Phi 2080

Les grandes figures intellectuelles du monde moderne:

Cours 11
Descartes

J. B.-Ayoub

Descartes ou le héros du libre examen

 

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Le héros révolutionnaire de la pensée

 

Cet héros est DESCARTES (1596-1650), un des plus grands philosophes de tous les temps, son influence est si grande que son histoire se confond avec celle de la philosophie. Son action intellectuelle fait incontestablement de lui l'auteur de la révolution d'esprit qui marque le début des temps modernes.

Descartes apparaît sur la scène intellectuelle comme le champion de la nouvelle science contre l'ancienne science et, également comme le héros de la pensée, le libérateur de la pensée, face à l'aristotélisme régnant à la Sorbonne. Il y a une gravure de l'époque qui représente Descartes assis à sa table de travail, foulant du pied un gros traité d'Aristote. Descartes le premier porte partout l'esprit de doute et de libre examen. Descartes affirme avec audace la valeur du libre examen comme condition de la maîtrise de l'objet auquel s'applique l'étude, un libre examen qui table sur la seule force de la raison que chaque homme possède et qui s'entrelace à la volonté afin de conduire bien le mouvement de la connaissance et de l'action. C'est au prix d'un ordre, de règles, d'une méthode que l'on parvient à conduire sa raison et son action, de manière efficace. On comprend alors que le problème de la certitude est, chez Descartes, ordonné au dessein pratique, au problème moral de la liberté et de la sagesse. La philosophie de Descartes est une philosophie du contentement et le contentement réside dans la conscience et la pratique de la liberté que tous les hommes, derechef, sont appelés à réaliser.

La liberté est vue comme une double conquête qui pousse l'homme à toujours parfaire sa connaissance et à ne jamais demeurer irrésolu en ses actions. C'est là ce qui constitue le bon usage du libre arbitre, et c'est de cela seul, comme l'écrit Descartes à Élisabeth que provient ce souverain contentement que tous les hommes recherchent sans généralement savoir où le trouver. Et cette liberté est d'un tel prix, la liberté est un tel absolu qu'elle peut consister à se détourner, en pleine conscience, du Vrai et du Bien "pourvu seulement, comme dit Descartes, que nous considérions comme un bien de témoigner ainsi de notre liberté". Allons tout de suite à sa dernière oeuvre, les Passions de l'âme, pour voir comment Descartes pose l'antériorité de l'admiration et donc de la générosité sur toute autre passion, la générosité qui, autrement dit, n'est autre que la conscience que nous avons du pouvoir de notre libre-arbitre, de notre liberté, cette puissance positive, infinie, à l'image de la liberté-volonté divine :

 

TEXTE 1 de la section 11.1

Descartes, Passions, article 153.

 

Ainsi je crois que la vraie générosité, qui fait qu'un homme s'estime au plus haut point qu'il se peut légitimement estimer, consiste seulement partie en ce qu'il connaît qu'il n'y a rien qui véritablement lui appartienne que cette libre disposition de ses volontés, ni pourquoi il doive être loué ou blâmé sinon pour ce qu'il en use bien ou mal, et partie en ce qu'il sent en soi-même une ferme et constante résolution d'en bien user, c'est-à-dire de ne manquer jamais de volonté pour entreprendre et exécuter toutes les choses qu'il jugera être les meilleures ; ce qui est suivre parfaitement la vertu.

   

Révolution scientifique et révolution philosophique

 

Descartes est donc un héros qui conduit une révolution. Mais en quoi consiste au juste cette révolution ? Y a-t-il une, deux, plusieurs révolutions ?

La révolution que conduit Descartes se développe sur deux plans, scientifique et métaphysique.

Tournons-nous pour commencer par le commencement même de la recherche cartésienne de la vérité, c'est-à-dire du côté de la science, du côté de la révolution scientifique. Descartes est contemporain de la science physique fondée par Galilée contre la physique d'Aristote ainsi que des études de Galilée sur le mouvement. La théorie de la causalité permet la consolidation de la nouvelle science et permet aussi son développement, en traitant à neuf les problèmes scientifiques qui se posaient en optique, en cosmologie, en psychologie. De même que Galilée disait que la nature est écrite en langage mathématique, de même Descartes impose la science mathématique comme la science qui doit informer et réguler désormais le savoir. Plus tard en ce XVIIIe siècle qui va se détourner du cartésianisme pour lui substituer le modèle newtonien, d'Alembert, le célèbre géomètre, le maître d'uvre avec Diderot de l'Encyclopédie, va reconnaître la dette que nous avons encore envers Descartes et sa géométrie algèbrique. Voici comment d'Alembert dans l'article "Algèbre" de l'Encyclopédie résume l'essentiel de l'apport de Descartes.

