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Pour écouter l'émission (voir le guide de l'étudiant-e) | ||
Sapere Aude |
Nous abordons une nouvelle période, le XVIIIe siècle, siècle qui s'est appelé lui-même, siècle des Lumières. Mais d'abord que signifie ce terme ? Ces Lumières dont on fait le synonyme du XVIIIe siècle, ce siècle plein d'allant et de résolution, sont tout bonnement les lumières de la raison. Lumières en France, Enlightenment en Angleterre, Aufklärung, en Allemagne, les lumières désignent le pouvoir d'intelligibilité de la raison humaine, la raison naturelle, et en même temps que l'on met en évidence le pouvoir judicatoire que recèle la raison, la raison critique, et l'étendue de son domaine de juridiction, on a confiance que par sa seule force, les ténèbres de l'ignorance, du fanatisme, du dogmatisme, de la superstition, du despotisme et de la tyrannie vont reculer et disparaître. Les sciences se développent prodigieusement et forment un édifice complet couronné par les sciences sociales. Et le progrès des connaissances développe la foi en un progrès continu de l'humanité vers un état supérieur. Les Lumières sont optimistes. Les lumières que l'esprit libre s'applique à propager, les lumières de la philosophie et des sciences, les forces de la vérité et du progrès viendront à bout, pense-t-on, de terrasser le mal et l'erreur, de délivrer l'homme de toutes les chaînes qui le retiennent prisonnier et qui l'empêchent de se réaliser en tant qu'homme, enfant de la raison et fils libre de la nature. Kant, le plus grand philosophe du siècle, définit l'Aufklärung comme la sortie de l'homme de sa minorité, minorité dont il est lui-même responsable. Minorité, c'est-à-dire incapacité de se servir de son entendement sans la direction d'autrui. Sapere aude ! dit-il, Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Cette devise des Lumières traduit un optimisme pédagogique fondé sur deux principes ambitieux : l'intelligibilité de la nature et la perfectibilité de l'homme. La vraie profession de foi des Lumières, de l'Enlightenment, de l'Aufklärung est bien celle-ci : Aie la raison pour guide, la culture pour base et le progrès pour but. Mais qu'est-ce qui a tant changé par rapport au siècle précédent ? par rapport au Grand siècle ? Le dix-huitième siècle, tout en continuant les travaux commencés au siècle précédent, tout en suivant des principes déjà posés, tout en poursuivant certaines directions déjà indiquées, ce sont là les grands points de continuité, le dix-huitième siècle entreprend d'aller au-delà des déplacements opérés par le siècle précédent. Les Lumières sont résolues à changer, dans un esprit résolument scientifique, les façons de penser et, en même temps, la société et la vie. Rappelons-nous à grands traits les acquis du grand siècle à partir desquels s'engage le combat des Lumières, un combat qui sera à la fois de rupture et de continuité. Le dix-septième siècle s'achève dans un tourbillon d'idées mais aussi dans une atmosphère de de conflit généralisée. La crise est à son comble : crise des idées politiques et sociales, guerres et crises des États, crise des idées et des sentiments où s'affrontent newtoniens et cartésiens... Sa fécondité, il la doit cependant en grande partie à ses crises. Dans sa poursuite des remèdes contre celles-ci, dans sa lutte contre les forces de dissociation et de destruction, l'homme multipliait ses inventions dans tous les domaines et se dépassait. Nations et individus s'affrontant et rivalisant accentuaient leurs caractères propres, leurs créations particulières, les échangeaient, s'éveillaient par comparaison à des créations nouvelles et les multipliaient. Bref, il est indiscutable que s'accomplit dans ce siècle comme une mutation de l'espèce humaine. Et pendant nos entretiens précédents nous en avons suivi les grands moments. Un siècle qui a vu le bourgeois s'affirmer progressivement, s'accroître l'individualisme et s'ébaucher la figure de l'honnête homme, un siècle qui a vu s'épanouir le capitalisme commercial et croitre