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Pour écouter l'émission (voir le guide de l'étudiant-e) |
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La Renaissance |
Dans l'histoire de l'Occident, nous nous représentons d'abord la Renaissance comme un mouvement culturel et artistique auquel on associe la Piéta de Michel-Ange ou le génie multiforme de Léonard de Vinci. Mais cette période se présente aussi comme une remise en question radicale du Moyen Âge que nous avons pris l'habitude de symboliser par l'expression " âge des ténèbres ". Par plus d'un côté, la Renaissance est, pour nous, l'acte de naissance de notre monde moderne et de nombreux événements (les voyages d'exploration et de conquêtes de Christophe Colomb, de Cortès et de Pizzaro ; le développement des échanges commerciaux et la naissance du capitalisme, etc.) et de nombreuses figures intellectuelles (Luther, Machiavel, etc.) annoncent déjà l'hégémonie future de l'Occident sur le monde.
Le concept de Renaissance comme période historique n'apparaîtra qu'en 1860 chez Jakob Burckhardt (La civilisation de la Renaissance en Italie). Depuis ce temps, il existe un débat sur les limites historiques de la Renaissance, mais généralement on s'entend pour dire qu'elle débute quelque part au XVe siècle avec, comme événements symboliques, la prise de Constantinople par les Turcs et la fin de la guerre de cent ans en 1453 ou encore la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb en 1493. Elle se termine avec la fin du XVIe siècle ou au tout début du XVIIe siècle et cela, emblématiquement avec la mort sur le bûcher du philosophe italien Giordano Bruno en 1600 ou encore avec l'abjuration de Galilée en 1633. Toutes ces dates sont des repères approximatifs qui ne parviennent pas à décrire la complexité de cette période historique. Dans les faits, la Renaissance a tranquillement émergé en Toscane et plus particulièrement à Florence, dès le XIVe siècle avec Giotto (1266-1337), Dante (1265-1321) et Pétrarque (1304-1374). Au début, la Renaissance est d'abord un phénomène littéraire et artistique très limité. Mais au XVe siècle, elle touche tout le champ culturel des Cités-États de l'Italie (Venise, Naples, Gènes, Milan, Florence). Et au XVIe siècle, les idées de la Renaissance se propagent largement et font le tour de l'Europe. On doit donc constamment tenir compte de ces décalages géographiques et historiques lorsqu'on analyse cette période historique.
Le peintre et architecte italien Vasari (1511-1574) est le premier à utiliser le terme Rinascita " réveil " pour parler de la période qui succède au Moyen Âge. Mais ce " réveil " est une re-naissance et un re-commencement. Le mot " Renaissance " évoque l'idée d'un cycle temporel palingénésique, c'est-à-dire l'idée d'une évolution cyclique où se succèdent des périodes de dégénérescence et de régénération. Le terme ne renvoie donc pas à l'idée de progrès au sens moderne du terme, mais à une période de redécouverte, de restitution du passé, de retour aux sources archaïques d'un monde, d'une civilisation. Dans les faits, pour les Renaissants, il s'agit d'un retour à l'Antiquité gréco-romaine, d'un retour vers une culture (politique, juridique, éthique, etc.) qui fit la gloire de la civilisation occidentale. Les humanistes sont ceux qui ont fait de ce retour à l'Antiquité gréco-romaine le coeur du programme de la Renaissance. Érasme (1469-1536), celui que l'on appelait " le prince de l'humanisme ", définira dans une formule très simple toute la perspective humaniste : " l'homme ne naît pas homme, il le devient ". Pour eux, l'homme doit développer sa puissance créatrice, sa liberté de penser et d'agir et son individualité. Mais cette affirmation de l'homme passe aussi par une valorisation de la responsabilité civique, du travail, de la famille et de l'usage raisonnable des biens terrestres. Pour les humanistes, ce sont là les conditions qui donnent à l'homme toute sa dignité; ce sont là aussi les moyens de rendre gloire à Dieu. |
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Du Moyen Âge à la Renaissance |
Pour les humanistes, le Moyen Âge est un âge de barbarie, de léthargie et de décadence. L'Église y a exercé une autorité excessive qui a entraîné la dégénérescence de tous les arts. Il n'y a donc rien de surprenant à ce que les humanistes aient créé l'expression " âge des ténèbres " pour identifier le Moyen Âge. À titre d'exemple, voici l'extrait d'une lettre que le géant Gargantua écrit à son fils Pantagruel dans les Horribles et épouvantables faits et prouesses du très renommé Pantagruel, un livre de François Rabelais (1494-1553) paru en 1532.
Le retour aux sources archaïques du monde occidental à la tradition gréco-latine n'avait pas pour but de répéter simplement les faits et gestes des Anciens. Il fallait retrouver la pureté et l'authenticité des origines pour s'inspirer du caractère, de la valeur morale et de l'esprit de ces hommes. Pour les humanistes, les Giotto, Dante, Pétrarque et Boccace furent ceux qui purent justement s'inspirer de ces " archétypes d'humanité " pour faire naître une nouvelle culture et cela, par-delà " l'âge des ténèbres ". Un bon exemple de tout cela nous est fourni dans cet extrait de l'Histoire des citoyens célèbres de Florence qu'avait entreprise au XIVe siècle Giovanni Villani et qui fut complétée par son neveu, Filippo Villani.
