Phi 2080

Les grandes figures intellectuelles du monde moderne:

Cours 10

Galilée, Kepler et Harvey

F. Blanchard

Galilée et la première révolution scientifique

 

 

  http://www.philo.uqam.ca/cours/Phi2080/audio/philo10.ra  Pour écouter l'émission (voir le guide de l'étudiant-e)

La mécanisation du monde

 

Depuis le xve siècle, le personnage du mathématicien calculateur s'impose dans la cité pour les besoins du commerce tandis que les artistes complètent la géométrisation de l'espace de la représentation picturale. À ces éléments ajoutons la présence de plus en plus vigoureuse des ingénieurs et autres inventeurs de machines, pour les besoins militaires, bien sûr, économiques aussi, mais également pour les besoins de distraction des princes. On songe ici à l'imagination de Vinci, qui conçoit des machines de siège, des fontaines avec leurs pompes, des parcs et jusqu'à des machinations théâtrales.
Au-delà de l'attachement des humanistes pour les écrits des maîtres anciens se met en place une véritable révolution culturelle que l'on peut résumer ainsi : la soif d'innovation à portée économique, se greffe au point de vue de mécanisation du monde. Cette mutation s'incarne aussi dans la mise au point des diverses modalités de la propriété intellectuelle, comme le privilège puis, le brevet qui en est la forme pérenne. Depuis Brunelleschi, mais surtout avec Vinci s'impose la figure du génie créateur : avant de s'attaquer à la nature, l'homme devient comme maître et possesseur de ses idées. Il n'est plus le maître d'œuvre anonyme des projets des siècles qui précèdent, il est l'inventeur, il est l'auteur.

Kepler : la révolution inaperçue

 

On l'a dit, Kepler est sans doute le responsable de la véritable révolution copernicienne : c'est son Astronomia nova qui, en 1609, marque le point de rupture. À y regarder d'un peu plus près on découvre qu'il incarne cette révolution. En effet, cet ancien étudiant en théologie converti en professeur de mathématiques dans une école luthérienne se passionna pour l'astronomie et sa fille un peu folle l'astrologie. En publiant son premier traité en 1597, dit les Mystères de l'univers, il était surtout préoccupé de montrer que l'on pouvait ajuster entre les sphères du cosmos Copernicien les cinq polyèdres de la géométrie euclidienne. On est là en plein mystico-mathématisme!. Pourtant en moins de dix ans, sous l'influence de son maître Tycho Brahé, Kepler se fera plus soucieux des données de l'observation.

Grâce aux observations continues de l'orbite de Mars menées par Brahé à l'observatoire qu'il avait fait construire au large du Danemark et qu'il avait doté d'instruments d'une précision sans précédent (en prenant en compte de façon systématique l'erreur inhérente à chacun), Kepler allait rompre avec la croyance au mouvement planétaire uniforme. Brahé allait accepter une charge à Prague en 1599 auprès du Saint Empereur Romain Germanique Rodolphe II, et engager Kepler comme assistant en 1600, un an avant de disparaître. Celui-ci le remplaça donc à titre de mathématicien de l'empereur et se fondant sur les tables du mouvement planétaire que Brahé avait compilées, il démontra que non seulement Mars tournait autour du soleil mais encore que son orbite affectait la forme d'une ellipse et que sa vitesse variait en fonction de sa proximité avec le soleil. Il généralisa cette conclusion aux autres planètes. Non seulement la terre n'était plus le centre fixe de l'univers, mais l'astronomie se voyait tracer une voie ou l'alliance entre calcul et observations ne devait plus se rompre. Ici il faut souligner deux innovations de méthode : l'observation continue d'une planète et non seulement à des périodes astrologiquement importantes et, d'autre part, l'adhésion au projet d'une observation lié à une quête de précision toujours inassouvie.