le capitalisme industriel, un siècle qui a vu atteindre leur perfection propre le mercantilisme et la monarchie absolue pendant que naissait le régime parlementaire après la Révolution anglaise, celle de 1688, un siècle qui a vu l'apogée du baroque et du classique, Shakespeare et Racine, Rubens et Poussin, un siècle qui a produit Galilée, Descartes et Newton, le rationalisme de la quantité et le mécanisme, un siècle où l'esprit humain a décidément rompu avec Aristote canonisé au Moyen-Âge, et saisit l'univers par la mathématique et l'expérience, où savants, philosophes et religieux ont ouvert l'infini à l'homme et lui ont proposé le progrès sans limites, un tel siècle peut être appelé le grand siècle. L'individu, lui, est beaucoup plus engagé dans des corps, dans des communautés, dans la famille, beaucoup plus soumis à leur autorité, à leurs traditions, à leurs règles que la figure qui se dessinera au dix-huitième siècle et qui préfigure l'individu de nos sociétés libérales et démocratiques. Reste que l'homme du dix-septième siècle pense et agit en homme libre, en conquérant, en découvreur, et c'est cette liberté relative de la pensée et de l'action, cet individualisme qui lui donnent son pouvoir, son esprit de conquête et sa grandeur. C'est sur cet arrière-fond que le dix-huitième siècle engagera ses révolutions. Le grand siècle entame donc les mutations modernes, mais les Lumières ne font-elles pas davantage que parachever le mouvement commencé ? Dans quel sens se dessinent les ruptures ? La révolution des Lumières non seulement ébranle comme le siècle précédent les principes sur lesquels s'appuyaient les forces de la nuit mais les détruit. Pensons au combat des lumières contre la nuit tel que le met en scène le plus grand musicien de l'époque, Mozart. La rationalité nouvelle, dans ses combats menés au nom de la raison, entre en lutte contre le cartésianisme, au nom du cartésianisme même, ne gardant de Descartes que sa méthode de doute et de libre examen qu'on applique à la société. Si ce siècle, sur le plan strictement scientifique, est pour Newton et Locke, ils admirent Descartes dont le génie, comme dit Condorcet ouvre un nouvel âge de l'humanité en imprimant aux esprits cette impulsion générale, premier principe d'une révolution dans les destinées de l'espèce humaine. Et D'Alembert dans la préface de l'Encyclopédie, le symbole du siècle, voit dans la révolte cartésienne contre la scolastique, l'opinion, l'autorité, les préjugés, un service essentiel rendu à la philosophie et dont les Lumières recueillent les fruits. Les armes dont nous nous servons pour le combattre ne lui en appartiennent pas moins parce que nous les tournons contre lui. Le XVIIIe siècle est avant tout le siècle des révolutions où toute son évolution le conduit, et l'esprit qui le caractérise, pour reprendre les mots du grand Diderot, est l'esprit de liberté qui souffle partout. Révolution sociale et économique : Le dix-huitième siècle est un siècle de transformations économiques avec les débuts de l'industrie et la révolution agricole. Une révolution démographique l'accompagne car le recul de la mortalité permet une croissance de la population, et un recul des crises de subsistance. Si le dix-septième siècle avait vu triompher le système de la réglementation avec les manufactures d'État, les compagnies de commerce privilégiées et le renforcement des corporations, les physiocrates du dix-huitième siècle préconisent la liberté économique que Gournay résume dans une formule célèbre Laissez faire, laissez passer. Dans toute l'Europe, l'accroissement de la circulation de l'or et de l'argent, l'augmentation du nombre d'hommes, l'essor du commerce et l'essor colonial, l'intensification des échanges avec les pays d'outre-mer font monter les prix réels, ouvrant des débouchés, multipliant les profits. Partout les villes se gonflent (l'air de la ville rend libre, dit Kant), la bourgeoisie croit en nombre et en puissance, devenant la classe essentielle tout en améliorant sa situation civile et politique. C'est aussi, sauf