ALAQ

ARCHÉOLOGIE DU LITTÉRAIRE AU QUÉBEC 1760-1840

Galerie de portraits

Allamand, Jeanne Charlotte (1760-1839)

 

Née à Lausanne en Suisse, Charlotte Berczy arrive au Canada avec son mari le peintre William Berczy. Le couple est responsable d'un groupe d'immigrants allemands. Les affaires étant difficiles dans le Haut-Canada, Charlotte s'installe à Montréal où elle ouvre une école pour survivre pendant que son mari effectue plusieurs déplacements. Les deux époux s'écrivent durant les absences de William Berczy.

Angers, François-Réal (1812-1860)

 

François-Réal Angers naît à Pointe-aux-Trembles (Neuville, Québec) en 1812 de parents cultivateurs. Il va collaborer à la fondation de l'éphémère Société littéraire en 1830. En 1836, alors étudiant en droit, il publie la brochure Système de sténographie, applicable au français et à l'anglais. L'année suivante, il est reçu au barreau puis il est nommé sténographe de la chambre d'Assemblée du Bas-Canada. Il va  publier sa chronique Révélations du crime ou Cambray et ses complices . De 1845 à 1848, Angers est corédacteur de la Revue de législation et de jurisprudence., et de 1850 à 1851, il siège à la présidence de l'Institut canadien de Québec. Il épouse en 1853 Louise Panet. Entre 1851 et 1860, Angers collabore aux Décisions des tribunaux du Bas-Canada . Il meurt en 1860.

Aubin, Napoléon (1812-1890)

Nicolas-Aimé Aubin est né en Suisse. Il émigre aux États-Unis en 1829, à l'âge de 16 ans. Sous le pseudonyme de "l'observateur étranger", il fait parvenir de New-York une série de lettres au journal La Minerve de Montréal. À la fin de janvier 1835, il arrive à Montréal pour moins d'un an. Il y poursuit sa collaboration à La Minerve. La même année il se fixe à Québec où il habitera jusqu'en 1853. Napoléon Aubin fondera sept journaux, dont le célèbre Fantasque, qui auront une grande influence sur le lectorat du Bas-Canada. Le Fantasque paraît en août 1837, en pleine période de crise politique. Le ton irrévérencieux du journal lui vaudra d'être arrêté, en 1839, en compagnie de son imprimeur, pour crime de haute trahison. Connu surtout comme journaliste, Napoléon Aubin fut également un artiste polyvalent : il fut compositeur, dramaturge, comédien, éditeur, typographe, dessinateur, critique d'art et inventeur. Il a été membre de la Société canadienne d'études littéraires et scientifiques, de l'Institut Canadien, et a participé à la fondation de la Société Saint-Jean Baptiste de Québec. Napoléon Aubin fut nommé consul honoraire de Suisse en 1875. Il meurt en 1890, à l'âge de soixante-dix-huit ans.

Baby, François (1733-1820)

Négociant et homme politique francophone, il appuie sans réserve les autorités britanniques. Chargé d'enquêter sur la déloyauté des Canadiens lors de l'Invasion américaine (1775-1776), il rédige aussi un dialogue de propagande destiné à convaincre ses compatriotes de s'engager dans la milice (Le Canadien et sa femme, 1794). Il est également membre du Conseil législatif et du conseil privé du gouverneur Haldimand

Badeaux, Jean-Baptiste (1741-1796)

 

Notaire et juge de paix, ce royaliste convaincu relate, dans son Journal des opérations de l’armée américaine, les événements qui se déroulent à Trois-Rivières et aux environs lors de l’Invasion américaine (1775). Pour sa fidélité et son dévouement lors de ces événements, il reçoit une commission de notaire pour toute la province de Québec en 1781.

Bailly de Messein, Charles-François (1740-1794)

Nommé coadjuteur de Mgr. Hubert, évêque de Québec, grâce à l’intervention de Lord Dorchester, celui que l’on surnomme le «curé des Anglais» prend favorablement position pour un projet d’université multi-confessionnel et la suppression de certaines fêtes chômées. Il se met ainsi à dos Mgr. Hubert, en ridiculisant son despotisme dans une lettre adressée à William Smith, chargé d’enquêter sur l’éducation dans la province de Québec.

