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Voltaire et ses combats |
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Pour écouter l'émission (voir le guide de l'étudiant-e) | ||
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Portrait d'un philosophe |
Pour plus d'un, Voltaire est le plus grand écrivain du XVIIIe siècle. Il a écrit quantité de tragédies (Zaïre), des poèmes (Le Mondain, Le Désastre de Lisbonne), des contes (Candide et L'Ingénu), des études historiques (L'Essai sur les murs, Le siècle de Louis XIV). Il a collaboré à la rédaction de l'Encyclopédie et rédigé plus de 18 000 lettres. Mais il fut aussi un homme d'action et a mené de nombreuses campagnes contre l'injustice, l'intolérance, le fanatisme. Tout cela en a fait l'un des principaux porte-parole de l'esprit des Lumières. Aujourd'hui, quand on considère l'oeuvre monumentale de Voltaire, on n'y voit pas toujours une philosophie, un système de pensée. Il n'y a peut-être pas de système philosophique chez Voltaire comme chez Spinoza ou Leibniz, mais est-on philosophe parce que l'on a une métaphysique obscure et très abstraite ? Bien sûr, sa philosophie n'a pas la profondeur de celle de Hume ou de celle de Kant, sa politique n'est pas à la hauteur de celle de Montesquieu ou de celle de Rousseau. Mais Voltaire, qui a fait campagne contre les superstitions, l'intolérance et le fanatisme et a combattu pour la liberté de penser, était un philosophe, un philosophe des Lumières. François-Marie Arouet est né en 1694 dans un milieu assez aisé qui avait de bonnes relations. Son père, François Arouet, est notaire royal et receveur d'épices. À 10 ans, il étudie chez les Jésuites au collège Louis-le-Grand, un collège réputé pour l'excellence de ses professeurs. À la fin de ses études, il se rend à Paris et fréquente la grande aristocratie; et de château en château, il fait valoir son bel esprit. En 1718, il obtient son premier grand succès avec sa tragédie dipe et prend le nom de Monsieur de Voltaire (anagramme de AROVET Le Ieune). Mais très tôt, il se révèle impertinent, irrévérencieux et querelleur, ce qui lui vaut la bastonnade et l'embastillement et le force à s'exiler en Angleterre. Pendant les 30 mois (1726-1728) que dure cet exil, il fait la connaissance du poète Pope, du romancier et pamphlétaire Swift et du philosophe Berkeley. Rapidement, l'Angleterre devient pour lui le pays d'une certaine tolérance religieuse, de la liberté, de la philosophie et des sciences modernes. C'est pendant ce séjour qu'il est influencé par l'empirisme et la philosophie politique de Locke. En 1733, il publie les Lettres philosophiques ou Lettres anglaises, dans lesquelles il fait de l'Angleterre une " île de raison " et dénonce l'autorité morale et politique du catholicisme français. De plus, il y compare la philosophie française, incarnée par Descartes, à la philosophie anglaise, représentée par Newton.
L'année suivante, les Lettres sont dénoncées et condamnées au feu, et Voltaire menacé d'arrestation. À cette même époque, il rencontre Mme Émilie du Châtelet (1706-1749 : Institutions physiques, traduction et commentaires des Principes mathématiques de philosophie naturelle (Newton), Examen de la Genèse, Discours sur le bonheur), ce qui marque le début d'une longue aventure sentimentale et intellectuelle qui dure près de 10 ans. Au cours de ces années, Voltaire devient historiographe du roi (1745) et membre de l'Académie française (1746). C'est aussi à cette époque que débute sa correspondance avec Frédéric II (1712-1786) qui devient roi de Prusse en 1740. Leur échange épistolaire durera 42 ans (800 lettres). En 1750, Voltaire quitte Paris pour Berlin à l'invitation de Frédéric II. Au début de son séjour, c'est