en France, l'époque du despotisme éclairé (le roi doit être philosophe, c'est-à-dire conduire par la raison, adopter les valeurs de tolérance, de bienfaisance, encourager les savants et les arts), dont Frédéric II de Prusse est le modèle avec Catherine II de Russie. D'Alembert peut écrire à Frédéric : les philosophes et les gens de lettres de toutes les nations, et en particulier de la nation française vous regardent de puis longtemps comme leur chef et leur modèle. Révolution intellectuelle et politique : le dix-huitième siècle s'ouvre par les Principia de Newton, voit naitre et s'établir une nouvelle théorie de la connaissance, une nouvelle morale, une nouvelle politique, hostiles à toutes les formes de métaphysique, de dogmatisme et de tyrannie, de superstition et de fanatisme. C'est l'époque où se créent les académies, les revues scientifiques, où le français remplace le latin. La recherche est orienté vers l'utile et l'amélioration de la santé humaine. Le progrès scientifique et technique fait des pas de géant en mathématiques, physique, astronomie, chimie, sciences naturelles pendant que commencent à se former les sciences de l'Homme selon les principes essentiels du déterminisme et de la relativité avec comme procédés l'observation des faits et le raisonnement expérimental : anthropologie (Buffon), érudition, sociologie (Montesquieu), économie politique (Smith), histoire (Voltaire, Condorcet), droit (Montesquieu, Beccaria), l'éducation. Même les voyages sont entrepris moins pour des motifs intéressés que par souci de recherche scientifique. L'esprit de liberté qu'attisent, de Montesquieu à Kant en passant par les Encyclopédistes et l'inclassable Rousseau, tous les philosophes du siècle, triomphe enfin concrètement : l'ancien régime s'effondre, le siècle se termine par la Déclaration d'indépendance des États-Unis, la Révolution française et l'avènement de l'État de droit. Le régime nouveau devant assurer à toute l'humanité cette liberté, cette égalité civile, cette propriété inviolable et sacrée, cette souveraineté de la nation, pour lesquelles on avait combattu dogmatisme et autorité et fait la guerre à tous les discours, à toutes les pratiques qui apparaissaient faire obstacle au progrès de l'humanité, donc à son bonheur. Dans la civilisation européenne, la Déclaration des droits devient le nouvel évangile. Malgré la défaite de la France et la chute de la première République, dont le souvenir demeure malgré tout comme une légende et une prophétie, la face du monde reste changée. Un monde nouveau se lève qui prépare et annonce par bien des traits le nôtre. " C'est bien du XVIIIe siècle que nous sommes les descendants directs ". |
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Raison, tolérance, humanité... |
Une figure humaine monte à l'horizon, celle du philosophe, une sorte d'intellectuel engagé, en qui se résume l'idéal des Lumières. Au dix-huitième siècle, personnes cultivées et écrivains relèvent tous plus ou moins, comme adeptes ou comme adversaires, de l'esprit philosophique. Ceux qui le possèdent au plus haut degré et contribuent le plus à sa diffusion revendiquent le titre de philosophes. Celui-ci prend comme cri de guerre, comme le dit Condorcet, raison, tolérance, humanité... Définir le philosophe, c'est donc caractériser avec cette notion capitale l'esprit général du dix-huitième siècle, cet esprit philosophique qui anime les pensées et le comportement à l'époque. Écoutons pour commencer quelques extraits de l'article " philosophe " dans l'Encyclopédie. Longtemps attribué à Diderot, le texte est en fait de Dumarsais, un grammairien très radical. Il développe avec beaucoup de clarté la conception du philosophe, pensant et agissant selon la raison, sociable et humain tel que l'entendait en général le dix-huitième siècle. Ce texte montre aussi les oppositions fondamentales dans la société de l'époque entre foi et raison dont le parti des philosophes se fait le propagandiste et monte bien en épingle le souci caractéristique de l'utile et du mieux-être social.
