expérimentation et qu'elle refuse les hypothèses et les principes abstraits, Condillac et Hume, par exemple, prendront la science expérimentale comme modèle et ils l'utiliseront, entre autre, pour attaquer les doctrines rationalistes du siècles passé.
Mentionnons ici brièvement qui sont Condillac et Hume. 1.1.1. Condillac
Étienne Bonnot de Condillac, est né à Grenoble en 1715, d'une famille de parlementaires et il est décédé en 1780. Renonçant au sacerdose, il vivra une partie de sa vie à Paris où il fréquentera plusieurs philosophes dont Rousseau, le fameux auteur du Contrat Social et de l'Émile, figure marquante de la philosophie politique du XVIIIème siècle et Diderot, co-fondateur avec D'Alembert de l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des arts et des métiers, oeuvre gigantesque dont les répercussions seront tout aussi énormes, tant sur le plan philosophique que social. Parmi l'oeuvre considérable de Condillac, il y a son Traité des sensations, publié pour la première fois en 1754, et qui est sans doute son ouvrage le plus connu, ainsi que le texte sur les Monades, ouvrage récemment sorti de l'anonymat, où Condillac fait une critique de Leibniz et de son ouvrage intitulé La Monadologie. À la fin du XVIIIème siècle et au début du XIXème siècle, un groupe nommé "idéologues", en particulier Destutt de Tracy et Cabanis, s'inspiront fortement de l'oeuvre de Condillac. Ils lui emprunteront, entre autre sa méthode. Mais Condillac sera aussi reconnu comme étant le précurseur de la psychologie génétique, ou psychologie de l'intelligence, et de la pédagogie moderne. 1.1.2. Hume
Le philosophe David Hume est né en Écosse, à Edimburg, en 1711 d'une famille de petite noblesse, et il est décédé en 1776. Grand voyageur, il mène une vie assez mondaine et fréquente les salons parisiens. Il ramène Rousseau avec lui à Londres en 1766, Rousseau cherchant à ce moment asile en Angleterre. Il faut dire que Rousseau entretenait des relations assez troubles avec bon nombre de philosophes. Et Hume n'y échappera pas : Rousseau pensera même que Hume et d'autres philosophes montaient une conspiration contre lui. Parmi l'oeuvre de Hume, on peut mentionner le Traité de la nature humaine, publié en 1739 et qui est son ouvrage fondamental. Cependant, en plus d'une théorie de la connaissance, Hume traitera de sujets aussi divers que la religion, la morale, la politique. Il écrira même une Histoire de la Grande-Bretagne, qui lui vaudra un grand succès.
1.2 La métaphysique comme scienceComme beaucoup d'hommes du XVIIIème siècle, Hume et Condillac tenteront de faire de la métaphysique une science. Et c'est en ce sens que l'on peut parler d'une révolution métaphysique et d'un triomphe de l'empirisme. Pour Condillac, par exemple, il existe deux métaphysiques. Il y a l'ancienne, celle des cartésiens, qui est fausse, vaine, ambitieuse, et qui ne représente qu'un "ramassis d'abstractions", et la nouvelle métaphysique, la vraie, celle de Locke, qui contient la connaissance dans les bornes de l'expérience et qui peut ainsi atteindre des vérités. Hume, de même, nous dira qu'il faut détruire la fausse métaphysique et il voudra montrer qu'il faut employer, dans l'étude de l'esprit humain, la "méthode expérimentale" illustrée par Newton dans la mécanique célestre. Il se proposera, en quelque sorte, d'être le Newton des sciences morales et d'établir une sorte de géométrie mentale. Il nous invite même, à la fin de l'Enquête sur l'entendement humain, à une pyromanie symbolique. Il nous dit : " Quand persuadé de ces principes, nous parcourons les bibliothèques, que nous faut-il détruire ? Si nous prenons en main un volume de théologie ou de métaphysique scolastique, par exemple, demandons-nous : contient-il des raisonnements abstraits sur la quantité ou le nombre ? Non. Contient-il des raisonnements expérimentaux sur des questions de fait et d'existence ? Non. Alors mettez-le au feu, car il ne contient que sophismes et illusions ". 