l'enchantement réciproque; Voltaire est choyé et adulé. Mais son insolence et son indiscipline refont surface et il devient insupportable au roi à la suite d'une dispute avec Maupertuis (président de l'Académie des sciences de Berlin). Il quitte Berlin en 1753. Pendant son séjour à Berlin, il publie l'un de ses ouvrages les plus importants, Le Siècle de Louis XIV (1751). Pour Voltaire, l'histoire est une étude des murs, du commerce, des finances, des arts, des idées, etc. qui sont propres à une société et à une époque bien déterminées. Pour comprendre les événements et les murs d'une société, il faut retrouver l'" esprit du temps ". Les progrès de la raison, de même que le développement des capacités matérielles d'une société permettent une lente progression de l'humanité qui peut ainsi échapper peu à peu aux superstitions, à l'intolérance et au fanatisme. Ce sont les grands hommes, comme Louis XIV et Henri IV, qui, par leur autorité et leur lumière, ont fait progresser l'humanité. Grand admirateur du régime politique anglais, il ignore pourtant l'importance du Parlement dans cette monarchie tempérée. Pour lui, le roi seul doit inspirer par ses lumières la tolérance et la justice à ses sujets. Dans le régime politique qu'il souhaite - une monarchie éclairée -, les pouvoirs des corps intermédiaires sont limités, le clergé est contrôlé et la hiérarchie des classes sociales est maintenue. De plus, les arrestations arbitraires sont interdites, la torture et la peine de mort, supprimées et les libertés de penser et d'expression, garanties. |
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" Tout est bien " |
Le 1er novembre 1755, Lisbonne est accablée par un tremblement de terre, un raz de marrée, des incendies et des pillages. Cette suite d'événements, qui fait près de 100 000 morts, provoque un débat en Europe. En 1756, Voltaire publie le Poème sur le désastre de Lisbonne ou examen de cet axiome : " tout est bien ". Dans ce texte, il affirme que " tout est arrangé, tout est ordonné, sans doute, par la Providence mais il n'est que trop sensible que tout, depuis longtemps, n'est pas arrangé pour notre bien-être présent ". Ainsi, ceux qui croient en l'axiome " tout est bien " pourraient conclure quant aux événements de Lisbonne que " les héritiers des morts augmenteront leurs fortunes; les maçons gagneront de l'argent à rebâtir des maisons; les bêtes se nourriront des cadavres enterrés dans les débris; c'est l'effet nécessaire des causes nécessaires : que notre mal particulier n'est rien, vous contribuez au bien général ". Mais pour Voltaire, il est impossible de concilier aisément un tel désastre avec la bonté divine.
Sur cette même question, les théologiens et les matérialistes prennent des positions adverses. Pour les théologiens, les tremblements de terre punissent les pécheurs. Les matérialistes, eux, opposent à l'axiome " tout est bien " un " tout ce qui est doit être, est ". Selon ces derniers, il n'existe ni bien ni mal dans la nature, mais seulement un ordre universel qui est indifférent à la réalisation de notre bonheur. En 1756, Rousseau écrit Lettre à Voltaire sur la Providence (18/8/1756) où il affirme que si Dieu n'existe pas, le problème de la Providence ne se pose pas, mais comme il est évident qu'il existe un ordre naturel dont nous ne sommes pas l'auteur, alors Dieu existe. Si Dieu existe, il est parfait et le monde est bon du seul fait de son existence. C'est notre ignorance du tout qui nous fait affirmer que Dieu n'existe pas ou que le monde qu'il a créé est imparfait. Alors, au lieu de dire " tout est bien ", il vaudrait peut-être mieux dire : " le tout est bien... ". Voltaire réagit à cette réplique en écrivant Candide ou l'optimisme, en 1759.