 

TEXTE 1 de la section 11. 2

D'Alembert, Encyclopédie, article "algèbre"

 

Il n'est presque aucune science qui n'ait dû au grand Descartes quelque degré de perfection : mais l'Algèbre et l'Analyse lui sont encore plus redevables que toutes les autres. [...] C'est lui qui a introduit dans l'Algèbre les exposants, ce qui a donné les principes élémentaires de leurs calculs ; c'est lui qui a imaginé le premier des racines aux équations, dans les cas mêmes où les racines sont impossibles ; de façon que les imaginaires et les réelles remplissent le nombre des dimensions de la proposée ; c'est lui qui a donné le premier le moyen de trouver les limites des racines des équations qu'on ne peut résoudre exactement [...]. L'application de l'analyse à la géométrie [...] appartient presque entièrement à Descartes.

 

La méthode cartésienne elle-même, c'est-à-dire les quatre célébrissimes préceptes énumérés dans le Discours de la méthode, 2e partie, un texte très bref qui renvoie aux Regulae, ouvrage resté inachevé et qui ne sera publié qu'après la mort de Descartes, cette méthode doit être rattachée pour la comprendre, non pas à la métaphysique de Descartes (car là la méthode proprementphilosophique est le doute) mais bel et bien à ses préoccupations scientifiques et techniques, et plus particulièrement encore, à l'application qu'il fait de la géométrie dans la physique.

La méthode cartésienne, finalement une analyse ordonnée et une synthèse qui est la reconstitution consciente, ad hoc, de cet ordre, renvoie avec cette analyse qui est au cur de la méthode à la géométrie analytique tout bonnement. L'analyse que préconise Descartes est à la fois la géométrie analytique et la mathesis universalis dont la physique n'est en somme qu'une conséquence. La méthode cartésienne permet la transformation des mathématiques dans le sens de l'algèbre, elle permet la généralisation des mathématiques mais elle permet aussi la physique et nous en donne la méthode : toujours passer aux grandeurs spatiales, aux mouvements locaux et toujours aboutir à des fonctions d'ordre algébrique.

La science, cependant, suppose la métaphysique et Descartes va nous renvoyer bientôt à la justification fondamentale de l'ordre mathématique, en un mouvement qui l'assume pour le dépasser. Mais il faut distinguer entre le temps de la méthode et le temps de la philosophie. La méthode a permis et la construction et la reconstruction de la mathématique cartésienne et la reconstruction d'une nouvelle science de la nature. La méthode semble de prime abord pour Descartes assurer à la mathématique et à la physique une autonomie et une certitude absolues. Assez vite cependant il pousse plus loin. Cette méthode permet-elle d'élever cette science au niveau d'une sagesse, c'est-à-dire au niveau d'une certitude absolue ou même d'un espoir d'une certitude absolue de sorte qu'il n'y ait plus de question possible au sujet de la légitimité de ce savoir, plus de doute possible ?

Descartes vient donc à la philosophie à la suite d'une crise dans sa pensée scientifique. Cette crise s'exprime surtout dans la correspondance qu'il entretient avec Mersenne en avril et en mai 1630 et se trouve à l'origine de thèses originales que ne reprendront d'ailleurs pas les post-cartésiens. La thèse concerne les vérités mathématiques, physiques et logiques, c'est la thèse de Dieu créateur des vérités dites éternelles. Descartes soutient que nous ne pouvons concevoir Dieu comme un Jupiter qui obéit comme dans les théologies gréco-romaines à la Destinée. Non, ces vérités sont crées par Dieu. Descartes dit explicitement dans la 3e lettre adressée à Mersenne, du 27 mai 1630, que Dieu a été aussi libre de faire qu'il ne fût pas vrai que toutes les lignes tirées du centre à la circonférence fussent égales comme il a été aussi libre de ne pas créer le monde. Mais dire que les essences et les vérités à partir desquelles la science se constitue, mathématiques comprises, sont créées par Dieu, conduit Descartes et à comprendre ce qu'il y a de relatif dans la position scientifique et à apercevoir la possibilité d'un autre plan qui serait celui de la métaphysique. Sa position sera explicitée dans la Méditation 1 quand Descartes met en doute la mathématique et son objet l'étendue. En effet dire que les les vérités mathématiques sont créées par Dieu permet à Descartes de prendre du recul par rapport à ces vérités. Et c'est ce recul qui permettra à Descartes de se poser lui-même, de poser le Cogito comme point de départ de la sagesse. C'est le moment du recul qui lui permettra de constituer la métaphysique.