   

Harvey et la circulation du sang

 

Un autre exemple de cette alliance entre le calcul, non pas comme idéalité, mais comme manière d'appréhender la réalité nous est donné par Harvey. Ce médecin anglais, formé en partie à Padoue, après de longues observations (circa 1616) au tournant du siècle, avait assimilé le cœur à un muscle qui se contracte et qui expulse, ce faisant, comme une pompe le sang qu'il contenait. Il eût l'idée de peser le sang contenu dans un ventricule pour s'apercevoir que le cœur devait alors ainsi pomper environ 250 kg de sang par heure, ce que les veines ne pouvaient fournir. Il ne publia sa découverte de la circulation sanguine dans le De modu cordis qu'en 1628. Un peu plus tard, au milieu du siècle, Malpighi, grâce au microscope, établit les liens entre les artères et les veines. L'observation et la quantification devenaient ainsi une voie heuristique dans l'exploration du vivant.

Les instruments et la mesure

 

Ce point de vue mécanique sur le monde n'est pas qu'une métaphore, il se réalise dans l'instrument qui médiatise la connaissance. Il est l'idéologie agissante d'un nouveau corps de métier qui s'avéra essentiel pour la poursuite de l'activité scientifique : celui des artisans professionnels qui conçurent et perfectionnèrent les générations d'instruments : le microscope et la lunette astronomique transformèrent le regard qu'on pouvait porter sur le monde. Et c'est justement la lunette astronomique qui allait établir la renommée de Galilée.

   

Les controverses: Galilée

 L'attitude polémique de Galilée.

Galilée, bien que l'aîné de huit ans de Kepler, professeur de mathématiques à Pise, où il avait mené des expériences sur la chute des corps (demeurées un peu trop célèbres du haut de la Tour) et rédigé un court traité le De Motu, puis à Padoue à partir de 1592, ne commença à se signaler qu'en 1610 avec la publication de son Siderius nuncius. Ce " messager céleste " comporte le récit de la découverte des étoiles de la voie lactée, du relief lunaire et des satellites de Jupiter au moyen d'une lunette astronomique de sa réalisation. L'attribution de cette invention demeure disputée entre Anglais et Néerlandais... Galilée en fait le premier usage astronomique public; il l'utilise et découvre un nouveau monde : il s'agit grâce à la constitution de nouveaux faits empiriques de bousculer la cosmologie traditionnelle. Voici l’événement raconté par Galilée lui-même :

Texte 1 sur le télescope.

    Il y a environ dix mois le bruit parvint à nos oreilles qu'un habitant des Provinces des Pays-Bas avait fabriqué une Lunette grâce à laquelle des objets visibles, même situés loin de l'œil de l'observateur, pouvaient être nettement discernés, comme s'ils étaient proches; de cet effet assurément merveilleux on rapportait quelques témoignages, auxquels les uns ajoutaient foi, mais que les autres niaient. Cette nouvelle me fut confirmée peu de jours après, par une lettre envoyée depuis Paris par le gentilhomme français Jacques Badovere; cela eut finalement pour conséquence que je m'appliquai entièrement à la recherche des principes ainsi qu'à la conception des moyens par lesquels je pourrais parvenir à l'invention d'un Instrument semblable; cette invention, peu après, en m'appuyant sur la théorie de la réfraction, je l'ai réalisée. Je me suis d'abord fabriqué un tube de plomb aux extrémités duquel j'ai adapté deux lentilles de verre, toutes deux planes d'un côté, mais l'une sphériquement convexe et l'autre concave du côté opposé ; ensuite, en approchant mon il de la lentille concave, j'ai vu les objets assez grands et rapprochés; de fait, ils apparaissaient trois fois plus proches et neuf fois plus grands que s'ils étaient seulement regardés à l'il nu Par la suite, je me suis construit un autre instrument, plus précis qui représentait les objets plus de soixante fois plus grands. Enfin, ne regardant ni au labeur ni aux frais, j'en suis arrivé à me construire un instrument d'une qualité si grande que les choses vues à travers lui apparaissent presque mille fois plus grandes, et plus de trente fois plus proches, que si elles étaient regardées par les seuls moyens naturels.

    Galilée, Le messager des étoiles, troisième feuillet.

Il dédie les satellites de Jupiter qu'il découvre à un riche protecteur, le duc de Florence Cosme II de Medicis, comme s'il en prenait possession en son nom.

Texte 2, la dédicace.

