Femmes et hommes des Lumières
(deuxième partie) :

 

Pierre de Sales Laterrière, médecin et mémorialiste engagé dans la société québécoise au lendemain de la Conquête, est né dans l'Albigeois. Il s'installe au Québec en 1766. Commis, puis inspecteur et directeur des Forges du Saint-Maurice, il étudie la médecine à Harvard (Massachusetts). Exerçant ensuite dans la région de Trois-Rivières, puis à Québec, il connaît une existence aventureuse et haute en couleur. Bravant l'opinion publique et le clergé, ce libre penseur a vécu de longues années en concubinage avec Marie-Catherine Delezenne. Il devient à la fin de sa vie seigneur des Éboulements. Il a témoigné de son époque dans sa correspondance, ses pétitions et dans ses Mémoires rédigés vers 1812 et publiés après sa mort. Si le costume et la perruque permettent de dater ce portrait de la période 1770-1790, l'âge apparent peut être trompeur, car tout le visage a été repeint.

Anonyme, Pierre de Sales Laterrière (1743-1815), vers 1770-1790, reproduction photographique d'une huile sur toile, 51,5 x 40,5 cm , Québec, Archives nationales du Québec, en dépôt au Musée du Québec. Photo Musée du Québec.

Hertel de Rouville est l'un des deux premiers juges canadiens-français nommés sous le Régime anglais, au moment de l'Acte de Québec (1774). Aussi peu apprécié par les Canadiens que par les Britanniques de Montréal favorables aux Américains, il multiplie les marques de loyalisme en s'attirant une réputation de flagorneur et de mouchard. Entre autres faits d'armes contre les représentants des Lumières au Québec, Rouville fait incarcérer l'imprimeur Fleury Mesplet, le journaliste Valentin Jautard et le pamphlétaire Pierre du Calvet. Il intervient aussi dans l'emprisonnement de Pierre de Sales Laterrière. Son portrait est peint vers 1769-1771 par l'artiste new yorkais John Mare, alors de passage à Montréal. On attribue près d'une vingtaine de tableaux à ce portraitiste itinérant dont l'oeuvre reste mineure.

 
John Mare (1739-1795), René-Ovide Hertel de Rouville (1720-1792), vers 1769-1771, huile sur toile, 65,6 x 53,5 cm, Montréal, Musée McCord d'histoire canadienne, M966.62.2.
 

Fille de l'orfèvre Ignace-François Delezenne, Marie-Catherine est longtemps la compagne de Pierre de Sales Laterrière qu'elle finit par épouser en 1799, après la mort de son premier mari. Sa passion pour Pierre la conduit à braver l'opinion publique et à pétitionner auprès du juge de Tonnancour et du gouverneur Haldimand quand ceux-ci font arrêter Laterrière au lendemain de l'Invasion américaine. À plusieurs occasions, elle doit prendre en main les affaires familiales lorsque Laterrière est emprisonné (1779-1782), en exil à Terre-Neuve (1782-1783) ou en voyage en Europe (1807-1808). Populaires à cette époque, les pastels vieillissent souvent mal à cause de leur fragilité : celui-ci a été retouché au début du XXe siècle.

Anonyme, Marie-Catherine Delezenne (1755-1831), vers 1780-1790, huile sur toile, 42 x 37 cm, Collection famille Laterrière. Photo Robert Derome.