Le XIVe siècle, le dernier siècle du Moyen Âge, avait tout pour être nommé " âge des ténèbres ". Apparaissant pour la première fois depuis le VIe siècle, la peste (la mort noire) qui commence en 1347 fera mourir en 3 ans entre le quart à tiers de la population de l'Europe. Les crises économiques, les famines, les émeutes, les jacqueries, les guerres se succèdent tout au long de ce siècle.
Dans un tel contexte, l'opposition lumière/ténèbres s'impose d'elle-même d'autant plus que les XVe et XVIe siècles voient réapparaître la prospérité économique grâce, entre autres, à la naissance de nouvelles techniques (le haut fourneau, le gouvernail de grande profondeur, etc.) et à une restructuration financière et commerciale. Mais au-delà de la perception de cette opposition tranchée entre un XIVe siècle ténébreux et un XVe siècle lumineux, le rejet complet du Moyen Âge est beaucoup plus le fait de l'attitude polémique d'une idéologie, l'humanisme, qui tente de se distinguer et de s'imposer.
La culture classique n'est pas morte au Moyen Âge On connaissait les textes des auteurs latins et la culture grecque était accessible grâce aux traducteurs arabes. Cette conservation et cette transmission de l'information ont donc été essentielles à la culture occidentale. La philosophie de Raymond Lulle (1232-1315) et celle de Guillaume d'Ockham (1280-1348) ont eu un impact notable chez les philosophes de la Renaissance. S'il paraît, pour certains, incontestable que la perspective dans les arts a vu le jour au XIVe avec Giotto et Alberti, il n'empêche que les cathédrales du Moyen Âge avec leurs jeux d'ombres et de lumières témoignent aussi d'une connaissance de la perspective. Si l'on poursuivait la recherche des sources de la Renaissance dans le Moyen Âge, à la longue certains pourraient même être tentés de dire que la modernité est apparue immédiatement après le Moyen Âge, avec la fin du concile de Trente en 1563. Concile qui avait permis de réformer l'Église catholique et de faire ainsi face aux réformes protestantes. La Renaissance ne deviendrait alors que la lente agonie d'un monde arrivé à son crépuscule. Mais il ne fait pas de doute aujourd'hui que la Renaissance et le Moyen Âge sont des conceptions du monde, des systèmes culturels fondamentalement distincts. Ainsi, face à l'univers théocentrique du Moyen Âge où se joue le drame chrétien avec ses différents actes (la création du monde, le péché originel, la rédemption, le jugement dernier) et ses mondes surnaturels (l'enfer, le purgatoire et le paradis), il y a la vision d'un homme créateur comme Jérôme Cardan (1501-1576), médecin et mathématicien qui disait avec enthousiasme dans son Autobiographie : " Je suis né dans un siècle où la terre a été découverte [...] Les connaissances se sont étendues. [...] Que nous manque-t-il encore sinon de prendre possession du ciel ? " |
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La Renaissance: les grandes transformations |
Un portrait d'ensemble de la Renaissance nous permet d'apercevoir les transformations les plus fondamentales qui vont s'imposer en Occident et qui façonneront pour longtemps notre modernité. Les grands enjeux et les lignes de forces qui auront fait de la Renaissance un tournant décisif dans l'histoire de la modernité sont les suivants : 1. L'humanisme, qui impose une nouvelle définition de la dignité de l'homme et du rapport de celui-ci avec la nature et Dieu; 2. La redéfinition de l'espace esthétique, qui devient de plus en plus mathématique et géométrique, et la transformation du statut de l'artiste, qui devient un intellectuel; 3. La diffusion des idées qui, grâce à l'avènement de l'imprimerie, modifie notre rapport aux savoirs en publicisant les idées et en les rendant accessibles à un plus large public; 4. Les réformes religieuses qui fissurent l'univers de la chrétienté en redéfinissant radicalement notre rapport au sacré. Mais aussi qui nous ont fait connaître le visage de l'autre: l'hérétique, le sauvage et le païen; 5. La naissance de l'État moderne et les premières tentatives pour en comprendre les raisons et le développement, mais aussi toute cette quête utopiste qui cherche à imaginer une nouvelle communauté humaine; 6. Le retour à la nature qui ouvre l'univers clos du Moyen Âge à l'infinité des mondes.
Le courant humaniste qui était présent dans les arts, les sciences et la philosophie n'a pas transformé radicalement la vie quotidienne du marchand, du prince et du paysan. Elle a continué à charrier son lot de préjugés et de superstitions. Et à ce titre, les intellectuels de l'époque ne sont pas sans taches, bien au contraire. Les peurs et les monstres du Moyen Âge ne se sont pas évanouis chez eux comme par enchantement.