    Puisqu'il en est ainsi, puisque c'est sous ton auspice, COME Sérénissime, que j 'ai exploré ces Étoiles inconnues de tous les Astronomes précédents, c'est de plein droit que j'ai décidé de leur imprimer le sceau du très Auguste nom de ta Race. Car, si je fus le premier à les découvrir, qui aurait le droit de me blâmer si je leur impose aussi un nom et les appelle ÉTOILES MÉDICÉENNES, dans l'espoir qu'autant de gloire, de cette appellation, advienne à ces Astres que les autres en apportèrent aux autres Héros. De fait, si l'on passe sous silence tes Ancêtres Sérénissimes, dont la gloire éternelle est attestée par les monuments que constituent tous les livres d'histoire seule ta vertu, Très Noble Héros, peut impartir à ces Astres t'immortalité du nom.
    Galilée, Le messager des étoiles, dédicace.

Ces observations sont pour lui des confirmations de la théorie Copernicienne sur le mouvement de la terre.

Texte 3

    Voilà les observations des quatre Planètes* Médicéennes, récemment et pour la première fois découvertes par moi. A partir de ces observations, bien qu'il n'ait pas encore été possible de calculer les périodes des Planètes*, on peut à tout le moins énoncer quelques affirmations dignes d'attention. Et d'abord, puisque selon des intervalles semblables tantôt elles suivent, tantôt elles précèdent Jupiter, puisqu'elles ne s'éloignent de lui, aussi bien vers le levant que vers le couchant, que selon des écarts très étroits, et puisqu'elles l'accompagnent pareillement dans son mouvement rétrograde* et dans son mouvement direct*, personne ne peut douter qu'elles ne décrivent autour de lui leurs propres révolutions, tout en accomplissant, pendant ce temps, toutes ensemble un mouvement giratoire en douze ans autour du centre du monde. De plus, elles tournent en cercles inégaux : cela ressort clairement du fait qu'il n'est jamais possible de voir deux Planètes* réunies lors des éloignements les plus grands par rapport à Jupiter, alors que, lorsqu'elles sont proches de Jupiter, deux, trois et parfois toutes les Planètes* sont regroupées en même temps. On peut saisir, en outre, que les révolutions des Planètes* qui décrivent des cercles plus petits autour de Jupiter sont plus rapides" : en effet, les Étoiles* les plus rapprochées de Jupiter s'offrent plus souvent au regard à l'Orient quand le jour précédent elles étaient apparues à l'Occident, et vice versa. Mais la Planète* qui parcourt l'orbe le plus grand semble, à qui évalue soigneusement les retours notés cidessus, avoir des cycles bimensuels. En outre, nous tenons un argument excellent et lumineux pour ôter tout scrupule à ceux qui, tout en acceptant tranquillement la révolution des Planètes autour du Soleil dans le Système copernicien, sont tellement perturbés par le tour que fait la seule Lune autour de la Terre tandis que ces Planètes accomplissent toutes deux une révolution annuelle autour du Soleil , qu'ils jugent que cette organisation du monde doit être rejetée comme une impossibilité.
    Maintenant, en effet, nous n'avons plus une seule Planète tournant autour d'une autre pendant que toutes deux parcourent un grand orbe autour du Soleil, mais notre perception nous offre quatre Étoiles errantes, tournant autour de Jupiter, comme la Lune le fait autour de la Terre, tandis que toutes poursuivent ensemble avec Jupiter, en l'espace de douze ans, un grand orbe autour du Soleil Il. Il ne faut cependant pas passer sous silence la raison pour laquelle il arrive que les Astres Médicéens, alors qu'ils accomplissent de très petites rotations autour de Jupiter, paraissent parfois plus de deux fois plus grands. Nous ne pouvons nullement chercher la cause dans les vapeurs terrestres, car les Étoiles apparaissent agrandies ou diminuées alors que, visiblement, la masse de Jupiter et des Fixes les plus proches n'est en rien modifiée. Que, d'autre part, ces Étoiles s'approchent et s'éloignent tellement de la Terre au moment du périgée ou de l'apogée de leur révolution, qu'elles procurent la cause d'un tel changement, cela semble tout à fait inconcevable; une étroite rotation circulaire ne peut en aucune façon produire cela et un mouvement ovale (qui, dans ce cas, serait presque droit) semble être à la fois inconcevable et en aucune manière compatible avec les apparences