En concluant son conte philosophique par " il faut cultiver notre jardin ", Voltaire s'avoue hostile à toute vaine métaphysique sur la question du bien et du mal. Et il propose aux hommes de se rendre utiles à l'humanité de sorte qu'" Un jour tout sera bien, voilà notre espérance; tout est bien aujourd'hui, voilà l'illusion ". Pour Voltaire, la nature montre qu'il y a un dieu personnel, mais que ses attributs nous sont inconnaissables. Cet être créateur (Horloger) n'intervient pas au sein de l'ordre naturel qui est fixe, permanent et universel. Selon lui, il n'y a pas de preuve empirique de son existence, mais l'expérience démontre par l'analyse que les effets naturels ont une cause cosmologique qui demeure inconnaissable en elle-même. |
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Écrasons l'infâme |
En 1758, Voltaire se retire à Ferney; ce philosophe, qui a vécu toute sa vie des rentes que les grands de ce monde lui ont données, devient un propriétaire terrien : "J'ai vu tant de gens de lettres pauvres et méprisés, que j'ai conclu dès longtemps que je ne devais pas en augmenter le nombre ". En 1764, il publie le Dictionnaire philosophique portatif. Dans cet ouvrage, il attaque le clergé et les dogmes de la religion chrétienne et expose son déisme. Le livre est brûlé à Genève dès sa publication, mais il devient célèbre partout en Europe. C'est depuis sa retraite de Ferney que Voltaire écrit de nombreux pamphlets contre les abus politiques, cléricaux et juridiques et qu'il entretient une importante correspondance sur une série d'affaires célèbres (Calas, Sirven, La Barre, Lally-Tollendal). D'entre tous ces combats menés contre le fanatisme et l'intolérance, le plus célèbre est, sans aucun doute, celui qu'il entreprend pour réhabiliter la mémoire de Jean Calas. Jean Calas est un négociant huguenot de Toulouse. Le 13 octobre 1761, son fils aîné, Marc-Antoine Calas, est trouvé mort dans la maison paternelle. On affirme alors que Calas a assassiné son fils parce qu'il voulait se convertir au catholicisme. En 1762, Calas est reconnu coupable et condamné à expier par le supplice de la roue. Il agonise pendant deux heures, on espère une confession, mais tout au long de son supplice, il proteste de son innocence. Grâce à son réseau de correspondants dans toute l'Europe, Voltaire mène une lutte acharnée contre ce qu'il considère comme un cas typique de fanatisme. Le 9 mars 1765, un tribunal parisien prononce à l'unanimité la réhabilitation de Calas. Voici un exemple de propagande voltairienne pendant ces années :
Pour Voltaire, toutes ces affaires ont une même source : les religions dogmatiques, et principalement la religion chrétienne, qui propagent le fanatisme et se nourrissent de superstitions et d'intolérance. Voilà l'infâme qu'il faut écraser. Pendant qu'il ameute l'Europe, Voltaire écrit, en 1763, son Essai sur la tolérance. Pour lui, il faut respecter les croyances religieuses, mais sous l'arbitrage d'un État fort et éclairé qui favorise la liberté de penser et d'agir. Il affirme aussi qu'il faut renoncer à certaines pratiques comme la roue ou le bûcher. Mais par-dessus tout, il croit aux pouvoirs de l'éducation : " tout n'est pas perdu quand on met le peuple en état de s'apercevoir qu'il a de l'esprit. Tout est perdu au contraire quand on le traite comme une troupe de taureaux car, tôt ou tard, ils vous frappent de leurs cornes. " Toute la pensée de Voltaire est hantée par le danger permanent du fanatisme et le combat sans fin pour la liberté de penser.
Toutes ces idées feront naître pendant la Révolution française un véritable culte de Voltaire. En 1791, on lui fait les honneurs du Panthéon et on inscrit sur son catafalque les phrase suivantes :
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Bibliographie |
Compte tenu de l'importance de l'oeuvre de Voltaire, le lecteur pourra trouver des ressources bibliographiques plus complètes soit en se référant à certains ouvrages que nous proposons, soit en utilisant les hyperliens. On ne trouvera ici que les références principales qui ont été utilisées pour cette émission. Voltaire Dictionnaire philosophique, Paris, Flammarion, 1964. L'affaire Calas et autres affaires, Paris Gallimard, 1975. Lettres philosophiques, Paris, Flammarion, 1964. Oeuvres historiques, éd. de R. Pomeau, Paris, Gallimard, 1957. Romans et contes, éd. de F. Deloffre et J. Van den Heuvel, Paris, Gallimard, 1979. Sur Voltaire Goldzink, J., Voltaire. La légende de saint Arouet, Paris, Gallimard, 1989. Gouhier, H., Rousseau et Voltaire : portraits dans deux miroirs, Paris, Vrin, 1983. Mervaud, C., Voltaire et Frédéric II: une dramaturgie des Lumières, Oxford, The Voltaire Foundation, 1985. Pomeau, R., La religion de Voltaire, Paris, Nizet, 1956. Pomeau, R. Politique de Voltaire, Paris, Armand Colin, 1963. Sareil, J., Voltaire et les grands, Genève, Droz, 1978. Starobinski, J., " Rousseau et Voltaire ", Critique, XL, Paris, 1984. |
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| QUESTIONS |
Questions de compréhension et de lecture
Questions visant à dégager les enjeux philosophiques
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| Hyperliens |
Voltaire: Une bibliographie The Voltaire Society of America POEME SUR LE DESASTRE DE LISBONNE (1756) TRAITE SUR LA TOLERANCE Oeuvres de Voltaire - Candide ou l'optimisme Lettres philosophiques par Voltaire |
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