La théorie cartésienne de la création continuée qui concerne plus particulièrement la physique, joue le même rôle pour la physique que l'idée de la création des vérités éternelles pour la mathématique. Cette théorie que développe Descartes dans le Discours de la méthode, et sous un de ses aspects les plus profonds dans la Méditation 3, soutient que Dieu conserve le monde comme il le crée c'est-à-dire de la façon même dont il l'a crée. Or, précise le Discours, Dieu créa le monde une fois pour toutes et dès l'origine il le créa parfait. Descartes n'accepte aucune idée d'évolution. Dieu crée le monde et comme le monde est une créature, il est susceptible de décréation, d'anéantissement à tout instant. Le temps est discontinu pour Descartes et cette discontinuité tient elle-même du Dieu créateur. Dieu crée le monde et à tout instant il le crée. C'est là par ailleurs le sens théologique et métaphysique de sa théorie du temps.

Mais Descartes peut-il en rester là ? D'une part il y a ce projet de physique géométrique, mécanistique, un monde objectif qui est dans les mains de l'homme et dont il pourrait se vanter d'en être le maître et le possesseur, et d'autre part l'Être Absolu, cette idée d'un Absolu qui est l'idée du Créateur et qui exprimée sous la forme de l'idée de création continuée. Il y a là une distance qu'un esprit sérieux doit franchir. Comment franchir cette distance ? Comment comprendre l'accord de l'Être et de l'Objectivité ? La réponse ce sera la philosophie cartésienne elle-même, une philosophie liée à la sagesse où l'action doit répondre à la pensée, à la raison, la réponse sera la constitution d'une métaphysique comme celle de Descartes qui commence par le doute absolu portant et sur la certitude et sur l'Être et qui s'achève dans l'affirmation de la vertu humaine comme vertu de générosité, c'est-à-dire comme affirmation positive de la liberté et de la valeur de la liberté.

Descartes cherche donc, disions-nous, un commencement absolu, un principe :

 

TEXTE 2 de la section 11. 2

Descartes, Méditations, 2; IX, 19

 

Archimède , pour tirer le globe terrestre de sa place et le transporter en un autre lieu, ne demandait rien qu'un point qui fût fixe et assuré. Ainsi j'aurai droit de concevoir de hautes espérances, si je suis assez heureux pour trouver seulement une chose qui soit certaine et indubitable.

   

Liberté et raison

 

Une question doit se poser immédiatement à Descartes : comment arriver au principe, comment trouver le roc sur lequel bâtir ?

La première Méditation répond clairement et explicitement à cette question. Pour arriver au commencement absolu, au principe, le vide complet doit être fait dans la pensée. C'est cela qu'on appele le doute, et alors c'est le doute, véritable méthode de la métaphysique, c'est le doute qui est la voie par excellence à travers laquelle on atteindra l'objet métaphysique.

En face de la certitude de l'ordre sensible ou imaginatif, en face de la certitude d'ordre pratique, et en face de la certitude du type scientifique, physique ou mathématique, Descartes cherche une autre certitude, une certitude absolue. Ce qui est en jeu, et c'est là le premier objectif du doute des Méditations, c'est la certitude concernant l'Être, la certitude absolue. Le second objectif lui est rattaché. Cet objectif est sous-entendu, impliqué plutôt qu'exprimé dans les Méditations. Tout le temps, Je, moi, tout le temps les verbes à la première personne, et surtout une expression extrêmement forte à propos du Malin Génie : " et qu'il me trompe tant qu'il voudra, il ne saurait jamais faire que je ne sois rien ". À cette expression correspond une autre dans les Principes, et non moins forte : au Malin Génie se substitue le mot de Dieu.