1.3 Les idées innéesLa réponse de John Locke au problème de l'origine des idées semble être ce qui a fait de lui le précurseur de l'empirisme classique. En effet, la critique des idées innées est, si l'on veut, le point de départ de l'empirisme et Locke fût le premier philosophe classique à vouloir démontrer qu'il n'y a pas d'idée a priori. On sait par exemple que pour Descartes, c'est par la faculté de penser que l'on peut expliquer les fonctions de la pensée, la connaissance de soi, du monde, de Dieu, etc. Selon lui, le conditionnement externe ou le recours à l'expérience ne peut expliquer que l'homme puisse parvenir à une connaissance quelconque. Or pour Locke, il n'y a pas dans l'esprit de principe et d'idée innée. Selon lui et contrairement au rationalisme, toutes les idées, définies comme étant tout ce qui est l'objet de la pensée, tirent leur origine de l'expérience et elles ont deux sources : il y a les idées qui viennent de la sensation et qui résultent de l'action des corps extérieurs sur nos organes des sens, et les idées de réflexion qui apparaissent après les idées de sensation lorsque l'âme, par une sorte de sens interne, fait un retour sur ses propres opérations. Or Hume et Condillac reprennent en fait les principes ou les thèses principales qui définissent en quelque sorte l'empirisme lockéen. Cependant, ils vont prendre rapidement une distance quant à l'explication et l'application de ces principes. |
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David Hume |
2.1 Les perceptionsDans son Traité de la nature humaine, Hume défend la thèse selon laquelle les perceptions sont tout et seulement ce qui peut être présent à l'esprit. Il faut remarquer qu'il parle de perception et non d'idée comme avec Locke. Ceci est d'une grande importance puisqu'on remarque que c'est parce qu'il propose de nouvelles significations pour les termes "idée" et "impression" et grâce aussi à sa théorie de la copie qu'il est possible, selon les propres termes de Hume, de "détruire le mythe des idées innées". Ce que Locke, selon lui, n'a pas réussi à faire. Selon Hume, il y a deux espèces de perceptions humaines. Il y a les impressions, qui sont les perceptions les plus fortes et les plus vives, comme par exemple lorsque l'on goûte un plat exquis ou lorsque l'on sent une odeur de parfum agréable. La deuxième espèce de perception, à savoir les idées, sont des perceptions moins fortes et moins vives, puisqu'elles sont en fait des copies des impressions, comme par exemple lorsque l'on se remémore le goût de ce plat ou encore l'odeur de ce parfum. Dans l'extrait suivant, on perçoit clairement que les idées, suivant Hume, ne sont en fait que des copies plus faibles et moins vives de leur impression correspondante.
2.2 La possibilité de connaîtreOn qualifie la position empirique de David Hume de sceptique mais cela doit être compris dans un sens très précis. Pour Hume, il est important de ne pas juger hâtivement, d'avancer à pas prudents, de revoir nos conclusions et, surtout, d'enfermer les recherches de l'entendement dans les limites de l'expérience. En ce sens, la philosophie de Hume est une critique : critique de l'entendement, de la morale, de la littérature, de l'art. Par contre, il est possible d'atteindre des vérités et, par conséquent, on ne doit pas comprendre le scepticisme humien au sens dogmatique du terme. En fait, Hume distingue deux genres d'objets de la raison humaine ou de nos raisonnements. Il y a les relations d'idées, c'est-à-dire les sciences de la géométrie, de l'algèbre et de l'arithmétique. Et toute affirmation à leur sujet est, selon Hume, démonstrativement certaine. Elles sont démonstrativement certaines, parce qu'une démonstration se fonde seulement sur la comparaison des idées et que les propositions de la géométrie, de l'algèbre et de l'arithmétique peuvent être découvertes par la seule opération de la pensée. Les faits sont le deuxième genre d'objets de la raison humaine et il est évident, selon Hume, que leur vérité ne peut être établie de la même façon que pour les relations d'idées. Contrairement aux démonstrations, pour qui leur contraire implique un contradiction, le contraire d'un fait est toujours possible. Par exemple, la proposition selon laquelle "le soleil ne se lèvera pas demain", n'est pas moins une proposition intelligible et n'implique pas plus une contradiction que l'affirmation selon laquelle "le soleil se lèvera demain". Ces deux propositions ne sont pas contradictoires, car l'esprit peut concevoir aussi facilement est distinctement l'une et l'autre. L'esprit peut concevoir le contraire d'un fait comme s'il concordait avec la réalité.