Berczy, William (1760-1839)

Originaire d'Allemagne, Berczy débarque en Amérique en 1792. Il possède diverses compétences: Peintre, architecte, auteur et colonisateur, il a laissé une oeuvre manuscrite, historique et littéraire encore inédite à ce jour, ainsi qu'une oeuvre picturale. Il a notamment collaboré au journal Le Canadien entre 1806-1810 sous le pseudonyme de "Scientificus". Son épouse, Jeanne Charlotte Allamand, qui l'a suivi au Canada, ouvrira une école. Les époux entretiendront une correspondance durant les voyages de William.

Berey, Félix de (1720–1780)

 

Élevé à la prêtrise au noviciat des Pères Récollets de Québec, il devient, en 1775, commissaire provincial de cette congrégation. La même année, le couvent des Récollets de Québec est converti en prison militaire par le général Haldimand* qui place les prisonniers sous la responsabilité du père de Berey. Pierre du Calvet est au nombre de ces captifs. L’Appel de ce dernier met en cause le père de Berey qui publie en 1784 sa Réplique. Le caractère du père de Berey et ses méthodes drastiques pour faire régner l’ordre lui vaudront l’animosité des évêques Briand et Hubert. Il compte néanmoins plusieurs amis, notamment Haldimand et Mgr Bailly de Messein.

Briand, Jean-Olivier (1715-1794)

 

Nommé grand vicaire par Mgr de Pontbriant dans la tourmente du Siège de Québec, Briand devient par la suite évêque de Québec (1766). Il contribue au maintien de l’Église canadienne après la Conquête anglaise (1759-1763) et lors de l’Invasion américaine (1775-1776), ce qui lui vaudra le surnom de «Surintendant de l’Église romaine». Lors de ces derniers événements, il rédige un mandement enjoignant la population à résister aux insurgés et à reconnaître l’autorité britannique. À sa mort en 1794, son secrétaire Joseph-Octave Plessis compose son oraison funèbre.

Bruneau, Julie (1795-1862)

De 1823 à 1862, Julie Bruneau entretiendra une importante correspondance avec son mari, Louis-Joseph Papineau, dont elle est souvent séparée, et ses deux fils, Amédée et Lactance. Originaire de Québec, elle est formée chez les Ursulines. Julie Bruneau va s'occuper de politique et soutenir la cause des patriotes. Elle recevra les membres influents de Montréal dans son salon tout comme Marguerite Lacorne-Viger. Les insurrections de 1837-1838 seront vécues de l'intérieur par cette femme qui participe aux réunions des Dames patriotes de Montréal et qui devra se réfugier à Verchères dans sa famille pendant l'exil au États-Unis de son mari. Elle finira ses jours dans le manoir de Montebello après un séjour d'exil de plusieurs années en France avec son mari.

Crèvecoeur, John-Hector Saint-John de (1735-1813)

Après un court séjour en Nouvelle-France au sein du régiment de la Sarre (1755-1759), et après avoir vécu plus de vingt ans dans les futurs États-Unis (1759-1780), Crèvecoeur retourne en Europe où il publie Letters from an American Farmer (Londres, 1782), qui seront considérées comme un des ouvrages fondateurs de la littérature états-unienne. Traduit et adapté par son auteur sous le titre de Lettres d'un cultivateur américain (Paris, 1784 et 1787), le livre constituera une des principales sources de l'image que la France de la fin du XVIIIe siècle se fera des États-Unis. Ses connaissances des réalités américaines lui valent d'être nommé consul de France auprès des États-Unis en 1783, poste qu'il occupera jusqu'en 1790, alors que la Révolution française révoque les diplomates nommés sous l'Ancien Régime.

Cuthbert, Ross (1776-1861)

 

Héritier des seigneuries de Lanoraie et de Dautray, Ross Cuthbert poursuit ses études de droit à Philadelphie où il épouse Emily Rush, fille d'un des signataires de la Déclaration d'Indépendance américaine. Écrivain, avocat, il siège au Conseil exécutif et à l'Assemblée législative du Bas-Canada. Il publie en 1803 son Aéropage.