TEXTE 1 de la section 17.2
Tandis que le philosophe au sens traditionnel est avant tout un spécialiste de la théorie et de l'abstraction, le philosophe du dix-huitième siècle, c'est-à-dire, en général. tout homme éclairé, pénétré d'esprit critique, est donc d'abord un homme pratique et soucieux de la réalité quotidienne. Les principes essentiels qui orientent son style de vie sous l'égide de la raison sont : i) le souci d'être utile en exerçant des activités qui contribuent au maintien et au progrès de la civilisation ; ii) la sociabilité en vivant dans la cité des hommes et non dans la solitude ; ce qui donne aux lieux habituels de réunion, clubs, salons, cafés, une influence décisive ; iii) le cosmopolitisme en constituant, par-dessus les frontières, une sorte d'internationale des esprits. Tout ceci se fait non au gré du hasard mais sous l'égide de la raison. Le sourire de la raison, telle était la façon dont Carré, un critique, définissait la philosophie de Fontenelle. Mais il est frappant de constater que ce sourire se retrouve au dix-huitième siècle sur les visages d'auteurs aussi différents que Crébillon le dramaturge, Voltaire le polémiste et l'ironiste, ou d'Alembert, le mathématicien et le collaborateur de l'Encyclopédie. Songeons aux pastels que La Tour a fait de ces personnages. Ces portraits témoignent bien de la façon dont devait s'éclairer le regard et se nuancer le sourire de ces philosophes : " sous la joie de l'intelligence vive et derrière l'esprit critique un peu désabusé à qui rien n'échappe, vibre une riche sensibilité et se dévoile un profond désir de comprendre tout ce qui est humain ". La raison, cette faculté, dont parlait déjà le dix-septième siècle de Descartes et de Boileau, prend une signification nouvelle : elle inspire l'esprit critique, dont le droit de regard s'étend désormais à tous les domaines, en vue de construire un monde éclairé. Prolongeant les recherches de Descartes, de Pascal, et surtout des libertins de la fin du siècle précédent, le philosophe s'acharne à perfectionner les méthodes qui permettent d'atteindre à la vérité : la critique du témoignage notamment est la base de tout raisonnement. Mais attention parler du philosophe, c'est s'en tenir à une notion abstraite et impersonnelle, à laquelle chaque philosophe a apporté sa contribution, mais qui ne s'identifie totalement et exactement à aucun d'eux en particulier, car chaque philosophe est un individu concret et original. Aussi bien la lutte philosophique ne s'est-elle pas livrée seulement entre les philosophes et le pouvoir, mais, à l'occasion, entre les philosophes eux-mêmes. (D'Holbach-Diderot vs. Voltaire ; Voltaire vs. Rousseau). Il reste donc à étudier, comme nous le ferons au cours des entretiens prochains, quelle a été la contribution de chaque individu à la notion, c'est-à-dire en quoi Voltaire, Montesquieu, Diderot, Rousseau, et d'autres, tout en étant des représentants de l'esprit philosophique, ont eu chacun une philosophie propre.
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La vie de société |
Le dix-huitième siècle fut avant tout un siècle d'idées nouvelles mais ces idées ne purent se répandre que parce que la mort de Louis XIV, en 1715, fut suivie d'un affaiblissement de l'autorité qui provoqua une importante évolution des moeurs. Par réaction contre l'austérité des dernières années du règne de Louis XIV, le gôut du plaisir, du luxe et de l'argent se déchaînent sous la Régence, c'est-à-dire durant l'époque où l'héritier du trône, Louis XV, âgé de cinq ans à son avènement, fut suppléé dans ses pouvoirs effectifs par le duc Régent, Philippe d'Orléans, neveu de Louis XIV. Mais les hommes de lettres ne participent guère à cette richesse. La condition des écrivains reste marquée, sur le plan matériel, par la médiocrité et l'insécurité parce que la propriété littéraire ne fait encore l'objet d'aucune législation et parce que la censure et les persécutions constituent des risques très réels. En revanche, c'est l'époque de la sacralisation de l'écrivain qui acquiert un prestige social beaucoup plus grand qu'au dix-septième siècle. L'écrivain devient ainsi un interprète et un véritable guide de l'opinion. Cette situation explique pour beaucoup l'apparition puisque les hommes de lettres ne fréquentent que très rarement la cour l'apparition à Paris et dans les grandes villes de nouveaux foyers de vie intellectuelle où les écrivains et leur public se sentent plus libres et ont plus d'influence. La vie de société s'épanouit principalement dans les salons, les