2.3. La causalitéHume est aussi célèbre pour sa critique de la relation de causalité. Selon lui, il y a dans l'esprit humain des principes qui déterminent les relations par lesquelles l'esprit associe les idées ; ils sont ce par quoi deux idées sont connectées. Ces principes universels d'association produisent donc des relations nommées "naturelles", l'esprit passant naturellement d'une idée à une autre, et c'est aussi pourquoi il les compare à une "espèce d'attraction". Pensons ici à Newton. Or suivant Hume, la causalité est un de ces principes d'association et elle est la seule nous permet de faire des raisonnements, de faire des inférences, sur les faits qui ne sont pas présents à nos sens ou à notre mémoire. Par exemple, c'est grâce à la causalité qu'il nous est possible d'affirmer, lorsque nous voyons de la fumée, qu'il y a du feu pas trop loin. Pour Hume les idées n'étaient que des copies de leur impression correspondante. Ainsi, si nous avons l'idée de causalité, celle-ci doit dériver de son impression correspondante ; une force productive doit se manifester à nos sens par exemple. Or pour Hume, il n'y a aucune force qui se manifeste de cette façon. Pour reprendre son exemple de la boule de billard, s'il y a une boule de billard qui se meut sur la table vers une autre boule de billard, qui elle est en repos, on se rend compte que la boule en repos acquiert un mouvement lorsqu'elle est en contact avec la boule en mouvement. On a donc ici un exemple de la relation de cause à effet telle que vue ou sentie. Mais selon Hume, rien ne prouve ici et avec cet exemple de causalité que la matière est dotée d'une force ou d'une énergie intrinsèque. La seule chose que nous percevons, c'est que les boules de billard en mouvement communiquent à chaque fois, en touchant aux boules en repos, leur impulsion. Ou en d'autres termes, on s'aperçoit qu'il n'y a qu'une conjonction constante entre les objets. Hume accepte donc la conclusion cartésienne selon laquelle la matière n'est pas dotée de pouvoir propre. Et en ce sens, il s'oppose à la conclusion générale des empiristes selon laquelle la force productive existe dans la matière. Il faut savoir que si les empiristes soutenaient que la force existe dans la matière, c'était, avant tout, pour ne pas être obligés d'avoir recours à Dieu comme principe d'explication. Cependant, comme on le voit dans cet extrait tiré de l'Abrégé du traité de la nature humaine, Hume n'accepte pas pour autant la solution cartésienne au problème de la causalité.
Pour Hume, l'esprit ne peut jamais, par la simple analyse, trouver l'effet dans la cause supposée.Tous les raisonnements qui concernent la cause et l'effet sont fondés, selon lui, sur l'expérience. C'est parce que nous avons eu par le passé, des exemples de l'existence d'une sorte d'objets et que nous nous souvenons aussi des exemples d'une autre sorte d'objets qui les ont toujours suivis, que nous nommons la première sorte d'objets " cause " et la deuxième sorte d'objets " effet ". En d'autre mots, c'est parce que dans notre expérience passée, nous avons toujours perçu de la fumée se dégager du feu, que nous disons du feu qu'il est la cause de la fumée.
2.4 L'accoutumanceCependant, il y a une distinction fondamentale entre le fait d'affirmer que nous avons trouvé par expérience que telle sorte d'objets a toujours été suivie de telle autre sortes d'objets, et le fait d'affirmer que des objets semblables à la première sorte seront suivis, dans le futur, d'objets semblables à la deuxième sorte. La première affirmation nous renvoie à la relation de causalité telle que nous la trouvons entre deux objets qui sont présents à nos sens ou à notre mémoire. Pensons à l'exemple de la boule de billard. La deuxième affirmation, quant à elle, est plus difficile à expliquer, puisque nous nous rendons compte que l'esprit fait des inférences, par exemple, à la vue de la fumée, il infère qu'il y a du feu, mais cette inférence n'est justifiée par aucune sorte de raisonnement. Or, si l'esprit n'est soutenu par aucun argument pour faire une inférence de la cause à l'effet, il doit être dirigé par un autre principe. Ce principe, c'est le principe de l'accoutumance, de l'habitude. C'est par accoutumance, ou habitude, que nous attendons l'effet lorsqu'une cause apparaît. Pour Hume, l'accoutumance est donc "le grand guide de la vie humaine". Il faut compendre que ce qui est important, entre autres, pour Hume, c'est de connaître comment la nature humaine évolue, c'est-à-dire comment elle devient un sujet de la connaissance et de l'action. Selon lui, l'homme est avant tout fait pour l'action et qu'il est aussi