En même temps Galilée révèle ainsi qu'il y a plus de corps céleste que n'en connaissaient les Anciens, que leurs savoirs étaient donc limités, ce qui allait scandaliser les tenants d'un aristotélisme dogmatique. Ces vérités que l'on découvrait non plus seulement dans les livres des Anciens n'allaient pas sans se heurter les vérités enseignées, le dogme. L'Église déjà aux prises avec les mouvements de Réforme était aux aguets. À cet égard Galilée fut celui qui allait porter le plus loin, en ce début du XVIIe siècle, cet idéal de découvertes, de mécanisation et de défi à l'autorité " omnisciente " ; porté par son succès on le retrouve à partir de 1610 à Florence comme philosophe du jeune Cosme II de Médicis dans une atmosphère beaucoup plus conservatrice qu'à Padoue. Et c'est à partir de ce moment que l'histoire bascule dans le récit des controverses...

Le développement des controverses

À partir de ce moment, il semble que Galilée se trouva soumis aux remontrances, voir aux persécutions, de l’Église. L'histoire peut-elle être simplifiée à ce point ? Tant d'intérêts s'entrechoquent qu'ils brouillent à jamais notre vision. Retenons comme interrogations principales :

  • Galilée a-t-il volontairement provoquée l'Église en tablant sur son succès et son prestige, s'est-il mis en scène comme défenseur de la raison ? Ou n'a-t-il été que sacrifié dans un jeu de coulisse où l'on cherchait à réprimer l'atomisme, la libre-pensée ou encore à s'allier l'intégrisme espagnol ?
  • Quelle science Galilée fonde-t-il ? S'agit-il d'une science expérimentale, qui respecte les faits ou les traduit, ou d'une physique mathématisée qui se conçoit a priori et qui n'a besoin des expériences que comme arguments ? C'est une question épistémologique, sur la nature de la science physique, et c'est peut-être aussi une question pour les historiens de sciences et des techniques : doivent-ils et peuvent-ils refaire les expériences qui, au moins, ont été imaginées par Galilée ?

Ces questions " simples " se greffent à des interrogations sur le statut philosophique de son œuvre, en continuité ou en rupture avec la physique de l'impetus du Moyen-ge et sur ses relations avec l'Église et ses combattants intellectuels, les Jésuites et les Dominicains.

Bref aucune réponse simple ne peut plus tenter d'expliquer tout Galilée, ni sa science (qui évolua dans le temps) ni ses escarmouches avec l'Église. L'affaire Galilée prend forme : c'est la controverse scientifique où sont inextricablement mélangées des questions théologiques, religieuses, philosophiques, politiques, sociales, épistémologiques et scientifiques (voir l'histoire documentaire dressée par M.A. Finocchiaro). La surcharge d'interprétations savantes ou vulgaires transforme même le cas Galilée en un exemple de folklore scientifique (T. Lessl, The Galileo Legend As Scientific Folklore (1999) 85: 2 Quarterly Journal Of Speech 146-168.).

Poursuivons cette exploration en rappelant les principaux événements qui marquèrent la fin de sa vie.

En 1610 Galilée se retrouve à Florence après la publication du Siderius Nuncius, le Messager des étoiles. Puis il fait un voyage à Rome, où il est élu à l'Académia dei Lincei. Il entretient une correspondance importante notamment avec le bénédictin Castelli. Celui-ci, en 1613, fait circuler une lettre que lui adressa Galilée ce qui entraîne l'intervention du Saint Office, l'autorité religieuse. C'est ce qui amène, après une sorte de procès, le décret de 1616 contre l'œuvre de Copernic par la Congrégation de l'Index, la condamnation de l'héliocentrisme et la mise en garde personnelle du Cardinal Bellarmin à Galilée : on ne peut affirmer publiquement la vérité ce système. En 1619, d'ailleurs, l'Index publiera des " corrections " au traité de Copernic.

En 1623 Galilée publie Il Saggiatore/L'essayeur, en italien, un essai polémique annonce l'atomisme puis, en1632, le Dialogue sur les deux principaux systèmes du monde, qui est en fait un " trialogue " où l'aristotélicien, Simplicio, est ridiculisé par le porte-parole de Galilée, Salviati, devant Sagredo le faire-valoir. En voici un exemple :

Texte 4 Dialogue.