Prenons deux exemples pour illustrer notre propos. Les voyages de conquêtes de Cortès et de Pizzaro qui feront disparaître les empires Aztèques et Incas auront fait le bonheur des colons espagnols et des conquistadores tout en permettant le développement considérable de l'économie européenne au XVIe siècle (le "siècle d'or de l'Espagne"). Des humanistes érudits s'empresseront de défendre, en invoquant Aristote, l'esclavage et les avantages de vivre sous le joug de l'Espagne, une " nation [...] pleine d'humanité et excellant dans toutes les sortes de vertus ". Malgré les protestations d'un prélat espagnol, Bartolomé de Las Casas (1470-1556), qui dénonce, dans sa Très brève relation sur la destruction des Indes (1542), l'injustice et la dureté de la colonisation et l'unicité de la race humaine, l'on ne réussit pas à convertir les conquistadores au pacifisme. Et l'on connaît aujourd'hui le sort qui fut réservé aux sociétés précolombiennes... La théorie héliocentrique que propose Copernic (1473-1543) passera pour aussi dire inaperçue pendant plusieurs décennies avant que Galilée (1564-1642) ne la ramène à la lumière. Mais pour avoir professé que la terre, comme toutes les autres planètes, est en mouvement sur elle-même et autour du soleil, il sera condamné par le tribunal d'Inquisition et devra abjurer - pour ne pas finir sa vie sur le bûcher, comme Giordanno Bruno quelques années auparavant - ce que bien d'autres en son temps considèrent comme des évidences.
Somme toute, la lutte contre le fanatisme, la superstition et l'intolérance et celle pour la liberté de penser ne faisaient que commencer. Avec le recul du temps, il est possible de faire ce portrait schématique de l'homme de la Renaissance, portrait qui nous annonce déjà l'homme moderne. Le Renaissant est un homme libre et créateur qui devant les caprices de la fortune sait quand user de la ruse, de la prudence ou de la force. Il a été éduqué dans l'esprit des humanistes, il veut tout connaître, faire l'expérience de tous les savoirs. C'est un fils de la chrétienté, il est parfois rebelle à sa religion, mais il veut qu'elle soit partagée par tous les habitants de la terre. Il est blanc, il accumule des capitaux, construit des caravelles et a commencé à coloniser le Nouveau Monde et à faire la traite des esclaves. Ce portrait, Montaigne (1533-1592), l'un des tout derniers humanistes, l'avait sans doute en tête lorsqu'il commença ses Essais en 1572.
L'optimisme et l'enthousiasme des humanistes pour l'homme à la fin du XVIe siècle n'est plus qu'affaire du passé. La maladie de Montaigne, les guerres et le massacre de la Saint-Barthélémy ont effrité sa foi en la bête humaine. Il ne lui reste plus qu'à réfléchir sur " l'humaine condition ". Faire des essais, c'est-à-dire faire des tentatives pour explorer les limites de notre pensée et pour mettre à l'épreuve nos savoirs et nos certitudes qui sont, pour nous, toute notre gloire. Montaigne avait fait graver sur les poutres du plafond de sa librairie (bibliothèque) des proverbes et des maximes latines et grecques. C'était comme sa collection personnelle de vérités, de préceptes devant guider sa pensée et ses actions. Ainsi, lorsqu'il levait la tête, il pouvait lire, par exemple, cet extrait de l'Ecclésiaste: " le désir de connaître a été donné par Dieu à l'homme pour son supplice " ou encore ce vers de Térence: Homo sum, humani a me alienum puto (je suis homme, rien de ce qui est humain ne m'est étranger). ( B.M. ) |
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Bibliographie |
ORIENTATION BIBLIOGRAPHIQUE
Bloch, E., La philosophie de la Renaissance, Paris, Payot, 1974. Burckardt, J., La civilisation de la Renaissance en Italie, trad. H. Schmitt et R. Klein, Paris, Livre de poche, 1958 (1860), 3 vol. Day, H. (dir.) et al., Histoire des civilisations : la Renaissance, Larousse, Paris, 1969. Delumeau, J., La civilisation de la Renaissance, Paris, Arthaud, 1967. Garin, E., Moyen Âge et Renaissance, Paris, Gallimard, 1969. Mousnier, R., Les XVIe et XVIIe siècles, Paris, PUF, 1956. Védrine, H., Les philosophies de la Renaissance, Paris, PUF, 1971.
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| QUESTIONS |
Questions de compréhension et de lecture
Question visant à dégager les enjeux philosophiques
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| Hyperliens |
Tableau chronologique de la vie de Montaigne Tableau chronologique : XIVe, XVe , XVIe siècle. Le lexique français de la Renaissance Les Ecrivains de la Renaissance française La Renaissance en France au XVIe siècle : différents aspects sont traités (religion, politique, sociologique), cartes ,liens, etc. La Renaissance en France : nombreuses illustrations Florence: son histoire, ses monuments, ses peintres, etc. Nombreux liens sur la Renaissance et sur la littérature anglaise du XVIe siècle Chronology of the Renaissance Textes (en anglais) de Rabelais, Érasme, More, Machiavel, etc. et aussi de J. Burckhardt, The Civilisation of the Renaissance in Italy. |
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