fortement influencé par ses tendances naturelles et des instincts. La philosophie humienne a donc comme point de départ les croyances de l'homme et tentera d'en rechercher le principe. En ce qui concerne la causalité par exemple, on a vu qu'il n'y a pas de causalité dans le monde physique, où nous ne retrouvons, en fait, qu'une conjonction constante d'objets. Pourtant, nous croyons à la causalité entre les objets. Or Hume n'aura pas recours à Dieu pour expliquer ce fait, comme Descartes par exemple, il ne dira pas non plus que nous nous trompons et que nous ne devrions pas y croire. Au contraire, il est évident que nous y croyons et il s'agit donc d'en expliquer le principe et d'étudier comment les croyances naturelles, comme la croyance en la causalité par exemple, rendent possible l'expérience nécessaire à la pensée. |
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Condillac |
3.1. La sensationCondillac reprend les thèses empiristes de Locke. Cependant, contrairement à lui, Condillac soutient que toutes nos connaissances viennent de la seule sensation. On retrouve donc ici la thèse fondamentale du sensualisme, à savoir que la sensation est l'unique source de toutes nos connaisances, et qui est une des formes possibles de l'empirisme. De la sensation naissent donc toutes nos idées, mais aussi, et c'est ce qui fait l'originalité de Condillac, toutes nos facultés. Dans ce passage tiré de l'Extrait raisonné du traité des sensations, Condillac exprime clairement cette thèse ; pour lui, chacune de nos facultés apparait comme une transformation de la sensation initiale, et c'est en ce sens que l'on parle de sensation transformée.
3.2. L'hypothèse de la statueS'il y a une chose à laquelle on pense lorsqu'on se réfère à Condillac, c'est sans aucun doute sa célèbre hypothèse de la statue. Condillac nous présente cette hypothèse dans le Traité des sensations : il propose de remplacer, par une hypothétique statue, l'homme originel. Cette statue est organisée comme nous intérieurement mais elle est animée d'un esprit qui est privé de toute espèce d'idées. Condillac veut démontrer deux choses à l'aide de cette hypothèse. Premièrement, il veut montrer que toutes nos facultés tiennent leur source de la sensation. Il faut savoir que Condillac, dans son Essai sur l'origine des connaissances humaines (premier ouvrage publié en 1746), considérait l'abstraction et le jugement comme irréductibles. Cependant, dans son Traité des sensations, il va jusqu'au bout en admettant une seule source de la connaissance, à savoir la sensation qui, en se tranformant, explique toutes les facultés : par exemple, l'attention, lorsque la statue est en présence d'une première sensation, la mémoire, lorsqu'il y a persistence de cette sensation, la comparaison, lorsqu'il y a attention à la sensation présente et à la sensation passée, etc., et l'entendement est l'ensemble des facultés ainsi engendrées. À l'époque de Condillac, on s'interroge beaucoup sur l'influence qu'a chacun des cinq sens sur le fonctionnement de l'esprit. Condillac, et c'est la deuxième chose qu'il désire montrer, va soutenir une position radicale, à savoir qu'il y a une équivalence des cinq sens. Il attribuera même à la statue, comme premier sens, celui de l'odorat, ce sens étant considéré comme le plus primitif de tous les sens. Il montrera que toutes les facultés de la statue peuvent être engendrées à l'aide de ce seul sens.
3.3. le problème de MolyneuxSelon l'opinion commune de l'époque, c'est le sens de la vue qui nous fait découvrir les grandeurs, les distances et l'existence du monde extérieur, ou en d'autre mots, il y a primauté de la vue dans la perception spaciale et dans la connaissance du monde extérieur. Dans son Essai sur l'origine des connaissances humaines, Condillac soutiendra cette idée. Cependant, très en vogue à cette époque, il y a le fameux problème de Molyneux auquel philosophes et médecins tenteront de répondre. Ce problème est le suivant : un aveugle-né, recouvrant soudain la vue, saurait-il distinguer par la vue une sphère d'un cube qu'il distinguait auparavant par le toucher ? Molyneux avait répondu non, Locke, Berkeley, Voltaire, l'ont approuvé. Dans son Traité des sensations, Condillac se rangera parmi eux. Pour lui, pas plus que l'odorat, le goût ou l'ouïe, la vue n'engendre le monde. C'est le toucher qui juge des grandeurs, des formes et des existences extérieures. Dans l'extrait suivant, Condillac nous explique que progressivement la statue, par une série d'essais, apprend à régler ces mouvements en vue de sa conservation et à les lier à ses désirs, à sa volonté et ce, afin d'agir sur le monde.