Delezenne-Pélissier-Laterrière,Marie-Catherine (1755–1831)

 

Fille d’orfèvre, elle étudie chez les sœurs de l'Hôpital Général de Québec. Mariée de force à Christophe Pélissier, directeur des Forges du Saint-Maurice, en 1775, elle vit cependant en concubinage avec son amant Pierre de Sales Laterrière. Quand celui-ci, inculpé de trahison, en raison d’un complot orchestré par Pélissier et le père de Marie-Catherine, cette dernière est assignée à domicile chez ses parents. Elle envoie une requête au gouverneur Haldimand pour recouvrer ses biens. Après de nombreuses péripéties, que l’on peut lire dans les Mémoires de Pierre de Sales Laterrière, le couple se marie légalement après avoir reçu confirmation du décès de Pélissier. Ils se fixeront finalement à la seigneurie des Éboulements dans la région de Charlevoix.

 

Du Calvet, Pierre (1735-1786)

Huguenot d’origine française, Pierre du Calvet arrive au Canada à la veille de la Conquête britannique. Il travaille d’abord en Acadie, tour à tour comme agent de la couronne française puis du gouvernement britannique. Marchand prospère de Montréal, il est nommé juge de paix par le gouverneur Murray. Dénonçant les abus de pouvoir de la magistrature, il s’attire rapidement de puissants ennemis, dont le juge Hertel de Rouville. Le soupçonnant d’intelligence avec les rebelles américains, Haldimand le fait incarcérer, en 1780, à la suite des Jautard, Laterrière et Mesplet. Libéré sans procès, du Calvet publie, en 1784, son Appel à la justice de l’État dans lequel il dénonce les persécutions que lui ont fait subir les autorités coloniales et le père de Berey. Proposant une réforme constitutionnelle, du Calvet tente de convaincre les Canadiens du bien fondé de sa requête et les enjoint d’appuyer sa cause.

Dumas, Alexandre (c1726–1802)

 

Ce négociant d'origine française oeuvrait dans le milieu protestant de la colonie à titre de notaire, de capitaine de milice et d’homme politique. On lui doit un Discours […] pour l'instruction des électeurs (1792).

Graddon Gosselin, Mary

 

Mary Graddon Gosselin, première femme à éditer un journal en Amérique, le Montreal Museum or Journal of Literature and Arts (1832-1834). Seul le premier numéro est totalement rédigé en français ; par la suite cette publication familièrement connue sous le nom de Ladies’ Museum sera bilingue. Plusieurs femmes du Haut et du Bas-Canada produisent des textes à son instigation et deviennent des collaboratrices régulières.

Grasset de Saint-Sauveur, Jacques (1757-1810)

 

Suivant les traces de son père, ce Montréalais de naissance entreprend une carrière diplomatique à la suite de ses études au collège jésuite Sainte-Barbe, à Paris. Vice-consul de Hongrie puis du Levant jusqu’en 1793, il part pour la France alors que la Révolution bat son plein. Devenu le « citoyen Grasset », il entreprend une longue carrière d’homme de lettre, de graveur et de compilateur. On lui doit une vingtaine d’ouvrages traitant de voyages, de cosmographie, de costume, de botanique et d’histoire, mais aussi pas moins de six récits libertins.

Hubert, Jean-François (1739-1797)

 

Jean-François Hubert cumule notamment les fonctions de secrétaire du grand vicaire Jean-Olivier Briand, de directeur du petit séminaire de Québec, d’enseignant, de missionnaire et de curé avant d’accéder au poste de neuvième évêque de Québec (1786-1797). Condamnant les idées de la Révolution française, il s’oppose au projet d’université multiconfessionnelle dans la province de Québec. Cette opposition mène à un conflit sans précédent entre l’évêque et son coadjuteur, Charles-François Bailly de Messein. Hubert publie également un mandement (1791) qui reporte au dimanche l’obligation de certaines fêtes, chômées en semaine.

Huet de la Valinière, Pierre (1732-1806)

 

Prêtre et sulpicien, Huet de La Valinière œuvre dans plusieurs paroisses de la province de Québec. Réfractaire au nouveau régime politique instauré à la suite de la Conquête (1763), il est accusé de déloyauté envers les autorités britanniques en 1771. Lors de l’Invasion américaine (1775), il ne s’oppose pas à ce que Thomas Walker incite plusieurs paroissiens à se joindre aux rebelles, ce qui lui vaut les représailles de Montgolfier. On lui doit un catéchisme polémique bilingue publié à New-York en 1790, ainsi qu’un fascicule dans lequel il se présente comme un martyr de la cause américaine lors de l’Invasion.