cafés, les clubs. Nous allons pour présenter ces centres bouillonnants de vie intellectuelle, premiers lieux de la propagation de l'esprit philosophique et critique laisser la parole aux mémorialistes du dix-huitième siècle qui les décrivent d'une plume alerte. Tout d'abord les salons, ces " écoles brillantes de civilisation " selon les mots du comte de Ségur, où l'on " trouvait... les littérateurs, les philosophes les plus distingués, et cet esprit de liberté qui devait changer la face du monde en l'éclairant...". Il s'agit de l'institution par excellence du dix-huitième siècle. Plus qu'ailleurs les femmes s'y sont fait leur place et parlent avec égalité avec les plus grands hommes. Tous et toutes sont animés par un même but : diffuser les Lumières, lutter contre l'obscurantisme, dans tous les domaines, politique, artistique, mais aussi économique. Rappelons que chaque salon a sa spécialité, ses couleurs, si l'on préfère. Ainsi le premier salon où l'on se réunit, dès 1699 fut tenu par la duchesse du Maine dans son domaine de Sceaux, célèbre surtout par l'éclat de ses fêtes. Ce sont en majorité des poètes qu'elle accueille. À partir de 1710, le salon de la marquise de Lambert, rue de Richelieu, à Paris, réunit les écrivains et les gens de qualité qui font assaut de jeux d'esprit. Chez Madame de Tencin, rue Saint-Honoré, la société est plus nombreuse, plus mêlée, plus cosmopolite. C'est le premier " salon philosophique " proprement dit. On y encourage les propos brillants ou piquants, la discussion des idées nouvelles. Mettant à la mode les entretiens philosophiques, ce salon a beaucoup contribué à la diffusion des idées nouvelles. Enfin au salon de l'opulent baron d'Holbach, le grand philosophe matérialiste, c'est toute l'Europe intellectuelle qui se retrouve autour de sa table. Aussi Grimm le surnommait-il plaisamment le maître d'hôtel de l'Europe. On entendra ici un extrait des Mémoires de l'abbé Morellet évoquant le salon de d'Holbach et la figure du maître de céans. L'extrait est assez long mais nous le préférons à des descriptions plus courtes d'autres salons, en raison de la personalité importante de d'Holbach, l'auteur retentissant du Système de la nature, du Système social et de la Politique naturelle, entre autres ouvrages-clé du matérialisme des Lumières, et de l'efficacité de son salon dans la diffusion de l'esprit philosophique mais aussi par la vivacité avec laquelle Morellet recrée l'atmosphère de ce salon philosophique modèle.
TEXTE 1 de la section 17.3
La société se retrouve aussi dans les cafés, plus démocratiques que les salons. Dès les débuts du règne de Louis XIV, ce breuvage commence à connaître un succès extraordinaire. Le premier café s'ouvre à Marseille en 1654, à Paris en 1667. En 1715, à la mort de Louis XIV, il y en a 300 à Paris, dont le célèbre café Procope, ouvert en 1695, et celui de la Régence. La mode se répand dans le monde de transformer certains jours les salons en café. C'est au café qu'on apprend les nouvelles, qu'on les commente; les gens font cercle autour des joueurs d'échec ou d'« orateurs en chef " qui préside les discussions. Les grands auteurs, Voltaire, Diderot, Fontenelle ne dédaignent pas d'y paraître et d'y entretenir leur publicité. C'est là qu'on peut acheter les libelles interdits qui circulent sous le manteau, c'est là qu'on peut lire les journaux, peu répandus encore au début du siècle, mais dont la diffusion augmente : en 1787, le " Mercure de France " se vend toutes les semaines à 15 000 exemplaires. Voici comment, à la fin du siècle, l'écrivain Sébastien Mercier dans son Tableau de Paris, montre le rôle joué par les cafés dans la vie politique et littéraire :
TEXTE 2 de la section 17.3
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Les clubs, enfin, à vocation nettement politique. Le public est plus restreint. Le plus célèbre est le club de l'Entresol, fondé par l'abbé Alary en 1720, une compagnie privée qui réunit une vingtaine de personnalités de 1720 à 1731 " raisonnant hardiment mais ne concluant que sobrement ". Le nom de ce club lui venait de l'appartement en entresol de l'hôtel du président Hénault, place Vendôme, où logeait le fondateur du club. En province, dans les grandes villes, des Académies, des Sociétés de lecture se constituaient à l'exemple de Paris. L'un des membres du club de l'Entresol, le marquis d'Argenson, futur ministre des Affaires étrangères, nous apprend ce qu'était la conférence, c'est-à-dire l'échange de vues, qui s'y tenait tous les samedis, de cinq heures du soir à huit heures.