En d'autres termes, en face d'une puissance imaginaire, le Malin Génie, en face de la puissance réelle de Dieu, il faut affirmer ma puissance d'affirmer, de juger, d'affirmer le Je pense donc je suis, mais avant tout ma puissance de douter encore, en somme de me mettre en garde. Voilà le second objectif du doute, le second objectif de la philosophie et de la métaphysique cartésienne en général, finalement la liberté humaine. Ces deux objectifs attirent notre attention sur les deux pôles de la pensée cartésienne : une puissance absolue, d'une part, que nous appelons Dieu ou l'Être et, d'autre part, une puissance limitée que nous appelons moi ou mon être. La liberté humaine est en rapport direct avec la puissance infinie de Dieu et en rapport aussi avec la sagesse puisque la sagesse consiste en une connaissance parfaite et en même temps une action parfaite.

Mais comment comprendre la liberté en fonction de la puissance infinie de Dieu et comment la comprendre en fonction de notre connaissance puisque celle-ci est au point de départ de notre sagesse, et qu'à son tour, cette sagesse se trouve en rapport étroit avec notre action ?

Tel est bien l'énoncé général du problème de la liberté. Il ya là au fond deux faces d'un même problème : les rapports de la liberté à Dieu ou à l'Être, les rapports de notre liberté à notre connaissance. Il s'agit de savoir si cette liberté est possible, et en quel sens ? Qu'entend Descartes par liberté ?

Le texte fondamental à ce sujet se trouve dans les Principes de la philosophie, livre I, paragraphe 39. Descartes dit ceci :

 

TEXTE 1 de la section 11. 3

Descartes, Principes, I, paragraphe 39

 

Au reste, il est si évident que nous avons une volonté libre qui peut donner son consentement ou ne le pas donner quand bon lui semble, que cela peut être compté pour une de nos plus communes notions. Nous en avons eu ci-devant une preuve bien claire, car en même temps que nous doutions de tout et que nous supposions même que celui qui nous a créés employait son pouvoir à nous tromper en toutes façons, nous apercevions en nous une liberté si grande que nous pouvions nous empêcher de croire ce que nous ne connaissions pas encore parfaitement bien.

 

Pour Descartes il n'y a pas là l'indice d'une impuissance ou d'une limite, il y a là tout autant l'indice d'une puissance humaine positive. Nous pouvons toujours avoir recours à ce doute même s'il atteint une vérité absolue, ce qu'il permet précisément d'atteindre. C'est dans un même moment que se situe le je doute, le je pense, le je suis. Et le cogito après le doute et peut-être en fonction du doute est le fondement de la métaphysique cartésienne puisqu'il s'agit non pas d'assurer tout simplement l'existence atomique, substantielle, individuelle de moi-même, il s'agit de m'affirmer moi-même en tant que capable de penser l'absolu, finalement d'atteindre Dieu, de le connaître dans la mesure où j'en suis capable et aussi de connaître le monde que j'ai du mettre en doute. Dans la Méditation 4, après avoir prouvé l'existence de Dieu, Descartes retourne à cette puissance grâce à laquelle il a affirmé cette existence, savoir au jugement et examine cette puissance pour voir si elle me permettrait d'aller au-delà de la double affirmation : je pense donc je suis, je pense donc Dieu existe, et voici que Descartes nous conduit à voir la portée de la volonté dans tout exercice de jugement et la possibilité constante de l'exercice de notre liberté. La liberté est par conséquent immanente au doute, au cogito, au jugement; elle également immanente à l'entendement et se manifeste au moment de la vie morale. Être vertueux, c'est être avant tout généreux, et cela, pour Descartes, signifie le pouvoir de disposer de soi, l'ouverture absolue et constante, la liberté absolue. Dans les termes de la Méditation 4 la volonté ou la liberté c'est le pouvoir de faire une chose ou de ne pas la faire, d'affirmer ou de nier, de poursuivre ou de fuir. Et comme telle la liberté est infinie, contrairement à notre entendement qui est fini car je connais plus ou moins de choses si plus ou moins de choses s'offrent à mon entendement. Mais il n'y a pas de plus ou de moins quad il s'agit de l'acte formel de dire oui ou non, d'affirmer ou de nier, de faire une chose ou de ne pas la faire. La volonté est un absolu, la liberté est un absolu.