Jautard, Valentin (1736-1787)

Avocat et journaliste d’origine française, Valentin Jautard arrive au Canada en 1767 après un séjour aux États-Unis. Partisan de la cause des rebelles américains, il est, avec Fleury Mesplet, emprisonné plus de trois ans pour ses idées jugées trop libérales par les autorités de la province. L’on doit à ces deux associés la fondation de la Gazette littéraire de Montréal (1778-1779). Animant la vie littéraire de la province, Jautard y signe de nombreux articles sous différents pseudonymes, dont celui du Spectateur tranquille.

Juchereau Duchesnay, Marie-Catherine,
sœur Saint-Ignace (1738–1798)

 

Fille d’Antoine Juchereau du Chesnay, seigneur et officier, et de Marie-Françoise Chartier de Lotbinière. Marie-Catherine commence son noviciat à l'Hôpital Général de Québec le 1er août 1753 avec la protection de sa tante Marie-Joseph Juchereau Duchesnay de l'Enfant-Jésus. Écartée des fonctions majeures de la maison en raison d’une santé chancelante, elle sera toutefois rédactrice des annales de l’Hôpital Général de Québec durant toute sa vie. C'est grâce à sa plume que les événements de la Conquête et ceux de la première invasion américaine de 1776 sont consignés dans les annales de la communauté. Les archives des Augustines conservent également quelques lettres de sa main.

Labadie, Louis-Généreux (1765-1824)

 

Dédiant sa vie à l’enseignement, ses initiatives concernant le développement de l’éducation dans des régions plus ou moins isolées lui permettent d’obtenir une certaine considération de la part des autorités politiques et cléricales. Loyaliste convaincu, il compose des chansons et des compliments honorifiques dédiés à certains membres des autorités de la province. Ce pionnier laïque de l’enseignement primaire, surnommé le «maître d’école patriotique», tient un journal de 1794 à 1817, essentiel pour reconstituer sa vie et découvrir ses écrits poétiques.

Lacorne, Saint-Luc de (1711–1784)

Commerçant prospère, militaire de grande renommée, membre de la Marine française, ce Canadien fut également interprète pour le gouverneur Vaudreuil auprès des Amérindiens et sera surnommé "le général des Sauvages". Il s’embarque à bord du navire l’Auguste le 15 octobre 1761 pour la France, avec une centaine de représentants de la noblesse canadienne. Survivant au naufrage de ce navire, il rédige un journal relatant son périple. Paru à Montréal en 1778 chez l'imprimeur Fleury Mesplet, ce Journal est le premier texte original produit par un Canadien et publié sous la forme d’un livre au Québec.

Lacorne, Marie-Marguerite

 

Fille de Saint-Luc de Lacorne, militaire et commerçant bien en vue de Montréal, et de Marie-Marguerite Boucher de Boucherville (troisième mariage de Saint-Luc de Lacorne), Marie-Marguerite Lacorne est née à Montréal en 1775. Veuve du lieutenant John Lennox (qu’elle avait épousé en 1794), elle se remarie en 1808 avec Jacques Viger, rédacteur du Canadien. La correspondance entre les deux époux recopiée en partie dans la Saberdache de Jacques Viger s'échelonne de 1808 à 1834 au gré des absences de Viger.

Laterrière, Pierre de Sales (1743-1815)

Né dans l’Albigeois, Pierre de Sales Laterrière émigre au Québec en 1766. Successivement commis, puis inspecteur et directeur des Forges du Saint-Maurice, il exerce aussi la médecine dans la région de Trois-Rivières, puis à Québec. Soupçonné de complicité avec les Américains au moment de leur guerre d’Indépendance, il est emprisonné de 1779 à 1782 avec Valentin Jautard, Fleury Mesplet et Pierre du Calvet. Après de longues années de concubinage avec Marie-Catherine Delezenne, il l’épouse en 1799, puis devient seigneur des Éboulements et correspondant d’une société savante anglaise. Il raconte sa vie rocambolesque dans des mémoires qui seront publiés en 1873 (réédition: 2003)

Legardeur de Repentigny, Marie-Joseph (1693–1776)