    La philosophie est écrite dans ce vaste livre constamment ouvert devant nos yeux (je veux dire l'univers) et on ne peut le comprendre si d'abord on n'apprend à connaître la langue et les caractères dans lesquels il est écrit. Or il est écrit en langue mathématique, et ses caractères sont le triangle et le cercle et autres figures géométriques, sans lesquelles il est humainement impossible d'en comprendre un mot. "

    " Je dis que l'entendement humain comprend toutes les propositions aussi parfaitement, possède une certitude aussi absolue que la nature même; et telles sont les sciences mathématiques pures, à savoir la géométrie et l'arithmétique, dont l'entendement divin connaît bien une infinité de propositions de plus - parce qu'il les connaît toutes -, mais pour les quelques unes que comprend l'entendement humain, j'en crois la connaissance égale à la divine en certitude objective, puisqu'il arrive à en comprendre la nécessité, au-dessus de laquelle il semble qu'il ne puisse y avoir de plus grande certitude. "

    Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, Galilée

S'ouvre alors à Rome en 1633 le ( pas tout à fait second) procès de Galilée devant le tribunal de l'Inquisition, procès qui se termine par l'abjuration de Galilée et sa condamnation à une peine que l'on peut assimiler à l'assignation à résidence...

Au nombre des explications qui furent avancées pour expliquer cette confrontation entre l'Église et le vieux savant, on peut signaler celles-ci :

  • La circulation des idées contraire à la doctrine de l'église, leurs enseignements et leurs publications en Italien ce qui assure leurs répercussions ;
  • l'attitude provocatrice de Galilée et la non-soumission à l'autorité religieuse ;
  • la remise en question du dogme de l'eucharistie par l'atomisme ;
  • le rôle du Vatican dans les questions de politique interne en l'Italie, mais aussi des questions de politique étrangère et de relation avec l'Espagne, au milieu de la guerre de trente ans où puissances catholiques et protestantes s'opposent ;
  • le néoplatonisme, le pythagorisme, et l'importance des démonstrations mathématiques dans la nouvelle physique;
  • l'expérimentation (et notamment la question de l'instrumentation) comme source de connaissances.

Texte 5 l'abjuration

    Moi, Galilée, fils de Vincent Galilée, de Florence, en mon âge de 70 ans, cité personnellement en jugement et agenouillé devant vous, très Eminents et très Révérends Cardinaux, dans toute la République chrétienne contre la dépravation hérétique Inquisiteurs généraux, ayant sous les yeux les très Saints Evangiles, que je touche de mes propres mains, je jure que j'ai toujours cru, que je crois à présent et qu'avec l'aide de Dieu je crorai pour l'avenir tout ce que tient, prêche et enseigne la très Sainte Eglise Catholique et Apostolique. Mais parce que par ce Saint Office, pour avoir, après qu'il m'eût été intimé par une prescription' émanant de lui d'abandonner totalement la fausse opinion selon laquelle le soleil serait le centre du monde, et immobile, et la terre n'en serait pas le centre et serait mobile, et de ne tenir, défendre ni enseigner de quelque façon que ce fût, de bouche ni par écrit la dite fausse doctrine, et après qu'il m'eût été notifié que la dite doctrine est contraire aux Saintes Ecritures, pour avoir donc écrit et donné à imprimer un livre dans lequel je traite de cette même doctrine préalablement condamnée et apporte en sa faveur des raisons pleines d'efficacité sans avancer aucune solution, par ce Saint Office j'ai été jugé véhémentement suspect d'hérésie, c'est-à-dire d'avoir tenu et cru que le soleil serait le centre du monde et immobile, et que la terre n'en serait pas le centre et serait mobile.
    Comme je désire ôter de l'esprit de Vos Eminences et de tous les chrétiens cette véhémente suspicion que l'on a justement conçue envers moi, dans un aveu sincère et avec une foi non feinte j'abjure, maudis et déteste les susdites erreurs et hérésies et, plus généralement, toute autre erreur, hérésie et secte quelle qu'elle soit, contraire à la Sainte Eglise ; et je jure que dans l'avenir je ne dirai jamais plus ni n'affirmerai, de bouche ou par écrit, des choses telles que l'on pût nourrir à mon encontre semblable suspicion ; mais si je connais quelque hérétique ou quelqu'un qui soit suspect d'hérésie, je le dénoncerai à ce Saint Office, ou à l'Inquisiteur Ordinaire du lieu où je me trouverai.
    Je jure encore et je promets d'accomplir et d'observer entièrement toutes les pénitences qui m'ont été et me seront imposées par ce Saint Office; et si je manquais à quelqu'une de ces promesses ou de ces serments, ce dont Dieu me garde, je me soumets à toutes les peines et aux châtiments qui sont par les sacrés canons et autres constitutions générales et particulières, imposés et promulgués contre de tels criminels.
    Qu'ainsi Dieu me vienne en aide, et ses Saints Evangiles que je touche de mes propres mains.
    Moi, Galileo Galilei susdit, j'ai abjuré, juré et promis, et me suis lié d'obligation comme il est dit ci-dessus ; et pour en faire foi, de ma propre main j'ai signé la présente cédule de mon abjuration et l'ai dite mot pour mot à Rome, dans le couvent de la Minerve, ce 22 juin 1633
    Moi, Galileo Galilei, j'ai abjuré comme ci-dessus, de ma propre main.