Le contexte de la morale éclaire ce que le contexte métaphysique ne fait pas tout tout de suite comprendre et laisse dans l'ambiguité. À la fin de sa carrière philosophique, dans le Traité des passions, Descartes définit la vertu et la sagesse en fonction de la liberté. Cela signifie que la liberté pour Descartes est une valeur non simplement un fait qu'il a affirmé parmi d'autres ou une idée qu'il a concilié avec d'autres idées dans un ensemble systématique.

La correspondance que Descartes échange avec le Père Mesland entre 1644 et 1646 force Descartes à nous livrer ses dernières positions concernant la liberté. Le père Mesland se demande si Dieu nous détermine à ce point où se trouve notre responsabilité, où se truve notre liberté ? Descartes pose alors (dans sa lettre du 9 février 1645) que la liberté est pouvoir d'indétermination et même d'indifférence. Nous sommes positivement libres quand l'évidence se présente à nous, que ce soit dans le domaine scientifique, spéculatif ou moral, nous ne pouvons en fait que décider en fonction de cette évidence mais il nous arrive de ne pas le faire. Il peut nous arriver en principe de nous décider envers et contre cette évidence, envers et contre un ordre formel. Bref il nous arrive, du moins il n'y a pas d'empêchement à cela, de désobéir à l'évidence et de pécher.

Dans l'ensemble, et le plus fréquemment notre action la meilleure s'accomplit en fonction de notre connaissance la plus évidente mais il se peut que nous décidions contre cette connaissance rien que pour montrer au plus haut point que nous sommes libres, rien que pour montrer la valeur suprême de la liberté qui nous constitue en tant qu'homme. Ce que dit Descartes à Mesland doit être mis en rapport avec ce qu'il dit dans les Passions quand il définit la générosité comme étant le fait de prendre conscience que nous avons la disposition entière de nos actions. C'est dans ce sens que nous sommes vertueux, que notre parole vaut quelque chose, que nous sommes méritants.

Descartes précise bien que la liberté n'est pas seulement affirmée de facto mais aussi et avant tout de jure. C'est parce que la liberté est d'un tel prix que nous l'exerçons parfois comme liberté sans égard pour ainsi dire à l'évidence. Mais c'est pourquoi aussi la liberté doit être comprise en rapport avec notre sagesse. Si nous pouvons nous affirmer comme absolument libres, il se peut aussi que pour montrer notre valeur, nous pouvons et nous devons nous soumettre. La sagesse implique l'une et l'autre position. Nous sommes absolument libres et nous devons parfois obéir à l'évidence, à l'ordre du monde, et d'une manière absolue à Dieu. C'est en ce sens que nous pouvons comprendre que la soumission à l'évidence, à l'ordre du monde, et à Dieu, c'est aussi la liberté, ou du moins c'est aussi la sagesse. La cohérence de la théorie de la liberté se trouve dans la référence à la raison. Celle-ci est la fin de la volonté car la raison n'est pas l'entendement mais la possibilité pour la volonté de s'y unir. La sagesse en somme consiste dans la connaissance de toutes les choses (liberté et ordre du monde) que l'homme peut savoir, cet homme dont la conduite est éclairée par sa connaissance. C'est ce que Descartes affirme dans la la préface aux Principes.

Dans le Je pense donc je suis, je m'affirme comme volonté, comme substance de volonté absolument libre mais en même temps je me soumets à une évidence qui fait l'être de cette affirmation première. Cette affirmation va plus loin puisque par elle j'arrive à l'affirmation de Dieu et Descartes dit : " je ne peux pas ne pas affirmer ". Nous voyons comme liées, entrelacées la liberté humaine et l'évidence. Tout cela se poursuit dans toute la philosophie et la morale de Descartes. Dieu, disait déjà le jeune Descartes, a fait trois choses merveilleuses (tria mirabilia) : le monde, le libre-arbitre et l'homme-Dieu. Aussi est-ce ma volonté libre " principalement qui me fait connaître que je porte l'image et la ressemblance de Dieu " . Le dernier mot de cette philosophie pose l'absolu de la liberté humaine mais la pose en fonction, et grâce à, l'Absolu Créateur.

( JBA )

   

Bibliographie

 

OEUVRES DE DESCARTES

 

Éditions générales

Oeuvres de Descartes, éd. Adam-Tannery, 11 vol., Vrin-CNRS, 1896-1909 et un supplément (1913).