TEXTE 3 de la section 17.3
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Bibliographie |
OUVRAGES D'ENSEMBLE D'intérêt historique et culturel Bluche, F., Le Despotisme éclairé, Paris, Hachette, coll. "Pluriel", 1969. Bouloiseau, M., Labrousse, E., Mousnier, R., Le XVIIIe siècle. L'époque des Lumières (1715-1815)), Paris, PUF, 1985. Denis, M., Le XVIIIe siècle, Paris, A. Colin, 1990. Gay P., The Enlightenment: an interpretation, New-York, Vintage Books, 1969. Gershoy, L., L 'Europe des princes éclairés. 17631789, traduit de l'anglais par José Fleury, préface de Denis Richet, Paris, Fayard, 1966. Hampton N, A cultural history of the Enlightenment, en version fr., Paris, Seuil, 1972. Jacob, Paul-Louis, XVIIIe siècle : institutions, usages et costumes : France, 1700-1789 / Paul Lacroix; ouvrage ill. de 21 chromo-lithographies et de 350 gravures sur bois d'après Watteau ... [et al.]. - 3e éd; Paris, Firmin-Didot, 1878. Daniel Roche, D., Les Républicains des lettres. gens de culture et Lumières au XVIIIe siècle, Paris, Fayard, 1988. D'intérêt philosophique et politique Boulad-Ayoub, J.,Contre nous de la tyrannie...Des relations idéologiques entre Lumières et Révolution, Hurtubise, HMH, Montréal, 1990, 370 p. Callot E, Six philosophes français du XVIIIe siècle, Annecy, Gardet, 1963. Cassirer, E, La philosophie au siècle des lumiêres, tr. fr., Paris, G. Montfort, 1965. À lire obligatoirement Goyard-Fabre S., La philosophie des Lumières en France, Paris, Klincksieck, 1972. Hazard P, La pensée européenne au XVIIIe siècle, Paris, Boivin, 1946. Markovits, Fr., L'ordre des échanges : philosophie de l'économie et économie du discours au XVIIIe siècle en France, Paris, PUF, 1986. Pomeau R., L'Europe des Lumières. Cosmopolitisme et unité européenne au dixhuitième siècle, Paris, Stock, 1964. Piétri, F., La réforme de l'État au XVIIIe siècle, Paris, Éditions de France, 1935. Richet, D.,La France moderne: I'esprit des institutions, Paris, Flammarion, coll. "Champs", 1973.
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| QUESTIONS |
1. À quoi correspondent ces lumières dont le siècle se targue ? À quelles sortes de ténèbres s'opposent-elles ? 2. Identifier les révolutions qu'inaugure le dix-huitième siècle et caractériser brièvement leurs manifestations. 3. Faire le portrait de l'homme éclairé.
1. En suivant le texte de Dumarsais, « philosophe », dégager les principales oppositions entre le philosophe et les autres hommes ? 2. Identifier les principaux lieux de la propagation de l'esprit critique et caractérisez le rôle respectif de ces foyers de la vie intellectuelle ? |
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Hyperliens |
Le siècle des lumières dans la peinture des musées de FRANCE Textes (Électroniques) Clandestins du XVIIIième par Gianluca Mori |
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