    Selon la traduction de Simone Matarasso-Gervais dans Franco Lo Chiatto, Sergio Marconi, Galilée Entre le pouvoir et le savoir. Alinea, Aix, 1988; p. 152-153.

Galilée va mourir en 1642 non sans avoir publié en 1638 à Leyde au Pays-Bas, l'ouvrage qui fonde la physique moderne : les Dicorsi e dimostrazioni matematiche intorno a due scienze . Le savant, que l'Église pensait avoir muselé, prenait ainsi sa revanche pour la postérité.

Épilogue
La réhabilitation récente et partielle de Galilée…

Le plus étonnant peut-être dans cette affaire c'est, plus que la lenteur avec laquelle l'Église va reconnaître les thèses astronomiques nouvelles — l'interdit par la mise à l'index ne sera levé qu'au début du XIXe siècle — le plus étonnant donc c'est la résurgence de l'affaire lors d'un quasi troisième procès, à l'occasion d'une tentative de réhabilitation cette fois au début des années 1990. L'Église est loin en effet d'y reconnaître ses errements et ses torts ; elle préfère débusquer les erreurs épistémologiques du savant disparu depuis plus de 350 ans !

Consulter, sur ces rebondissement, l'article de Michael Segre, Light on the Galileo Case? Isis, vol 88 #3, sept.97 p.484-504.


   

Bibliographie

 

Yves Gingras, Peter Keating, Camille Limoges. Du scribe au savant - Les porteurs du savoir de l'Antiquité à la révolution industrielle. Boréal, Montréal, 1998.

Ronan, Colin. Histoire mondiale des sciences. Paris: Seuil; 1988.

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Kepler

Judith Veronica Field, Kepler's geometrical cosmology, Chicago, University of Chicago Press, 1988.

Nicholas Jardine, The birth of history and philosophy of science : Kepler's A defence of Tycho against Ursus, with essays on its provenance and significance / +A defence of Tycho against Ursus +Apologia pro Tychone contra Ursum, Cambridge, Angleterre, Cambridge University Press, 1988.

Fernand Hallyn, La structure poétique du monde : Copernic, Kepler, Paris, Editions du Seuil, 1987.

Hannaway Owen , Laboratory design and the aim of science: Andreas Libavius versus Tycho Brahe (1986) V 77: 289 Isis 584-610.

Johannes Kepler, Paralipomenes a Vitellion : (1604) : les fondements de l'optique moderne / trad., introd. et notes par Catherine Chevalley ; pref. de Rene Taton et Pierre Costabel, Paris, J. Vrin, 1980.

Johannes Kepler, Dissertatio cum nuncio sidereo ; Narratio de observatis jovis satellitibus = Discussion avec le messager celeste ; Rapport sur l'observation des satellites de Jupiter / texte, trad. et notes par Isabelle Pantin, Paris, Les Belles Lettres, 1993.