 

À la suite de ses études chez les ursulines de Québec, Marie-Joseph Legardeur entre au noviciat de l’Hôpital Général de Québec en 1718, grâce à l’intervention du marquis de Vaudreuil et de Mgr de Saint-Vallier. Dès l’ouverture du pensionnat en 1725, elle occupe la fonction de maîtresse des novices, jusqu’en 1735. Pendant la période trouble de la Conquête, elle se consacre à son poste de Supérieure. Elle est l’auteure de quelques lettres conservées à la Collection Baby, aux AHDQ et aux Archives nationales du Canada et l’auteure présumée du Récit du siège de Québec en 1759.

Mesplet, Fleury (1734-1794)

Imprimeur d’origine française, Mesplet introduit l'édition francophone au Canada. Arrivé dans la province comme imprimeur du Congrès américain, il reste à Montréal après la retraite des Bostonnais et y installe ses presses (1776). Avec son ami journaliste Valentin Jautard, il fonde la Gazette littéraire de Montréal (1778-1779) qui anime la vie intellectuelle et diffuse la pensée des Lumières au public canadien. Dénoncés par le sulpicien Montgolfier, ils sont tous deux arrêtés par le gouverneur Haldimand qui les soupçonne de sympathies pro-américaines. Après plus de trois années d’emprisonnement, Mesplet relance une gazette (1785), bilingue, cette fois-ci, alors que Jautard se retire de la vie publique et meurt peu après.

Mézière, Henri-Antoine (1771–c1846)

 Insatisfait de l’enseignement classique qu’il reçoit chez les sulpiciens de Montréal, cet esprit rebelle nourrit dans l’atelier de Fleury Mesplet* sa quête de liberté. Il y découvre les Lumières et l’esprit républicain, dont il devient l’un des plus ardents partisans dans la province. Ses activités à la Gazette de Montréal (1785) et sa participation aux clubs constitutionnels (il est notamment secrétaire de la Société des débats libres) lui attirent rapidement la disgrâce du gouvernement britannique et du clergé. Poussé à l’exil, il rejoint les représentants de la France révolutionnaire auprès du Congrès américain. Il est notamment chargé de diffuser la propagande révolutionnaire au Canada. Il se retrouve bientôt en France durant la Terreur (1793). Échappant à la guillotine, Mézière fait carrière à Bordeaux dans l’administration publique pour ne revenir au Bas-Canada qu’en 1817. Après un bref séjour durant lequel il lancera L'Abeille canadienne, une revue bimensuelle, il rentrera définitivement en France.

Moore-Brooke, Frances (1724-1789)

Femme de lettres anglaise, elle fréquente le cercle de Samuel Richardson (Clarissa) et produit de la poésie et une pièce de théâtre intitulée Virginia. Elle fonde et dirige l'hebdomadaire The Old Maid, où elle commente les mœurs de son pays. Après avoir publié un premier roman épistolaire, The History of Julia Mandeville, elle rejoint, en 1763, son époux, le révérend John Brooke, récemment nommé chapelain de l'armée britannique à Québec. Elle y fréquente le cercle de Francis Maseres et du gouverneur John Murray. Auteure de plusieurs romans, elle s’inspire de son séjour au Canada pour écrire le roman épistolaire The History of Emily Montague, qu'elle publie à son retour définitif à Londres en 1769. Considéré comme le premier roman rédigé sur les rives du Saint-Laurent, il a été traduit en français dès 1770 et a obtenu un succès considérable en Europe.

Panet, Jean-Antoine (1751-1815)

 

Homme de profession libérale réputé, il a probablement fait ses études au Séminaire de Québec. Durant l’Invasion américaine, il est enseigne dans la première compagnie de la milice canadienne de Québec et participe à la défense de la ville. Après le départ du gouverneur Haldimand de la province (1784), il se déclare ouvertement en faveur du plan de réformes constitutionnelles et judiciaires proposées par Pierre du Calvet dans son Appel à la Justice de l’État. Il joue un rôle de premier plan au sein des réformistes canadiens qui réclament, dès novembre 1784, l’établissement d’une Chambre d’assemblée « de libre élection ». Panet en devient le premier président. Il se peut qu’il ait participé à la Gazette littéraire de Montréal sous le pseudonyme du Canadien Curieux, alors qu’il était âgé de 26 ans.