C'est l'édition de référence, pratiquée par tous les spécialistes. Entreprise en 1896, mise à jour il y a trente ans, elle a été rééditée à l'occasion du quatrième centenaire dans une nouvelle présentation (11 vol. sous emboîtage). Beaucoup de textes y figurent seulement en latin.

Descartes, Oeuvres, éd. A. Bridoux, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1946.

Édition la plus couramment utilisée, commode par son format, mais incomplète et dépourvue de présentations et d'annotations. Une nouvelle édition en 3 vol., répondant aux critères modernes, est en préparation sous la direction de J.-M. Beyssade.

Descartes, Oeuvres philosophiques, éd. F. Alquié, Classiques Garnier (Bordas), 3 vol., 1963-1973.C'est actuellement la meilleure édition de travail, soigneusement établie et richement annotée, indispensable pour toute étude approfondie.

 

Textes séparés

* Discours de la méthode, Préface de G. Rodis-Lewis, Garnier-Flammarion, Paris, 1966.
Édition recommandée pour le cours. À lire.

Méditations métaphysiques, traduction moderne de M. Beyssade, avec le texte latin et la traduction classique du duc de Luynes, Livre de poche, 1990.
Très intéressante tentative pour rendre accessible au lecteur non latiniste la lettre du texte cartésien.

*Méditations métaphysiques, texte conforme à la première édition française de 1647, notes explicatives, questionnaires, documents et parcours thématique, établis par Ph. Ducat, Classiques Hachette, 1996.
Édition recommandée pour le cours, distribuée à Montréal par les Éditions CEC (téléphone 351-3534). À lire.

Principes de la philosophie, I, introduction et notes par G. Durandin, éd. Vrin-Poche, 1984.

Les Passions de l'âme, introd. et notes de G. Rodis-Lewis, éd. Vrin-Poche, 1970.

Édition classique, sobre et précise, à ce jour insurpassée.

Correspondance avec Elisabeth et autres lettres, éd. de J.-M. et M. Beyssade, GF-Flammarion.

Très utile recueil des textes sur l'homme et la morale.

Entretien avec Burman, traduction, notes et postface par J.-M. Beyssade, P.U.F., coll. Epiméthée.

L'"interview " de Descartes par un lecteur exigeant. Superbe travail d'édition et d'interprétation.

Traité de l'Homme, édition séparée établie par A. Bitbol-Hespéridès, éd. Seuil, 1996.

 

SUR DESCARTES

Biographies

Rodis-Lewis (G.), Descartes, éd. Calmann-Lévy, 1996.

Ouvrage très précis, appelé sur bien des points à faire référence.

Sacy (S. de), Descartes, éd. Seuil, coll. " Écrivains de toujours ", réédité en 1956, augmenté d'une iconographie.

Très agréable et fine présentation, de style plus littéraire que philosophique.

 

Présentations

Trois ouvrages sont de première utilité :

Guenancia (P.), Descartes, éd. Bordas, 1986.

Exposé dense, limpide et subtil.

Rodis-Lewis (G.), Descartes : textes et débats, Livre de poche, 1984.

Excellent guide, mettant en perspective textes et commentaires.

Rodis-Lewis (G.), L'Oeuvre de Descartes, 2 vol., éd. Vrin, 1971.

Synthèse d'une grande précision ; impressionnant appareil de notes historiques et bibliographiques.

 Questions

 

Questions de compréhension et de lecture

1. Énoncer les quatre préceptes de la méthode selon le Discours de la Méthode et en dégager la signification.

2. En quoi consiste la thèse de la création des vérités éternelles ?

3. En suivant la Première Méditation dégager les deux objectifs du doute.

Questions visant à dégager les enjeux philosophiques

1. En quoi l'entreprise du doute témoigne-t-elle de la liberté humaine ?

2. Qu'entend Descartes par liberté ? Y-a-t-il contradiction dans la position de Descartes sur la liberté ?

   N'hésitez pas à nous écrire

Hyperliens

 

Tableau chronologique de la vie de René Descartes

Descartes : l'aventure en pensant

Descartes : la philosophie sur la toile

Descartes : annotations biophilosophiques

Descartes : mécanique et métaphysique

Descartes :

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