3.4 Le langageFinalement, il faut mentionner que le langage tient un rôle très important dans la pensée de Condillac. En effet, selon lui, s'il n'y a pas de langage, il n'y a pas d'idées générales et, s'il n'y a pas d'idées générales, la connaissance du monde est impossible. Le langage, selon Condillac, permet de fixer nos idées. En d'autres mots, il permet à l'homme d'analyser ses pensées, de les composer, de les décomposer et de leur donner des noms et de les regrouper. C'est donc à l'aide du langage que l'homme, selon Condillac, peut constituer des idées générales qui sont abstraites à partir de données particulières des sens. Cependant, et ceci est très important, une langue peut être mal construite, elle peut s'appuyer, par exemple, sur des généralisations hâtives. Or seule l'analyse, pour Condillac, permet de corriger ces erreurs en décomposant et en recomposant à nouveau nos idées. Il est donc indispensable pour lui que nos langues soient bien faites puisque toute langue bien faite exprime une connaissance exacte de la réalité. C'est aussi en ce sens que l'on doit comprendre l'affirmation de Condillac, suivant laquelle "toute science est une langue bien faite". |
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Bibliographie |
HUME De l'oeuvre de Hume, retenons essentiellement :
Traité de la nature humaine (1739), Paris, Garnier-Flammarion, 1971 Abrégé du Traité de la nature humaine (1740), Paris, Aubier, 1971 Essais moraux, politiques et littéraires (1741-1748), Paris, Vrin, 1974 Enquête sur l'entendement humain (1748), Paris, Garnier-Flammarion, 1983 Dialogue sur la religion naturelle (1779), Paris, Vrin, 1987
À lire obligatoirement : Traité de la nature humaine : Livre I, Partie I, première section : "De l'origine de nos idées". Enquête sur l'entendement humain : section VII.
ÉTUDES d'intérêt général : Bouveresse-Quillot, R. L'empirisme anglais, Paris, Presses Universitaires de France, Que sais-je ?, 1997. Bréhier, E. Histoire de la philosophie, Paris, Presses Universitaires de France, tome II, 1964. sur l'empirisme humien : Deleuze, G. Empirisme et subjectivité : essai sur la nature humaine selon Hume, Paris, PUF, Épiméthée, 1953. Fortement recommandé. Kuypers, M.S. Studies in the eighteenth century background of Hume's empiricism, N.Y., Russell & Russell, 1966. Malherbe, M. La philosophie empiriste de David Hume, Paris, Vrin, Bibliothèque d'histoire de la philosophie, 1976. Fortement recommandé. sur la vie et l'oeuvre philosophique : Leroy, A. David Hume, Paris, PUF, 1953. Michaud, Y. Hume et la fin de la philosophie, Paris, PUF, Philosophie d'aujourd'hui, 1983. Smith, N.K. The philosophy of David Hume : a critical study of its origins and central doctrines, N.Y., Macmillan, 1949. Un classique.
CONDILLAC Principaux ouvrages : Essai sur l'origine des connaissances humaines (1746) Traité des systèmes (1749) Traité des sensation (1755) Logique (1780) La Langue des calculs (1798) dans Oeuvres complètes , " Corpus des oeuvres de philosophie en langue française ", Fayard, 1984.
À lire obligatoirement : Traité des sensations, première partie, chapitre 2. Extrait raisonné du Traité des sensations
ÉTUDES Biographie Baguenault de Puchesse, G. Condillac, sa vie, sa philosophie, son influence, Paris, Plon, 1910. d'intérêt général Bréhier, E. Histoire de la philosophie, Paris, Presses Universitaires de France, tome II, 1964. Lefèvre, R., Condillac ou la joie de vivre, Paris, Seghers, " Philosophes de tous les temps ", 1966. Présentation générale avec choix de textes. Fortement recommandé. J.-B. Mérian, Sur le problème de Molyneux : Diderot, Mérian et l'aveugle, Paris, Flammarion, 1984. sur l'oeuvre philosophique Auroux, S., La sémiotique des Encyclopédistes, Paris, Payot, 1979. Derrida, J., L'archéologie du frivole. Lire Condillac, Paris, Denoël-Gonthier, 1976. Hine, E.M. ,A critical study of Condillac's traité des systèmes, The Hague, Boston, 1979. Lenoir, R. Condillac, Paris, Alcan, 1964. Le Roy, G. La psychologie de Condillac, Paris, Boivin, 1937. Rousseau, N. Connaissance et langage chez Condillac, Genève, Droz, 1986.
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