Panet, Louise-Amélie

Amélie Panet fait ses études chez les dames de la Congrégation et fréquente plusieurs écoles de Montréal dont celle de Charlotte Allamand-Berczy. Elle apprend avec elle la peinture et les langues (l'anglais, l'allemand, le latin, l'italien et l'espagnol). En 1819, après son mariage avec William Bent Berczy, fils de son institutrice et membre de l'Assemblée législative du Haut-Canada, elle va vivre à Windsor, puis à Toronto où elle fréquente la bonne société. En 1832, elle s'établit dans la seigneurie de Sainte-Mélanie d'Ailleboust. Elle tient salon et reçoit les membres les plus en vue de l'élite lettrée. Femme d'esprit reconnue, elle écrit plusieurs poèmes restés longtemps inédits. "L'opinion modeste qu'elle entretenait de ses productions littéraires l'empéch[a] de les mettre au jour et lui [fit] refuser même à quelques-unes de ses connaissances qui l'en avaient solicitées d'en laisser publier", souligne son mari après son décès survenu en 1862.

Panet, Pierre-Louis (1761-1812)

Jeune homme précoce, Pierre-Louis Panet obtient sa commission d’avocat en juin 1778, avant même d’atteindre ses dix-huit ans, puis il pratique comme notaire à Montréal de 1781 à 1783. Plus tard, il siège comme député à la Chambre d’assemblée du premier Parlement (1792), en compagnie notamment de son cousin, Jean-Antoine Panet. L’un comme l’autre ont pu signer sous le pseudonyme du Canadien Curieux dans la Gazette littéraire de Montréal (1778-1779).

Perrault, Joseph-François (1753-1844)

Né à Québec en1753, il va en Louisiane en 1773, pour tenir le commerce de son père. On le retrouve à Montréal en 1780, où il tient un magasin de détail. Il fera partie de la troupe de Joseph Quesnel, le Théâtre de Société, vers 1789-1790. Il fonde deux journaux : Le Courrier de Québec en 1806 et Le Vrai Canadien en 1810 et fréquente Napoléon Aubin, éditeur du Fantasque , qui fait de lui un portrait lithographié. Il meurt à Québec en 1844. Il aura laissé un projet de loi sur l'instruction publique, se sera attardé au développement de l'instruction pendant 24 ans.

Plessis, Joseph-Octave (1763-1825)

Nommé évêque de Québec en 1806 puis archevêque de Québec en 1819, il est l’auteur de sermons, de correspondance, de lettres pastorales et d’un récit de voyage en Europe. Confident et émule de Mgr Briand, il compose son oraison funèbre en 1794. Cinq ans plus tard, il prononce un célèbre discours pour célébrer la victoire de Nelson sur la marine française. L'une des figures dominantes du Bas-Canada au tournant du XIX e siècle, Plessis s’efforce d’assurer la survie de la religion catholique tout en négociant un modus vivendi entre les autorités britanniques et la population canadienne-française. Fervent opposant aux idéaux révolutionnaires, il se consacre à l'éducation religieuse des jeunes, à la morale et au secours des nécessiteux en plus de s'impliquer politiquement auprès de l'élite britannique. Il est nommé au Conseil législatif du Bas-Canada en 1817.

Quesnel, Joseph (1746-1809)

Auteur du premier opéra composé au Canada, Colas et Colinette (1789), ce Breton a voyagé et commercé à travers le monde jusqu’en 1779, date à laquelle il est contraint de demeurer au Canada, alors que son navire est capturé par les Britanniques. En plus d’être marchand et officier de milice, il s’adonne à la poésie, au théâtre et à la musique, puis fonde, avec des gens d’esprit, le Théâtre de société de Montréal (1789). Lorsque que l’opéra-comique de Quesnel y est joué en 1790, une vive polémique s’engage au sujet de la moralité du théâtre dans la Gazette de Montréal. Il contribue ainsi au «réveil littéraire» des Canadiens après la Conquête.