Alexandre Koyré, La révolution astronomique : Copernic, Kepler, Borelli, Paris, Hermann, 1961.

Alexandre Koyré, Du monde clos à l'univers infini, Paris, Galimard, 1973.

Job Kozhamthadam, The discovery of Kepler's laws : the interaction of science, philosophy, and religion, Notre Dame, Ind., University of Notre Dame Press, 1994.

Gérard Simon, Kepler : astronome, astrologue / +Structures de pensée et objets du savoir chez Kepler, Paris, Gallimard, 1979.

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William Harvey

Mark Aaron Graubard, Circulation and respiration : the evolution of an idea, New York, Harcourt, Brace and World, 1964.

William Harvey, Du motu cordis = La circulation du sang : des mouvements du coeur chez l'homme et les animaux : deux réponses a Riolan / traduction, introd. et notes par Charles Richet ; pref. de Jean Hamburger ; post. de Mirko D. Grmek -Exercitatio anatomica de motu cordis et sanguinis in animalibus, Paris, C. Bourgois, 1990.

William Harvey, La circulation du sang //trad. du latin et précédé d'une étude historique par Charles Richet, Paris, Masson, 1962.

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 Oeuvres de Galilée disponibles en français

Galilei, Galileo. Dialogue sur les deux grands systèmes du monde // traduit de l'italien par Rene Frereux, avec le concours de Francois de Gandt -Dialogo sopra i due massimi sistemi del mondo tolemaico e copernicano. Paris: Éditions du Seuil; 1992.

Galileo Galilei, Dialogues / introd. de Giorgio di Santillana ; traduction de Paul-Henri Michel +Lettres choisies, Paris, Hermann, 1966.

Galileo Galilei, Discours et démonstrations mathématiques concernant deux sciences nouvelles / introd, trad., notes et index par Maurice Clavelin . - Nouv. ed. rev. et augm -Discorsi e dimostrazioni matematiche intorno a due nuove scienze, Paris, Presses universitaires de France, 1995.

Galilei, Galileo. Sidereus Nuncius = Le messager céleste // texte, trad. et notes établis par Isabelle Pantin. Paris: Les Belles Lettres; 1992.

*Galilei, Galileo. Le messager des étoiles // traduit du latin présenté et annoté par Fernand Hallyn. Paris: Éditions du Seuil; 1992. À lire.

Galilei, Galileo. L'essayeur de Galilée // Il saggiatore. Paris: Les Belles Lettres; 1980.

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La bibliographie des études sur Galilée est considérable et toujours en croissance : une trentaine de notices colligées dans la bibliographie publiée par la revue Isis pour chacunes des années 1996, 1997 ou 1998.

Soulignons le livre, classique, de Koyré, constitué d'études publiées à la fin des années 1930 :

Koyré, Alexandre. Études galiléennes. Paris: Hermann; 1966. Puis celui de Maurice Clavelin.

Puis, quelques années plus tard le bilan de

*Thuillier, Pierre. Galilée et l'expérimentation. dans Biezunski, Michel. La Recherche en histoire des sciences. Paris: Seuil; 1983, p.113-148. Cet article, publié dans La Recherche en avril 1983, date. Il constitue cependant une bonne introduction aux polémiques qui se sont développées à propos de l'oeuvre de Galilée et de ses relations avec l'église. À lire.

Un ouvrage fouillé qui relança le débat au sujet des motifs de sa condamnation par l'église :

Redondi, Pietro. Galilée hérétique / traduit de l'italien par Monique Aymard -Galileo eretico. Paris: Gallimard; 1985.

Et pour terminer ces indications une mise au point récente :

Festa, Egidio. L'erreur de Galilée [pref. de Maurizio Torrini]. Paris: Austral; 1995.

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Biagioli, Mario. Galileo, courtier : the practice of science in the culture of absolutism. Chicago: University of Chicago Press; 1993.

Blackwell, Richard J. Galileo, Bellarmine, and the Bible : including a translation of Foscarini's Letter on the motion of the earth. Notre Dame, Ind.: University of Notre Dame Press; 1991.