Roubaud, Pierre-Joseph-Antoine (1724-après 1788)

 

Prêtre et missionnaire formé chez les jésuites d’Avignon, Roubaud s’embarque pour le Canada au printemps de 1756. Assigné à la mission de Saint-François-du-Lac (Odanak), il accompagne les Abénakis, à titre d'aumônier, dans les diverses expéditions de la guerre de Sept ans, avant de s'exiler en Angleterre en 1764. Il mène alors une vie dissolue, vivant de divers gagne-pains et vendant ses services aux plus offrants, travaillant tantôt à la solde des Français, tantôt à la solde des Britanniques. Il forge des lettres prophétiques, qu’il fait paraître à Londres en 1777, dans lesquelles Montcalm prédit la prise du Canada par les Anglais et la rébellion des Treize Colonies. Il trompe jusqu’aux Canadiens de passage à Londres : rédigeant pour eux les mémoires qu’ils sont venus présenter aux ministres britanniques, il en profite pour laisser couler des renseignements. C’est ainsi que Haldimand* a pu être informé des démarches de Pierre du Calvet à Londres en 1783 pour présenter son Appel à la justice de l’État. Malade, Roubaud gagne la France au début de 1788 où il finit ses jours à une date inconnue.

Sanguinet, Simon (1733-1790)

 

Négociant, notaire et avocat, il figure, au moment de l’invasion américaine (1775-1776), parmi les principaux notables de la ville de Montréal. Observateur privilégié, il écrit Le témoin oculaire de la guerredes Bastonnais dans les années 1775 et 1776. Entretenant des relations personnelles avec Guy Carleton, il n’a cessé, durant cet épisode, de faire valoir ses positions loyalistes. Probablement en reconnaissance des services rendus aux autorités de la province, il est nommé juge de la Cour des plaids communs dans le district de Montréal en décembre 1788. Ce franc-maçon lègue à sa mort de quoi financer un projet d’université dont débattent âprement Mgr Hubert, Bailly de Messein et d’autres correspondants dans la presse de 1790.

Viger, Denis-Benjamin (1774-1861)

 

Denis-Benjamin Viger, journaliste, essayiste et parlementaire et propriétaire de L'Aurore des Canadas, il est le cousin de Jacques Viger. Deux fois délégué en Angleterre, en 1828 et 1831, pour présenter auprès des ministres les griefs du Bas-Canada contre l'administration coloniale.

Viger, Jacques (1787-1858)

 

Journaliste au Canadien (1806-1810) puis premier maire de Montréal, Jacques Viger est connu des littéraires comme collectionneur d'oeuvres d'art, réunis dans son Album, et de documents. Il a consigné dans sa Saberdache nombre des premiers textes littéraires de la "Génération de la Conquête".

Well, Bernard, (1721 - ?)

 

Le jésuite Bernard Well arrive au Canada en 1756 après avoir enseigné à Mans et à Cambrai. Professeur au collège de Montréal, il publie une série d’articles dénonçant les écrits de Voltaire dans la Gazette de Montréal, sous le pseudonyme de l’Anonyme. Il rédige aussi une chanson à double entendement que Mesplet préfère ne pas publier. Il s’attire la désapprobation de son supérieur, Étienne Montgolfier qui, dans une lettre à l’évêque J.-O. Briand, déplore l’inefficacité du combat de Well contre les académiciens de Montréal.

Wollstonecraft, Mary (1759–1797)

 

Auteure et traductrice, c’est l'une des plus importantes voix féministes de son époque. Son article A Vindication of the Rights of Woman (1792), qui témoigne de sa préoccupation pour le statut des femmes dans la société anglaise, fait sa renommée. Son œuvre connaît des échos jusqu’au Québec comme en fait foi un article publié dans le Cours du Temps en 1795. Au cœur de la Révolution française, elle écrit un essai sur les effets de ces événements dans le développement de l'Europe. Épouse de l'écrivain William Godwin, elle sera la mère de la célèbre Mary Godwin Shelley, auteure de Frankenstein.

 

 

Note : Pour avoir plus de précision sur la dimension picturale et l'histoire de l'art, consultez le site de Robert Derome rattaché à l'exposition "Images d'un changement de siècle. Portrait des Arts, des Lettres et de l'éloquence au Québec (1760-1840)", présentée au Musée du Château Ramezay à l'hiver 2000.

Mise à jour: 16/10/07
Idée originale: Bernard Andrès, Nova Doyon, Nancy Desjardins et Julie Roy
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