Campanella, Tommaso. A defense of Galileo : the mathematician from Florence : which is an inquiry as to whether the philosophical view advocated by Galileo is in agreement with, or is opposed to the Sacred Scriptures / translated with an introd. and notes by Richard J. Blackwell -Apologia pro Galileo. Notre Dame, Ind.: University of Notre Dame Press; 1994.

Clavelin, Maurice. La philosophie naturelle de Galilée : essai sur les origines et la formation de la mécanique classique. Paris: A. Michel; 1996.

Dessauer, Friedrich. De Galilée à nous : le scandale religieux de la science / traduit de l'allemand par Jean Lyon -Der fall Galilei und wir. Paris: Privat; 1968.

Drake, Stillman. Galileo at work : his scientific biography. Chicago: University of Chicago Press; 1981.

Finocchiaro, Maurice A. The Galileo affair : a documentary history. Berkeley: University of California; 1989.

Galluzzi, Paolo. Galilée : l'experience sensible. Paris: Vilo; 1990.

Lo Chiatto, Franco et Sergio Marconi, Galilée Entre le pouvoir et le savoir. Alinea, Aix, 1988

Levere, Trevor Harvey , ed; Shea, William R. , ed; Drake, Stillman. Nature, experiment, and the sciences : essays on Galileo and the history of science in honour of Stillman Drake. Dordrecht, Pays-Bas: Kluwer Academic; 1990.

Maynaud, Pierre-Noël, S.J. La condamnation des livres Coperniciens et sa révocation à la lumière de documents inédits des Congrégations de l'Index et de l'Inquisition. Rome; 1997.

Namer, Emile. L'affaire Galilée. Paris: Gallimard; 1975.

Shea, William R. La révolution galiléenne : de la lunette au systeme du monde / traduit de l'anglais par Francoise de Gandt -Galileo's intellectual revolution. Paris: Editions du Seuil; 1992.

Stengers, Isabelle. Les affaires Galilée. dans Serres, Michel. Éléments d'histoire des sciences. Paris: Bordas; 1989.

Vinaty, Bernard; Jean-Paul II. Galileo Galilei : 350 ans d'histoire : 1633-1983 /avec une déclaration de Jean-Paul II. Tournai: Desclée International; 1983.

Un CD-Rom :

Casaril, Guy. Galilée : et pourtant elle tourne. Levallois-Perret: Arborescence; 1995.

Et deux revues de vulgarisation (illustrations abondantes mais sources difficilement identifiables):

Galilée, sous la dir. de Enrico Bellone, Pour la Science ( collection Les génies de la science) #1, nov.1999.

Galilée, Naissance de la physique, Les Cahiers de Science et Vie, #2, avril 1991.

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Quelques mots sur la première partie du livre, du pamphlet, de Philippe Decourt, (Les vérités indésirables - Faut-il réhabiliter Galilée? Paris La vieille Taupe, 1989) qui soutient entre autres, sur la foi de l'ouvrage de Koestler, Les somnambules, que Galilée était paranoïaque ( p. 65-66) et que l'Église ne condamna jamais l'héliocentrisme ni ne mit le livre de Copernic à l'index ( voir sa conclusion en quatre points aux pages 126-127)! Verdict : "Ni sur le plan scientifique ni sur le plan moral, on ne trouve d'arguments pour légitimer la réhabilitation de Galilée."

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Cohen, I. Bernard. Puritanism and the rise of modern science : the Merton thesis. New Brunswick, N.J.: Rutgers University Press; 1990.

Questions

 

Questions de compréhension et de lecture

1. Comment peut-on résumer l'apport de T. Brahe à l'astronomie?

2. Pourqoi peut-on prétendre que Galilée a découvert le télescope ?

3. Quels sont les motifs principaux qui firent que l'Église condamna Galilée?

Questions visant à dégager les enjeux philosophiques

1 Les controverses soulevées par la condamnation de Galilée ne sont pas à la veille de s'éteindre.
Pourquoi l'Église , à l'époque, oppose-t-elle la bible aux hypothèses scientifiques?

Pourqoi l'Église d'aujourd'hui reproche-t-elle encore à Galilée ses erreurs scientifiques ou épistémologiques ?

 

 

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